"Vous parlez de propreté, mais vos mains sont sales !", "Exploitation sans humanité"... Munis de slogans scotchés sur leurs vestes, huit femmes et valets de chambre sans papiers, réunis ce lundi 22 septembre 2025 au matin devant les locaux de l’union locale CGT du 8e arrondissement de Paris, dénoncent leur "maltraitance" au travail. Soutenus par le syndicat, ces agents de service ont ensuite pris la direction de Maison Bauchart, un hôtel de luxe situé rue Quentin Bauchart, pour déposer en main propre une demande de rendez-vous avec l’établissement.
"Exploités dans les hôtels huppés franciliens" comme Maison Bauchart mais aussi d’autres établissements, ces travailleurs chargés de nettoyer les chambres pointent du doigt des "conditions de travail indignes et une surexploitation organisée", selon un tract de la CGT. "Les entreprises hôtelières ferment les yeux sur la situation des salariés", déplore le syndicat.
Tous sont employés en CDI par une entreprise sous-traitante. "On travaille dur, on ne nous respecte pas. Quand tu es malade, on te force à venir travailler. On fait beaucoup d’heures et on n’est pas bien payé, maximum 1300 euros par mois. Je travaille 200 heures par mois", raconte Mehdi*, l’un des travailleurs sans papiers.
Youssef, un autre travailleur de nationalité marocaine, décrit des "journées à rallonge qui dépassent les heures prévues sur les contrats" et des "conditions difficiles" : "Il n’y a pas de matériel adapté, ni de protection, ni de formation. On t’envoie un message sur Whatsapp avec l’adresse d’un hôtel et tu dois débarquer comme ça. Ou tu reçois un appel le soir, c’est au jour le jour."
"Parfois l’adresse ou les horaires changent dans la journée, tu reçois un message dans le métro. Et on ne nous paie pas les déplacements. Pour les heures complémentaires, il faut toujours réclamer", poursuit-il.
"Ils savent qu’on est tous sans papiers"
"On nous recrute par cooptation communautaire, ils utilisent les anciens salariés pour trouver d’autres travailleurs. Ils savent qu’on est tous sans papiers. Et dès qu’il y a un problème ou un contrôle, ils rejettent ça sur les employés et ils nous jettent à la rue sans communication", ajoute Youssef. "On subit beaucoup de préjudices, c’était pareil pour mes précédents emplois. Nous sommes invisibles dans la société", déplore ce travailleur qui vit à Paris depuis 14 ans.
"Ils ont été hyper exploités", affirme Ali Chaligui, délégué CGT. Dans un tract, le syndicat pointe du doigt "pressions, harcèlements, cadences infernales (et) menaces de licenciement", mais aussi des "contrats imposés sans explication ni discussion". La CGT évoque enfin des "risques graves" pour la santé, citant "stress", "douleurs" et "intoxications".
"La CGT est fondamentalement antiraciste. Avec ou sans papiers, les travailleurs doivent avoir les mêmes droits", réagit Ali Chaligui. Le syndicat demande huit promesses d’embauches directement auprès des hôtels donneurs d’ordre, mais également la "remise des documents nécessaires" à la régularisation des travailleurs, et "la reconnaissance et réparation des préjudices subis".
Sans réponse à la demande de rendez-vous auprès de Maison Bauchart, la CGT annonce qu’un nouveau rassemblement est prévu ce jeudi 25 septembre 2025 devant l’hôtel. Contacté, l’établissement n’a pas répondu à nos sollicitations à ce stade.
*Les prénoms des travailleurs, qui s’expriment de manière anonyme, ont été modifiés.

