Une page se tourne à Sospel. Depuis une semaine, le village n’a plus aucun hôtel ouvert. L’Hostellerie du Pont Vieux, le dernier établissement encore en activité, a fermé ses portes. Un coup dur pour le tourisme, mais aussi pour la vie locale.

«J’ai décidé de fermer l’hôtel la semaine dernière. Volontairement. J’ai mis un panneau “Hôtel fermé” sur la porte», raconte Marie Guiet, gérante.

L’hôtel ne manquait pourtant pas de clients. Randonneurs et touristes passaient encore par Sospel. Mais un élément a tout changé. «Ce qui a déclenché tout ça, c’est la commission de sécurité. Quand ils sont arrivés à l’hôtel, je n’étais pas prête. Je n’avais reçu aucun courrier, aucune convocation. Et ce jour-là, avec tout ce que j’avais déjà sur le dos, j’ai réagi vivement, j’étais excédée. J’ai dit : “eh bien, puisque c’est comme ça, je ferme”.» La gérante ne nie pas les règles. «Il faut des extincteurs, des alarmes, des issues de secours bien indiquées. Mais j’aurais aimé être prévenue, avoir un peu de temps.»

Des murs imbibés d’eau

À ce problème s’est ajouté un autre, très concret : l’eau. Depuis janvier, des fuites descendent des logements au-dessus de l’hôtel. «Une fois ça s’arrête, une fois ça recommence ailleurs. L’eau a même endommagé la centrale d’alarme.»

Les dégâts rendent impossible tout chantier. «J’ai encore 80 % d’humidité dans les murs. Tant que ça ne s’arrête pas, je ne peux rien faire. Et l’assurance ne peut pas obliger les propriétaires au-dessus à agir.»

Petit à petit, l’hôtel s’est vidé de ses chambres. «À un moment, je n’en avais plus que deux en état. Ce n’est pas viable. On ne fait pas tourner un hôtel avec deux ou trois chambres.»

Une décision assumée par la mairie

La fermeture est désormais officielle. Marie Guiet a remis un courrier à la mairie et aux pompiers. Un arrêté a suivi.

«Ce n’est pas une fermeture administrative, précise Jean-Mario Lorenzi, maire de Sospel. Mme Guiet a annoncé elle-même qu’elle fermait. Moi, j’ai simplement pris un arrêté sur cette base.»

Le maire insiste : «Sans contrôle de sécurité, un établissement recevant du public ne peut pas rester ouvert. Maintenant, à Sospel, il n’y a plus d’hôtel. C’est une catastrophe. Mais à un moment donné, on ne peut pas mettre les gens en danger. On doit appliquer les règles. Ce n’est pas une décision politique ou arbitraire.»

Un vide pour le tourisme

Du côté de l’office de tourisme Menton, Riviera & Merveilles, la nouvelle est reçue comme un coup dur. «C’était un hébergement important pour accueillir les randonneurs qui empruntent le GR, le sentier de grande randonnée qui traverse le village et descend jusqu’à Menton. Sans cet hôtel, les marcheurs doivent continuer jusqu’aux deux campings situés plus haut sur la route, ce qui rajoute au moins une demi-heure de marche, ou bien ils modifient leur itinéraire », souligne sa directrice, Marie Garcin Zaiter.

Elle détaille : « À Sospel, il reste quelques meublés et chambres d’hôtes, une dizaine à peine. Ils affichent vite complet. Quand tout est plein, certains visiteurs repartent à Menton, d’autres changent de parcours, parfois ils renoncent carrément. C’est une perte pour le commerce local. »

Un paradoxe, car le potentiel est bien là. «Sospel est un village de caractère, avec un centre historique qui mérite d’être visité, une cathédrale, des forts, du patrimoine… C’est un lieu de passage historique, sur l’ancienne route du sel, et aujourd’hui encore, beaucoup de gens passent par ici. Le commerce local se porte plutôt bien, mais sans hôtel, nous ne pouvons pas garder les touristes pour la nuit. »

Et maintenant ?

Un espoir subsiste, mais il passe par une nouvelle commission de sécurité. Michel Poggi, adjoint aux travaux et à l’urbanisme, le confirme : «Le jour de notre visite, nous avons indiqué à Madame Guiet que sa lettre était considérée comme irrévocable. Entre le courrier et l’arrêté municipal, nous avons attendu dix jours pour lui laisser une chance de changer d’avis. Malheureusement, cela n’a pas été le cas.»

Reste à savoir si l’Hostellerie pourra un jour rouvrir. Car pour ce village du moyen-pays, l’hôtel n’était pas seulement une adresse, mais aussi une porte d’entrée pour découvrir tout un territoire.