De nombreuses personnes ont adopté un animal de compagnie dans les dernières années pour briser l’isolement de la pandémie et du télétravail. Conséquemment, le nombre de propriétaires qui veulent voyager avec leur compagnon a aussi augmenté. Or, au Québec, seuls les chiens d’assistance sont autorisés à l’intérieur des restaurants, en vertu des normes du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ).

Depuis un an, les chiens sont autorisés sur les terrasses de restaurants, mais les propriétaires séjournant à l’hôtel ne peuvent souvent pas laisser leur animal seul dans la chambre pendant le repas, s’il se déroule à l’intérieur, puisque plusieurs hôteliers l’interdisent.

Pour accommoder cette nouvelle clientèle, l’Association Hôtellerie Québec (AHQ) a soumis le printemps dernier au MAPAQ un projet pilote visant à autoriser les chiens dans les restaurants de quelques hôtels. Le projet implique actuellement cinq membres, dont l’Estrimont, Monsieur Jean et Fairmont Le Reine Elizabeth.

« On veut que ça se fasse de façon balisée, prudente. On comprend qu’il peut y avoir un niveau de risque plus élevé dans un restaurant intérieur que sur une terrasse extérieure », a indiqué en entrevue à La Presse Véronyque Tremblay, présidente et directrice générale de l’AHQ.

Le projet déposé montre quelles tables dans le restaurant seraient autorisées à recevoir des chiens. Elles devraient être à une certaine distance des autres tables et de l’endroit où la nourriture est préparée. Dans quelques hôtels, il serait possible d’aménager une section séparée pour accueillir les clients canins, comme c’est déjà le cas sur certaines terrasses.

Aucun établissement ne sera obligé d’accueillir des chiens, ni tous les chiens. Un volet collectif établira des balises claires pour l’ensemble, mais chaque établissement pourra aussi imposer ses règles particulières.

10 % de la clientèle à l’Estrimont

Par exemple, Monsieur Jean, à Québec, dispose d’un restaurant de 60 places assises. Deux chiens à la fois au maximum pourront y être accueillis, selon Jonathan Ollat, directeur général de l’hôtel, et les clients pourront réserver leur plage horaire. À Montréal, Le Fairmont Le Reine Elizabeth, quant à lui, n’a pas encore déterminé de nombre maximal, mais ce sera moins de cinq, confirme son directeur général, David Connor.

À l’Estrimont, un hébergement touristique de la région de Magog, les chiens et les chats sont accueillis gratuitement sans égard au poids ou à la race de l’animal, contrairement à bien des hôtels. Les animaux sont acceptés dans les espaces communs, par exemple autour de la piscine, et les chiens ont aussi accès à un parc privé.

Les propriétaires d’animaux représentent maintenant 10 % de la clientèle de l’hôtel, selon Céline Denry, directrice générale de l’Estrimont.

Le MAPAQ n’a pas encore autorisé l’initiative de l’AHQ. « Les échanges se poursuivront au début de l’automne afin de discuter de la mise en place du projet pilote dans une approche permettant de bien gérer les risques sanitaires », indique Yohan Dallaire Boily, relationniste du MAPAQ. Or, le temps presse, lance la fondatrice de Toutourisme Québec, Diane Angers.

« On veut que les gens dépensent ici, donc on veut leur faciliter la vie », dit Mme Angers. Elle craint que les touristes propriétaires n’écourtent leur voyage ou se tournent vers des destinations où les chiens sont culturellement plus acceptés, comme le reste du Canada, les États-Unis ou l’Europe.

Pas facile de voyager avec un chien

Car il n’est pas toujours facile de voyager avec un compagnon à quatre pattes au Québec. « [La préparation] prend deux fois plus de temps que pour quelqu’un qui voyage sans animal », témoigne Julie Pirlot, une vacancière assidue qui voyage toujours avec son samoyède et son chien suédois de Laponie.

La représentante en épargne collective a pris l’habitude de scruter attentivement les politiques canines des hébergements touristiques. « Je vérifie si l’hôtel accepte les chiens. Quelle est sa politique envers les chiens dans la chambre ? S’il n’y a pas de service aux chambres, est-ce qu’il y a des restaurants autour qui ont une terrasse ? Est-ce qu’Uber Eats fonctionne ? », énumère-t-elle.

« Quand on est touriste, on ne veut pas rester avec notre chien dans notre chambre d’hôtel, on veut sortir et en profiter avec lui », dit Mme Pirlot. « Ce n’est pas facile, on n’est pas les bienvenus partout », acquiesce Josée Bélanger, une entraîneuse canine elle-même propriétaire de deux chiens d’assistance.

Celle qui habite dans la région de Charlevoix a vécu et a voyagé à maints endroits en Europe et au Canada. Elle déplore une « culture de peur » des chiens au Québec, qu’elle n’a pas retrouvée ailleurs.

« À force de mettre des restrictions sur les chiens, les maîtres ne les ont pas socialisés adéquatement », constate Mme Bélanger.

« On se retrouve donc avec des chiens non socialisés, réactifs et agressifs », ce qui ne donne pas particulièrement envie aux commerçants de leur ouvrir leurs portes, admet l’entraîneuse canine.

Paradoxalement, la solution que Josée Bélanger préconise est de sortir davantage les chiens, de les exposer à toutes sortes de situations, de personnes et d’animaux. « Je voudrais qu’on fasse plus confiance aux maîtres et aux chiens en leur donnant plus de liberté », renchérit Julie Pirlot.