Elles sautillent pour se réchauffer au son des casseroles frappées en rythme et du micro dans lequel cri Toufik Ghodbane, employé de l’hôtel fraîchement licencié : « De l’argent il y en a ! Dans les poches d’Alboran ! »

« On n’est pas des chiffres, mais des êtres humains. »

Comme cinq de ses collègues, il a appris le 26 décembre dernier son licenciement pour motif économique. La bûche de Noël même pas digérée. L’hôtel, dont le groupe Alboran est propriétaire, affiche pourtant de bons chiffres, selon Karima Malagouen, responsable des petits déjeuners depuis de longues années et également licenciée : « Le 17 décembre on a même eu droit à une fête du personnel, où la direction nous a remis des diplômes. J’en ai eu un pour mes quinze ans d’ancienneté, où il était écrit : “Félicitations pour votre engagement et votre implication”. Et même pas dix jours plus tard, ils me dégagent ! » Masterclass d’hypocrisie.

Le sens du timing

La décision est d’autant plus incompréhensible qu’en mars dernier, le groupe Alboran avait acté l’internalisation de cette équipe de douze femmes de chambre et équipier·es jusqu’alors prestataires, dont les six licencié·es faisaient partie. Furieuse de se sentir déconsidérée, l’équipe au complet part en grève le 29 décembre. Le 2 janvier, la DRH daigne enfin rendre visite, pour leur rappeler que « le personnel a les plus hauts salaires de femmes de chambre de la ville de Marseille selon leur étude de marché », raconte Gaëlle Barbero, juriste du syndicat Confédération nationale du travail-Solidarité ouvrière (CNT-SO). Sous-entendu : de quoi vous plaignez-vous ?

La direction n’a pour l’instant rien proposé d’autre qu’une compensation dérisoire et « l’absence de représailles »

« Depuis le début de la grève, on demande à ce qu’ils nous fournissent des preuves de leurs réelles difficultés économiques, mais ils ne nous en donnent pas », continue Gaëlle Barbero. Les grévistes, affilié·es à la CNT-SO, soupçonnent plutôt une basique discrimination syndicale : « Le timing est parfait, ils licencient la moitié de l’équipe du nettoyage sur motif économique, et comme par hasard ils doivent organiser des élections [du personnel] en 2026. » Mais aussi : « Les licenciements interviennent juste avant la fermeture de l’hôtel pour travaux où ils vont être obligés de payer des salariés au chômage partiel. »

Si l’hôtel a fermé ses portes le 12 janvier pour le chantier, la délégation de grévistes compte reprendre la lutte dès sa réouverture, devant les prud’hommes s’il le faut. D’autant plus que la direction n’a pour l’instant rien proposé d’autre qu’une compensation dérisoire et « l’absence de représailles ». Une position que la CNT-SO rejette, appelant à obtenir un « protocole de fin de conflit écrit, conforme aux attentes légitimes des grévistes ». Avec un seul mot d’ordre, celui des banderoles du piquet de grève : « On n’est pas des chiffres, mais des êtres humains. »

Laëtitia Giraud