Le Caire, Assouan, Louxor, le Nil : ainsi était la quadrilogie égyptienne de Mandarin Oriental. Le groupe hôtelier asiatique vient d’annoncer la reprise de deux des établissements les plus célèbres du pays des Pharaons : le Old Cataract, à Assouan, et le Winter Palace, à Louxor. Le premier, encore plein des fantômes d’Agatha Christie, de Winston Churchill ou de François Mitterrand, qui y passa son dernier séjour, rouvrira en mai 2026 sous son nouveau pavillon - après quarante ans sous le giron d’Accor. Un vrai coup pour le groupe, basé à Hong Kong, et réputé pour son service. Le second sera fermé toute l’année pour travaux. Réouverture en 2027, année où Mandarin Oriental inaugurera la toute première croisière de son histoire, sur le Nil. Comme un trait d’union entre ces deux légendes de l’hôtellerie.
Au total, la marque à l’éventail exploite aujourd’hui 45 hôtels, auxquels s’ajoutent 36 «exceptional homes» et 15 «résidences», des maisons ultraluxe avec services hôteliers. Le tout, réparti entre une petite trentaine de pays. C’est dire si l’ajout prévu de trente établissements à son catalogue dans les six prochaines années représente une expansion. Elle est due, en grande partie, au travail de l’hyperactif Laurent Kleitman, son Frenchie de directeur général depuis 2023. L’ex-PDG de Christian Dior Parfums a roulé sa bosse dans l’univers du luxe. Il est l’homme derrière la reprise, l’an passé, du Lutetia, seul palace de la rive gauche et icône parisienne depuis 1910. Nous l’avons rencontré dans la «Penthouse suite» de l’établissement.
LE FIGARO. - Deux nouveaux hôtels emblématiques, une croisière de luxe : pourquoi mettre à ce point l’accent sur l’Égypte quand on s’appelle Mandarin Oriental ?
Laurent KLEITMAN. - L’Égypte a fait son grand retour auprès des voyageurs, il s’agissait maintenant d’élever le niveau. Le Grand Musée du Caire a créé un élan formidable, le pays vise maintenant les 30 millions de visiteurs à l’année d’ici à 2028. Si le niveau d’expérience est en hausse, il manque encore d’infrastructures, ce qui peut parfois faire peur au voyageur. C’est une belle histoire qu’il faut continuer d’écrire en faisant découvrir le pays à des personnes qui n’auraient pas l’Égypte dans leur radar. Nous avions déjà annoncé la reprise du Shepheard Hotel au Caire, nous allons désormais proposer une offre complète avec deux hôtels parmi les plus mythiques d’Égypte et une croisière sur un bateau à moteur de 37 suites. C’est un pays qui se prête bien au circuit car on ne va pas seulement en Égypte pour visiter sa capitale seulement.
Que pensez-vous apporter à ces hôtels historiques - rappelons que le Old Cataract, qui s’appelait alors Cataract, a été inauguré en 1899 ?
Nous avons une longue expérience dans la reprise d’hôtels - il suffit de citer l’Oriental à Bangkok, ouvert en 1876, et aujourd’hui considéré comme l’un des meilleurs hôtels du monde. Nos clients sont en quête d’histoires et ces lieux sont une excellente machine à remonter le temps. C’est comme un séjour dans un livre ou dans un rêve d’enfants. Nous avons ouvert en décembre un établissement dans l’ancien palais de justice Art déco de Vienne. Il est évidemment crucial pour nous de respecter ces lieux historiques, tout en y apportant notre touche, ce qui nous caractérise : le service à l’asiatique. Cela colle bien avec l’Égypte, qui a une vraie culture du partage, de la générosité et de l’accueil.

Nous parlons ici de développements à long terme, qui comportent forcément des aléas. Et depuis le Covid, on observe une vraie résilience du secteur et des voyageurs. Une chose est sûre : le Moyen-Orient va rester crucial pour le secteur du tourisme et je ne pense pas que l’on puisse tirer une croix sur une destination comme Dubaï. Nous avons d’ailleurs pour projet d’y ouvrir un troisième hôtel. Je n’ai aucun doute ni sur le long terme, ni sur le court terme. Sur place, on observe en ce moment une recrudescence des staycations. Les locaux viennent passer un week-end ou trois jours dans nos hôtels, pour se changer les idées. Les établissements tournent et les niveaux d’occupation sont bons.
Avec la concurrence des locations touristiques et l’inflation, que vient-on encore chercher dans un hôtel de luxe en 2026 selon vous ?
Pour moi, on assiste à un vrai mouvement vers l’expérience. L’idée est de créer des bulles de vie au sein d’une destination. À Marrakech, on propose de découvrir la médina en side-car, par exemple. De plus en plus, on place la destination au cœur de notre développement. C’est d’ailleurs ce que nous allons mettre en avant dans One Night In, une toute nouvelle série que nous allons lancer sur les plateformes de VOD pour découvrir les destinations qui nous sont chères. Marrakech, Dubai et Abu Dhabi, Bangkok, Milan-Côme, Paris et Madrid.

Quels sont les futurs développements du groupe ?
Côté Europe, nous allons ouvrir un hôtel à Rome l’an prochain, ainsi que notre premier resort de ski à Cortina d’Ampezzo, dans les Dolomites. Côté Asie, notre épicentre, plusieurs ouvertures sont prévues en Chine cette année, mais aussi les Maldives, Bali, deux hôtels au Japon : à Takamatsu et à Naoshima, d’un côté et de l’autre de la mer Intérieure, avec la possibilité de faire la traversée entre les deux en bateau. Dernière information, que nous n’avons pas encore dévoilée : notre hôtel parisien rive droite, rue Saint-Honoré, qui va être complètement rénové.

