À deux pas de la gare des Guillemins, un morceau discret de l'histoire liégeoise pourrait bientôt changer de visage. L'Hôtel de la Couronne, bien connu des voyageurs et des habitués du quartier, pourrait vivre ses derniers jours en tant qu'établissement hôtelier.

En effet, un avis d'enquête publique affiché par la Ville de Liège annonce une demande de permis d'urbanisme visant à changer l'affectation de l'hôtel en résidence de kots pour étudiants. Concrètement, le projet prévoit la transformation des 77 chambres actuelles en 76 logements étudiants. Cette demande a été introduite par IMH, la société de Laurent Minguet, propriétaire du site.

L'enquête publique se déroule du 18 mars au 1er avril 2026. Pendant cette période, les citoyens peuvent consulter le dossier et introduire d'éventuelles observations auprès du service des permis d'urbanisme.

Si le projet aboutit, c'est une page de l'histoire du quartier des Guillemins qui pourrait se tourner.

Un témoin de l'histoire ferroviaire de Liège
L'Hôtel de la Couronne ne date pas d'hier. L'établissement est déjà mentionné dans un guide des voyageurs de 1844, à une époque où la gare des Guillemins vient à peine de s'imposer comme une porte d'entrée majeure de la ville.

À l'époque, la rue porte encore le nom de rue de la Station et les hôtels fleurissent pour accueillir les passagers du rail. La Couronne fait partie de ces adresses qui vivent au rythme des trains et des voyageurs.

Au fil des décennies, l'établissement change de visage et même de nom. Pendant un temps, il devient l'Hôtel du Chemin de fer, une appellation qui souligne le lien étroit entre l'hôtel et la gare toute proche.

Le lieu laissera même une trace dans la littérature : Georges Simenon y fait référence dans son roman Le Pendu de Saint-Pholien.

Une renaissance en 2008… et un nouveau tournant
Comme beaucoup de bâtiments anciens, la Couronne a connu des périodes plus difficiles. Dans les années 1990, l'hôtel ferme ses portes en raison de problèmes d'insalubrité.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là. En 2004, le groupe Minguet rachète le bâtiment et lance une rénovation complète. L'hôtel rouvre finalement ses portes en 2008, entièrement modernisé, avec 77 chambres et une classification trois étoiles.

Depuis, l'établissement profite de sa situation idéale, juste en face de la gare des Guillemins, pour accueillir touristes, voyageurs d'affaires et visiteurs de passage.

Mais le quartier continue d'évoluer rapidement. Entre nouveaux immeubles de bureaux, logements et projets urbains, les Guillemins changent de visage.

La transformation de l'hôtel en logements étudiants s'inscrit dans cette dynamique.

Reste désormais à voir si l'enquête publique suscitera des réactions. Car pour beaucoup de Liégeois, l'Hôtel de la Couronne reste bien plus qu'un simple bâtiment : un témoin discret de près de deux siècles de vie autour de la gare.

18000 koteurs et peu de congrès : le choix est vite fait
À l'entendre, Laurent Minguet, le patron de IMH a fait un choix stratégique qui repose sur un constat qu'il dresse sans ambages. "L'hôtel de la Couronne se porte bien avec un taux d'occupation de 80 %. Mais au fil des années, il y a eu de plus en plus d'hôtels à Liège. Or, la politique en matière de congres n'est pas à la hauteur des ambitions. Il y a trop peu de congrès et donc trop peu de congressistes. Alors pour avoir un bon taux d'occupation, les hôtels n'ont pas d'autre choix que de baisser les prix."

Une situation d'autant plus difficile que Laurent Minguet estime que les hôtels liégeois sont trop taxés. "La city taxe à Liège se chiffre à 80 000 euros par an. C'est plus qu'à Gand qui est une ville similaire à la nôtre et c'est même plus qu'à Madrid !"

La décision de changer d'affectation est d'autant plus légitime aux yeux du patron d'IMH que le domaine des Kots est un secteur porteur. "Il y a 40 000 étudiants à Liège et environ 18 000 koteurs. À la Couronne, nous allons offrir des kots de qualité, avec une kitchenette, une salle de bains individuelle, un grand lit et un wi-fi stable. Il s'agira de kots de qualité comme il en manque cruellement à Liège."