Les contrats des plateformes de réservation – Expedia ou Booking, par exemple – exigent un engagement à cet égard. Ils empêchent aussi l’hôtel d’offrir un meilleur prix sur un site concurrent.

Cette « clause de parité tarifaire », maintenant interdite en Europe, s’applique aux forfaits identiques offerts sur différentes plateformes.

Cette clause est « inéquitable » envers les hôteliers, déplore Véronyque Tremblay, présidente-directrice générale de l’Association hôtellerie du Québec (AHQ). Surtout que les plateformes ne respectent même pas elles-mêmes la clause en proposant parfois des soldes, allègue-t-elle. « Il faut laisser la liberté à l’hôtelier de décider le prix qu’il veut bien afficher sur son propre site internet », estime Mme Tremblay.

« C’est sûr que c’est dérangeant. Tu te sens un petit peu comme si on avait le contrôle sur ta business », fait valoir Natalie Daviault, copropriétaire de l’auberge La Belle Victorienne, à Magog.

Mme Daviault réussit à contourner les clauses de parité tarifaire en offrant sur son site web des forfaits légèrement différents de ceux proposés sur Booking, par exemple. Délai d’annulation différent, inclusion du déjeuner… Tant que c’est différent, elle peut fixer le prix qu’elle souhaite.

Toutes les grandes plateformes utilisent une clause de parité tarifaire, rapporte Véronyque Tremblay. Une écrasante majorité d’hôtels et d’hébergements au Québec font affaire avec ces plateformes, qui demandent souvent de 15 à 30 % de commission sur les réservations, des sommes engrangées par ces multinationales établies à l’étranger, insiste-t-elle.

Essentiels malgré tout

Au Québec, 84 % des hôteliers sont indépendants et ont besoin de tels sites pour être visibles. S’ils ne respectent pas la clause, ils peuvent être pénalisés, explique Véronyque Tremblay. Les plateformes peuvent réduire leur visibilité ou encore indiquer qu’ils affichent complet, même si ce n’est pas le cas, indique Marie-Claire Louillet, professeure à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ).

Malgré tout, loin d’eux l’idée de démoniser les sites de réservation, qui demeurent essentiels pour attirer des voyageurs de l’étranger, précisent les intervenants contactés par La Presse.

À moins d’être très niché et d’avoir une clientèle répétitive, un hôtel ne peut pas se passer de ces intermédiaires parce que ce sont des places de marché électroniques et des moyens de rejoindre la clientèle.

 Marie-Claire Louillet, professeure à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ)

À Dunham, le gîte La Maison Bleue est l’un des rares hébergements au Québec qui réussissent à éviter les grandes plateformes de réservation. Le gîte compte sur son site web et sur ses partenariats avec des organismes locaux. Son propriétaire, Éric Hamel, est heureux de ne pas dépendre de ces fameuses clauses. « Tu n’es pas tout le temps en guerre contre ces choses-là », note-t-il.

Légiférer pour abolir la clause

En Europe, la clause de parité tarifaire est interdite depuis deux ans. En 2024, la Cour de justice de l’Union européenne l’a déclarée illégale. Depuis, près de 10 000 hôteliers européens ont entamé une poursuite contre Booking – très utilisée en Europe – afin d’être indemnisés pour les dommages subis de 2004 à 2024 en raison de cette clause.

La députée et porte-parole en matière de tourisme du Parti libéral du Québec, Linda Caron, a présenté en mai un projet de loi pour interdire l’emploi d’une telle clause. Une idée qui a réjoui l’AHQ. Toutefois, la concrétisation du projet dépendra du résultat des élections provinciales.

Un tel projet reste une « excellente nouvelle » pour offrir de la flexibilité au milieu hôtelier, juge Marie-Claire Louillet. Mais elle doute que légiférer pour abolir cette clause ait un impact réel. « Je ne crois pas que tous les hôtels vont se mettre à offrir des tarifs plus bas sur leur propre site web », avance la professeure. Voir plusieurs tarifs pour la même chambre, aux mêmes dates, sur des sites différents pourrait affecter négativement la perception du client. « Ça commence à éroder la confiance du consommateur quelque peu [envers le produit] », estime-t-elle.

Pour Véronyque Tremblay, il est primordial de rendre illégales les clauses de parité tarifaire afin d’instaurer « une relation d’affaires saine » entre hôteliers et géants de la réservation. « C’est important qu’il y ait des règles équitables et que les plus petits soient protégés également, dit-elle, parce que c’est David contre Goliath actuellement. »