Qu’est ce qui a bien pu conduire à une série de décès dans les hôtels Riu du Cap-Vert ? Quatre touristes britanniques ont trouvé la mort entre août et novembre 2025 dans plusieurs établissements all-inclusive de la chaîne espagnole, rapporte le Sunday Times.
L’été dernier, Elena Walsh, 64 ans se rend avec sa famille dans l’archipel situé au large du Sénégal où elle va attraper une gastro-entérite. En quelques jours la retraitée décède d’une insuffisance cardiaque alors qu’elle se bat contre la maladie devenue extrêmement douloureuse.
Dans les mois qui suivent, Karen Pooley, Mark Ashley et David Smith, tous âgés d’une cinquantaine ou d’une soixantaine d’années et avec des pathologies préexistantes connaîtront le même sort. Selon l’hebdomadaire britannique, ils séjournaient dans des hôtels différents de la chaîne Riu, qui exploite six établissements au Cap-Vert.
Explosion des cas de shigellose
Si aucun lien n’est pour l’instant établi entre ces différents décès, le Sunday Times rapporte que des centaines de touristes ont été infectés fin 2025 par la shigellose. Cette infection bactérienne hautement contagieuse provoque « une diarrhée sévère, souvent sanglante, des crampes abdominales et de la fièvre », selon l’Institut Pasteur qui indique qu’elle résulte d’une « insuffisance d’hygiène ». La shigellose se transmet via des matières fécales contaminées présentes dans l’eau, les aliments ou de personne à personne.
Dans un rapport publié début décembre 2025, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) faisait état d’une augmentation du nombre de cas de shigellose dans cinq pays européens, de voyageurs revenant du Cap-Vert.
« Les infections sont majoritairement causées par une souche spécifique de la bactérie Shigella sonnei, identifiée par séquençage du génome entier, ce qui suggère une source commune ou une voie de transmission persistante dans le temps », indique l’agence européenne de lutte contre les maladies infectieuses basée en Suède. Selon l’ECDC, plusieurs vagues de maladies gastro-intestinales ont été identifiées depuis 2022 dans l’archipel.
Absence de protocole
Pourtant, malgré l’identification de la présence de la maladie depuis plusieurs années, la chaîne hôtelière Riu n’a pas mis en place de protocole sanitaire particulier à en croire un journaliste du Sunday Times qui a réservé un séjour par le biais de l’agence Tui dans un établissement de la chaîne.
« Je n’ai jamais été prévenue avant mon départ qu’il se passait quelque chose. Je n’ai reçu aucun courriel. Il n’y a rien à l’hôtel », a témoigné auprès de nos confrères Jess Richards une touriste britannique testée positive à la shigellose à son retour du Cap-Vert en octobre.
La chaîne hôtelière espagnole qui possède plus de 100 établissements dans 21 pays dit « travailler en étroite collaboration » avec les autorités cap-verdiennes sur le sujet. Selon un porte-parole cité par le Sunday Times, des sources d’eau stagnantes vont être éliminées et un plan de lutte « antiparasite » pour combattre notamment « la prolifération des mouches et des moustiques » est mis en place.
Capacités médicales « faibles »
Le média britannique a également fait état d’une prise en charge défaillante des patients hospitalisés au Cap-Vert. Avant sa mort, Karen Pooley décrivait au téléphone à son fils la clinique dans laquelle elle était hospitalisée comme une « zone de guerre ». « En fond sonore dans les appels, on entendait constamment des haut-le-cœur et des gens souffrir », a témoigné son fils James auprès du Sunday Times.
Un constat partagé par la famille de Mark Ashley, pris en charge dans la même clinique. « Je n’ai jamais rien vu d’aussi horrible de toute ma vie. Des gens entraient, tous avec leurs bracelets Riu, venant des différents hôtels, sous perfusion », a témoigné sa femme Emma auprès du journal.
Dans ses conseils aux voyageurs, le ministère français des Affaires étrangères indique que le Cap-Vert possède des capacités médicales décrites comme « faibles » ainsi qu’un accès aux médicaments « réduit ». Il alerte également sur la multiplication des cas de shigellose. « La prévention repose principalement sur le respect strict des règles d’hygiène », rappelle le Quai d’Orsay.
