Antigua-et-Barbuda, les membres de l’Association des hôteliers et des acteurs du tourisme de la Caraibe (la CHTA) se réunissent pour échanger sur l’état du secteur et de son avenir.
C’est la première fois que les ministres de tourisme de la région affirment ouvertement que le système est injuste.
« Je dis tout le temps qu'on ne peut pas remplacer une plantation de canne à sucre par une plantation hôtelière. »
Charles “Max” Fernandez, ministre du tourisme d'Antigua-et-Barbuda
Le ministre d’Antigua-et-Barbuda fait une comparaison entre le système colonial qui a rapatrié toutes les bénéfices générés par les plantations de la Caraïbe dans des comptes en banque européens et l'actuelle industrie touristique.
Edmund Bartlett, ministre du tourisme de la Jamaïque a affirmé que le taux de rétention du dollar touristique dans la Caraïbe est le plus bas du monde.
« La Caraïbe a atteint un point d'inflexion critique et le tourisme ne peut plus être une industrie d'extraction. »
Edmund Bartlett, ministre du tourisme de la Jamaïque
Il a également souligné que la région devait disposer de ses propres plateformes de marketing numériques.
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Les économies caribéennes les grands perdants du secteur touristique
Aujourd'hui, les pays de la région perdent 80 cents sur chaque dollar. La plupart des revenus de ce pilier économique sont versés sur les comptes à l’étranger.
Selon l’Organisation mondiale du tourisme des Nations-Unies, ce phénomène est le résultat d’un taux d’importation élevé des biens et des produits alimentaires. Dans la Caraïbe 80% des produits de consommation sont importés.
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En plus, une grande partie des hébergements hôteliers appartiennent aux étrangers qui eux rapatrient les bénéfices dans leurs pays d'origine.
Dans un rapport intitulé, Le tourisme dans la Caraïbe : un système d'exploitation qui perpétue la pauvreté, la chercheuse Kamilah Morain affirme que “le système actuel viole les droits économiques, sociaux et culturels des peuples caribéens, les privant d'un développement équitable, de salaires décents et la capacité de préserver leur patrimoine et leur environnement”.
L'expansion rapide des stations balnéaires, des terrains de golf et des ports de croisière a entraîné une destruction environnementale généralisée. Les développements côtiers contribuent à l'érosion des plages et à la destruction des mangroves et des récifs coralliens.
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Les projets touristiques déplacent les populations locales. C'est le cas à Barbuda, l'île sœur d'Antigua où les communautés se sont battues pour empêcher l'installation des projets de luxe étrangers après la destruction de leurs maisons par l'ouragan Irma en 2017.
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Les gouvernements aggravent le problème en offrant aux investisseurs étrangers d'importants allégements fiscaux et des exonérations.
La majorité des emplois sont mal rémunérés. Les femmes de ménage des hôtels et les personnels dans la restauration travaillent de longues heures pour un salaire insuffisant dans une région où la vie reste chère.
Les postes de direction sont souvent occupés par les personnes non-résidents.
Changement de politique
Le constat est clair. Le tourisme sous sa forme actuelle n'est ni durable, ni réellement bénéfique pour le peuple caribéen.
Plusieurs pays de la Caraïbe vont participer à une étude afin de trouver comment garder l'argent, généré sur place, dans la région.
La Jamaïque, la République dominicaine, les Bahamas, Barbade, Sainte-Lucie, Aruba, Grenade et Saint-Kitts-et-Nevis ont été identifiés.
L’étude se concentrera sur trois secteurs qui fournissent des biens et des services à l'industrie touristique, notamment l’agriculture, les produits industriels et les services de divertissement.
Les chercheurs disposeront de six mois pour présenter un rapport final.

