"L'hôtellerie azuréenne se porte bien, Nice a retrouvé son statut de capitale azuréenne" : le satisfecit d'Eric Abihssira, président de l'UMIH Nice Azur et Haut Pays, au terme d'une saison estivale "meilleure que 2024", en particulier du côté des hôteliers, en léger contraste avec les restaurateurs qui, eux, s'ils ne constatent pas de baisse de fréquentation, déplorent une baisse du ticket moyen, traduction d'une chute du pouvoir d'achat selon le président Abihssira : "la saison a profité à un certain type d'établissements, mais pas à tous les types de restaurants. La clientèle moyen de gamme est plus vigilante sur le montant des dépenses, notamment les Français". Pour autant, d'après Eric Abihssira, nos compatriotes ne seraient pas regardants quant il s'agit de laisser du pourboire... Et c'est là l'un des sujets brûlants de cette rentrée : la menace de la fin de leur exonération.

Non à la "taxe au sourire", une menace pour l'attractivité des métiers du CHR

Pour rappel, depuis le 1er janvier 2022, les pourboires remis volontairement aux salariés en contact avec la clientèle, percevant jusqu'à 1,6 SMIC, bénéficient d'une exonération de cotisations sociales et d'impôt sur le revenu. Or, alerte l'UMIH, la mesure -provisoire et déjà reconduite à deux reprises- doit prendre fin le 31 décembre 2025. A moins de dispositions spécifiques dans la loi de finances pour 2026, les pourboires seraient donc à nouveau soumis à cotisations et fiscalisés. Le syndicat a mené deux enquêtes dédiées, auprès des salariés et des employeurs, qui révèlent sans surprise, de part et d'autre, un rejet massif de cette perspective.

"83% des salariés considèrent les pourboires comme un avantage incontournable de leur métier, 41% se disent prêts à quitter la branche en cas de fiscalisation", s'inquiète Eric Abihssira, également vice-président confédéral de l'UMIH. "La fin de l'exonération reviendrait à fiscaliser une libéralité vis-à-vis de nos collaborateurs sur des montants que nous ne maîtrisons pas. Nous refusons ce qui s'apparente à une 'taxe au sourire', qui nuirait à l'attractivité de nos métiers, alors que notre branche est en quête de 200.000 collaborateurs chaque année". L'UMIH demande donc a minima la reconduction de l'exonération, au mieux sa pérennisation, qu'il faudrait "inscrire dans le prochain budget".

Toujours sur le terrain législatif, l'UMIH interpelle sur le projet de loi "simplification de la vie économique", saluant des avancées positives, comme la mensualisation des loyers commerciaux, traditionnellement dûs au trimestre à échoir, rappelle Eric Abihssira, "ce qui impacte fortement la trésorerie de nos entreprises" (tout comme la collecte de la taxe de séjour, au quadrimestre sur le territoire de la Métropole, ajoute-t-il, appelant là-aussi à la mensualisation). L'UMIH lève néanmoins des "points d'alerte à corriger, au risque de créer de nouvelles contraintes", par exemple les licences IV dérogatoires, dont pourraient notamment bénéficier les organisateurs de festivals sans avoir à satisfaire aux mêmes obligations que les professionnels du CHRD, créant ainsi une distorsion de concurrence, explique Eric Abihssira. Début septembre, le président confédéral de l'UMIH, Thierry Marx, a listé par écrit ses doléances aux membres de la Commission mixte paritaire chargés d'examiner le texte, les appelant à "préserver les équilibres indispensables au développement des TPE/PME du secteur CHRD et à corriger ces dérives pour que ce projet de loi soit véritablement porteur de compétitivité et de simplification".

Booking, du "racket organisé"

Enfin, les hôteliers ne lâchent pas le morceau face au géant de la réservation en ligne, Booking.com, malgré la récente "avancée significative" que constitue l'injonction de la DGCCRF de juillet dernier vers une rééquilibrage des relations entre pros et plateforme. Toujours dans le viseur, le montant des commissions exigées, soit 17%, "sachant que 40 à 60% du chiffre d'affaires de nos établissements est réalisé grâce aux réservations effectuées via Booking, indique Eric Abihssira. 17% de 60% du chiffre d'affaires, c'est énorme". Enorme, et l'UMIH demande le plafonnement de ces commissions, car elles peuvent dépasser ce seuil : "si vous êtes en perte de vitesse sur vos réservations, vous pouvez choisir d'augmenter le montant de la commission versée à Booking en contrepartie d'une meilleure visibilité sur la plateforme. C'est du racket organisé", déplore Eric Abihssira (qui fait partie, en qualité de gérant du Best Western Plus Nice Cosy, des 23 hôteliers français qui ont attaqué Booking pour concurrence déloyale).

Autre sujet d'inquiétude, la décision unilatérale de Booking de collecter automatiquement la taxe de séjour, toujours plus de trésorerie pour le géant de la résa, mais aussi "une usine à gaz" car la taxe n'est pas due en cas de no-show... Surtout, "cela ne peut pas se faire sans le consentement explicite des hôteliers", alerte le président Abihssira, bien conscient de la mainmise de la plateforme sur la profession.

"Dans les années 2000, quand on a transformé notre économie en économie digitale, avec l'arrivée des plateformes de réservation, on a été spectateurs et pas acteurs. Cela a donné aux hôteliers une visibilité inédite, ça a été une avancée qui nous a permis d'augmenter nos taux d'occupation. Ce que nous n'avons pas vu venir, c'est la contrepartie, qui consiste pour ces plateformes à s'approprier une partie de notre chiffre d'affaires. Là, nous allons connaître une nouvelle étape, l'arrivée de l'IA dans les modèles de réservation. Cette fois-ci, soyons acteurs, faisons en sorte que l'intelligence artificielle nous permettre de retrouver une partie de la distribution directe, de contrer la prédominance des plateformes de réservation".

L'arrivée d'Airbnb, une aubaine ?

Quant à l'idée exprimée par le président Thierry Marx de réfléchir à la création d'une plateforme de réservation 100% française et moins chère que les géants actuels, "c'est David contre Goliath", d'après Eric Abihssira : "Booking verse 1 milliard de dollars en référencement naturel à Google". Mais puisqu'il existe en tout état de cause aujourd'hui "un réflexe de Pavlov" qui consiste à réserver via les plateformes, Eric Abihssira voit plutôt d'un bon oeil l'annonce d'un autre ennemi de la profession : Airbnb, qui a tout récemment déclaré vouloir s'ouvrir à l'hôtellerie (sans doute pour rendre la monnaie de sa pièce à Booking, venu empiéter sur "son" terrain des locations d'appartements et villas). "Peut-être que c'est une aubaine, que c'est l'occasion, pour l'hôtellerie, d'affirmer qu'elle n'est plus prête à donner 17% de commission, et d'ainsi gagner quelques points chez Airbnb et par la même occasion de faire baisser les commissions de Booking..." Les ennemis d'hier seraient-ils les meilleurs alliés de demain ?