Le 12 janvier 2023, une femme se présente à la réception d'un hôtel de La Louvière. Visiblement inquiète, elle informe l'employé que son compagnon, Younes (prénom d'emprunt), a regagné leur chambre avec une importante quantité de stupéfiants. La direction décide d'alerter immédiatement la police.

Une patrouille se rend sur place et frappe à la porte. Younes accepte d'ouvrir, mais demande quelques instants aux policiers, prétextant que sa compagne est nue. À peine ont-ils patienté que les agents entendent un bruit inhabituel : le prévenu est en train de s'enfuir par la fenêtre du rez-de-chaussée. Lorsqu'ils entrent dans la chambre, Younes a disparu.

Cocaïne et héroïne

La jeune femme est auditionnée. Elle déclare fréquenter Younes depuis six mois et affirme être régulièrement victime de violences. Elle parle également d'un trafic de stupéfiants mené depuis la fenêtre de leur chambre. Le parquet reconnaît toutefois l'absence d'éléments suffisants pour corroborer ces deux points : un acquittement est requis pour les faits de coups et pour l'exploitation du lieu comme point de vente.

En revanche, la présence de stupéfiants ne fait aucun doute : les policiers découvrent 28 grammes de cocaïne, 0,93 gramme d'héroïne ainsi qu'un téléphone portable dont l'analyse met en évidence des échanges liés à la vente de drogue.

Il se rend à la police

Le 17 juin 2023, Younes se présente finalement à la police, tout en se retranchant derrière son droit au silence. Il sait déjà qu'une ordonnance de capture a été délivrée à son encontre. L'enquête révèle également des contacts fréquents entre lui et Johan (prénom d'emprunt), un autre suspect.

Les perquisitions menées chez une connaissance de Johan permettent de saisir 2.225 euros en liquide. À son domicile, à Houdeng, les policiers mettent la main sur des stupéfiants, un pistolet d'alarme et un fusil de chasse détenus illégalement. Le fils de Johan déclare en outre que son père travaille depuis trois ans avec Younes et un troisième homme, Nadir (prénom d'emprunt).

Deux détenus

Les trois suspects ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel. Lors de l'audience, Younes et Nadir, tous deux détenus, comparaissent ; Johan est absent. Younes reconnaît avoir séjourné dans l'hôtel, qu'il occupait alors "avec une escort-girl recherchée au Portugal pour assassinat". Il admet aussi être propriétaire de la cocaïne retrouvée, mais conteste la période infractionnelle en affirmant avoir été incarcéré en 2022. Son casier judiciaire, lourdement chargé en matière de stupéfiants, est versé au dossier.

Concernant les violences dénoncées par la jeune femme, il nie catégoriquement : "Elle a fait une crise de jalousie parce que je suis revenu à l'hôtel avec une belle femme",soutient-il. Le parquet, faute de preuve, confirme son réquisitoire d'acquittement sur ce volet. Pour les infractions à la législation sur les stupéfiants, en revanche, il requiert quatre ans de prison ferme. L'avocat de Younes, Me Puccini, sollicite pour sa part une probation autonome, indiquant que son client souhaite s'orienter vers le secteur de l'Horeca.

Nadir encourt pour sa part une peine d'un an d'emprisonnement, notamment pour la détention de cannabis au sein de la prison de Mons. Son avocat plaide le sursis pour la consommation et conteste toute implication dans une association de malfaiteurs avec Younes et Johan.

Le jugement est attendu quelques jours avant Noël.