Interdire les clauses de parité tarifaires dans les contrats conclus entre les plateformes de réservation numériques et les hôtels : un projet de loi a été déposé dans ce sens par Linda Caron, députée de La Pinière et porte-parole libérale en tourisme à l’Assemblée nationale.

Pour les hôteliers, ces clauses empêchent d’offrir des tarifs plus avantageux sur leurs propres canaux de vente par rapport aux prix affichés sur les plateformes de réservation en ligne.

« Cette pratique contribue à maintenir artificiellement des tarifs plus élevés pour les consommateurs et crée une distorsion du marché au profit des grandes plateformes numériques, soulève la députée. Dans toutes les régions du Québec, les petits et moyens établissements, qui dépendent davantage de ces plateformes pour leur visibilité et leur volume de réservations, sont particulièrement affectés. »

Redonner une marge de manoeuvre

L’objectif recherché est de redonner aux hôteliers une marge de manœuvre commerciale dans la détermination de leurs tarifs et ainsi permettre une meilleure rentabilité des hôtels, mais aussi une baisse des prix pour les consommateurs.

« Ce projet corrige une situation qui limite la capacité de nos établissements d’hébergement à offrir librement leurs prix, leurs conditions, leurs rabais et leurs avantages. C’est bon pour les hôtels de toutes tailles, dans toutes nos régions, et c’est bon pour les consommateurs, qui doivent pouvoir profiter de meilleures offres et d’une réelle concurrence », assure Linda Caron.

Le dépôt de ce projet de loi constitue « une belle surprise » pour l’industrie hôtelière québécoise. « Le texte propose de régler un enjeu sur lequel l’industrie hôtelière travaille depuis plusieurs années : la liberté de fixer nos propres prix face aux géants mondiaux de la réservation », a réagi Véronyque Tremblay, présidente et directrice générale de l’Association hôtellerie du Québec.

« Ce n’est pas logique qu’un hôtelier d’ici ne puisse pas offrir son meilleur prix sur son propre site web. Le rapport de force est actuellement disproportionné. Permettre aux hôteliers de reprendre le contrôle de leurs tarifs, c’est une question de justice commerciale », souligne-t-elle, alors que 83 % des hôteliers québécois sont indépendants.

Par ailleurs, en favorisant la réservation directe, on s’assure que les revenus restent davantage dans nos régions plutôt que de s’envoler en commissions à l’étranger, ajoute l’AHQ.

« Nous souhaitons plus qu’un dépôt, nous souhaitons une adoption »

S’il est adopté, le PL 696 - Loi visant à garantir la liberté des personnes exploitant un établissement d’hébergement touristique quant à la détermination des prix et des conditions applicables à la location d’unités d’hébergement - établira clairement que toute clause empêchant un hôtel d’offrir un tarif inférieur sur son propre site web serait invalide.

Alors que l’Europe a déjà agi pour limiter l’emprise des plateformes numériques, le Québec a l’opportunité de devenir le premier gouvernement en Amérique du Nord à légiférer en ce sens.

« Son adoption rapide, avant l’été et la forte saison touristique, permettrait de rétablir l’équité envers nos hôteliers d’ici et de moderniser notre cadre réglementaire afin qu’il soit enfin adapté aux réalités du commerce numérique », analyse Véronyque Tremblay.

À seulement un mois de la fin de la session parlementaire, l’industrie hôtelière demande la collaboration sincère du gouvernement et de l’ensemble des partis d’opposition. « Nous souhaitons plus qu’un dépôt, nous souhaitons une adoption », poursuit-elle.

« Le gouvernement n’a aucune raison de laisser traîner ce dossier », assure Linda Caron.