La falaise rocheuse couleur ocre contraste avec le vert azur de l'océan. A la plage de Galé-Fontainhas, à une heure et demie au sud de Lisbonne, Vitor Coimbra et sa famille sont au paradis.

"J'ai toujours pensé que c'était la plus belle plage au monde. Mais il ne faut pas trop le dire, sinon ça va attirer encore plus de monde", la famille Coimbra fréquente depuis quarante ans ce coin surplombé d'un camping, où elle possède un bungalow.

Mais leur bonheur est en sursis: en 2021, le camping a été racheté par un groupe américain pour y construire le resort Costa Terra. Un luxueux complexe où les acteurs George Clooney, Sharon Stone, ou encore le prince Harry et Meghan Markle, ont déjà acquis leur villa.

La plage de Galé-Fontainhas, dans la région d'Alentejo. [DR - Vincent Barros]
La plage de Galé-Fontainhas, dans la région d'Alentejo. [DR - Vincent Barros]

Entre 70 et 200 euros le parasol

"On vit avec la menace de devoir partir un jour, s'ils ont d'autres projets. Dans cette zone protégée, on peut voir jusqu'à huit grues dans moins d'un kilomètre carré, ça m'inquiète un peu." Il craint que la côte devienne si chère que ça l'empêche de revenir en profiter. "C'est d'ailleurs ce qui se passe", ajoute-t-il. Sur le sable, un parasol se loue déjà entre 70 et 200 euros. Et une table pour déjeuner jusqu'à 500 euros, raconte Vitor.

On a perdu des espaces longtemps préservés par nos ancêtres

Jacinto Ventura, directeur de la Maison du peuple de Melides.

Un peu plus au sud, sur la plage de Melides, il n'y a pas encore ce problème. Rita témoigne: "Les prix sont encore accessibles. Pour l'instant! Les étrangers fortunés ne viennent pas ici à cause de la houle. Et tant mieux! Je ne fréquente plus les plages auxquelles ils vont."

Grues et barrières font désormais partie du paysage vacancier. Des dizaines de projets immobiliers et hôteliers sont en cours, avec bientôt cinq terrains de golf, des centaines de villas de luxe et autant de piscines. Des chantiers qui conditionnent l'accès aux plages, obligeant les locaux à marcher parfois des kilomètres pour y accéder. 

Jacinto Ventura, directeur de la Maison du peuple de Melides, dénonce cette situation: "En tant que résidents, nous avons perdu en qualité de vie, et aussi l'accès à des espaces qui ont longtemps été préservés par nos ancêtres."

Les prix immobiliers flambent

Christian Louboutin devant la façade de son hôtel en 2023. [Hemis via AFP - SOULARUE GUILLAUME / HEMIS.FR]
Christian Louboutin devant la façade de son hôtel en 2023. [Hemis via AFP - SOULARUE GUILLAUME / HEMIS.FR]

A Melides, où le designer Christian Louboutin a ouvert son hôtel 5 étoiles, Jacinto regrette que la population ait diminué de moitié en dix ans, selon lui. "Les gens abandonnent leurs terrains, qu'ils vendent certes à de très bon prix. Pour l'instant, je résiste. Mais j'ai un ami à qui on a proposé 6 millions d'euros. Qui n'accepterait pas? C'est une chose d'être têtu, mais il ne faut pas être idiot non plus", indique-t-il.

Une flambée de l'immobilier confirmée par Esmeralda Carvalho, de l'agence immobilière Fine and Country à Comporta. Le mètre carré à Comporta tourne autour des 20'000 euros. Par exemple, "la dernière propriété qu'on a vendue est partie à 15 millions d'euros", note-t-elle.

Cinq fois plus de lits dans dix ans

L'agriculteur Luis Dias s'insurge contre ces projets qui "poussent comme des champignons". Depuis 2021, il milite au sein de l'association environnementale "Protéger Grândola" dont il est le co-fondateur.

Il explique que ces propriétés sont construites sur des sols "fragiles, instables", comme des dunes, "où il ne pleut pas beaucoup. Au final, l'impact cumulé de tous ces projets est énorme". Il souhaite une étude environnementale pour évaluer l'impact sur les ressources. "Tout indique que les réserves de nappes phréatiques vont s'amenuiser et c'est un gros motif de préoccupation", ajoute-t-il.

Selon l'office du tourisme, la côte de Grândola devrait compter 20'000 lits touristiques d'ici à dix ans, soit cinq fois plus qu'aujourd'hui. Les investissements dans le tourisme de luxe promettent de mobiliser localement plus de 4 milliards d'euros.

La côte de l'Alentejo s'étire sur 45 km