"Il y en a marre !" Didier Méril tape du poing sur la table. Depuis l'été dernier, le propriétaire du restaurant-hôtel quatre étoiles "Didier Méril", à Dinard (Ille-et-Vilaine) depuis 21 ans, dit être victime d'avis malveillants dont l'auteur est un seul et même couple. Le restaurateur a porté plainte pour diffamation, injures publiques, chantage et fait un signalement au parquet de Saint-Malo. Il veut aussi que son histoire serve d'exemple pour mettre fin au fléau des faux avis en ligne.

Un problème de climatisation dans une chambre

L'histoire commence le week-end du 15 août dernier. Un couple de touristes séjournant dans l'hôtel de Didier Méril se plaint alors d'un problème de climatisation dans sa chambre : "Nous faisons venir le plus vite possible un technicien, bien que nous soyons en plein week-end du 15 août", peut-on lire dans la lettre adressée par le professionnel au parquet de Saint-Malo, datée du 25 août, et que ICI Armorique a pu consulter. La réparation est impossible dans un temps réduit. "Nous n'avons pas d'autre choix que de couper le climatiseur. Je rappelle qu'il fait 20 degrés à Saint-Malo, donc la climatisation n'est pas du tout utile", précise le restaurateur.

Le couple ne "fait plus de remarques au sujet de son séjour" par la suite, réserve même une table dans le restaurant de Didier Méril. Sauf qu'au moment de partir, "Monsieur nous fait comprendre qu'il ne veut pas payer le restaurant (...) et rétorque que si je ne lui offre pas le repas, il va nous détruire sur les réseaux sociaux". Finalement, après un appel avec la gendarmerie, le couple paie les 207 euros.

Le restaurateur accusé d'être raciste

Le couple met finalement ses menaces à exécution car dans les semaines qui suivent, Didier Méril reçoit une vingtaine d'avis négatifs qu'il leur attribue. Certains sont écrits avec leurs vrais prénoms et noms. D'autres sont postés sous pseudonyme mais reprennent les mêmes éléments de l'expérience : "Le client exagère tout en disant qu'il a passé des nuits cauchemardesques", nous lit le restaurateur."Il dit que je suis une personne désagréable et désobligeante."

D'autres avis se rapprochent de la diffamation, estime-t-il : "Là, il disent : "J'ai eu le ressenti que la couleur de peau de mon mari ne plaisait pas à la direction". Dire que je suis raciste ? Je ne sais pas comment on peut dire des choses pareilles. D'autant plus que son mari est aussi caucasien que moi…"

"Ce n'est pas possible de traîner les gens dans la boue"

Le préjudice financier et d'image pour l'établissement est limité : la note moyenne des avis sur Google est passée de 4,7 à 4,5 pendant un temps, mais elle remonte depuis la suppression de certains avis malveillants. Cependant, le préjudice moral est toujours là, pour le restaurateur et ses 14 salariés : "Ça nous touche au plus profond de nous-mêmes. On fait notre métier par plaisir, par amour et on aime ça. Je ne suis pas fermé aux avis. Mais les choses doivent être faites dans le respect et dans la dignité. Ce n'est pas possible de traîner les gens dans la boue".

Didier Méril veut que son histoire serve d'exemple contre le fléau des avis en ligne :"Il y en a marre ! Un peu de respect pour les gens qui travaillent ! (...) Dites-nous en face vos critiques, comme ça, nous pouvons tout de suite ajuster. Mais quand vous êtes chez vous devant votre ordinateur, on ne peut rien faire d'autre que de subir. Et on voit bien que tout le monde est touché, on a reçu des messages du sud de la France." Le couple, auteur présumé des avis, sera entendu prochainement à Lille, le plus rapidement possible, espère le chef cuisinier.