Petite ville de 12.500 habitants, située aux confins du nord de Londres, Epping ne faisait quasiment jamais parler d'elle jusqu'à ces derniers mois. La présence de la plus grande forêt du Greater London, s'étendant sur près de 19 kilomètres, en faisait plutôt un petit paradis pour les Londoniens désireux d'y passer quelques heures, le week-end, après quelques minutes de voiture ou de métro. L'utilisation de l'un de ses hôtels pour l'accueil de demandeurs d'asile n'avait pas ajouté de troubles, avec des statistiques officielles de délinquance stables depuis 2015, et même en légère baisse depuis 2021. Elles restent inférieures de 12% à la moyenne nationale en 2025.
Cette quiétude a disparu après l'inculpation d'un migrant éthiopien, soupçonné d'agression sexuelle sur une fille de 14 ans, à peine huit jours après son arrivée en bateau sur le territoire. De façon similaire à l'été 2024, après la tuerie de Southport par un jeune Gallois né de parents rwandais établis de longue date, une série de manifestations ont eu lieu autour d'hôtels accueillant des migrants, dont le Bell Hotel d'Epping, doté de 80 chambres et accueillant 140 hommes en attente du traitement de leur dossier.
Cet hôtel restera dans l'histoire comme le premier à être l'objet d'un ordre d'évacuation par une haute cour de justice, ce qui constitue un tournant majeur pour l'accueil de demandeurs d'asile. Cette décision pourrait faire jurisprudence dans un grand nombre de cas similaires à travers le pays, les collectivités locales étant sous forte pression pour déposer des recours de ce type.
Le transfert plus rapide vers des logements plus classiques permettrait de réduire les coûts. Mais les exemples de familles ou d'hommes seuls logés de façon individualisée dans des appartements ou de petites maisons déclenchent déjà régulièrement des protestations. La municipalité de Waterlooville, dans le Hampshire, a ainsi dû renoncer à accueillir 35 familles dans des appartements après la manifestation d'un millier d'habitants.
Coût annuel de 2 milliards de livres
La droite et l'extrême droite ont salué cette décision. Nigel Farage dont le parti Reform caracole en tête des intentions de vote, a qualifié cette décision de "grande victoire" et a dit espérer que ce mouvement d'Epping "inspire d'autres manifestations similaires dans le pays".
Cette décision a également été perçue positivement par le Refugee Council, association caritative qui œuvre en faveur d'une meilleure gestion des flux de migrants: "Les demandeurs d’asile ne devraient pas être logés dans des hôtels – il existe des moyens moins coûteux et plus adaptés de les soutenir, et nous estimons que le gouvernement devrait mettre fin à l’utilisation des hôtels aussi vite que possible", a déclaré son directeur général Imran Hussain.
Le gouvernement travailliste, qui lutte pour stopper les arrivées de migrants sur des bateaux de fortune, s'est engagé de longue date à fermer tous les hôtels d'ici à 2029.
PERSONNES
Environ 30.000 personnes sont logées dans près de 200 hôtels, pour un coût quotidien de 5 à 6 millions de livres, soit près de 2 milliards de livres par an, dans l'attente de l'examen souvent très longue de leur dossier. La décison de la haute cour, qui l'oblige à évacuer l'hôtel d'Epping avant le 12 septembre à 16h le met face au défi de remplacer au plus vite tout un système de logement d'urgence, qui concerne environ un migrant sur trois. Environ 30.000 personnes sont logées dans près de 200 hôtels, pour un coût quotidien de 5 à 6 millions de livres, soit près de 2 milliards de livres par an, dans l'attente de l'examen souvent très longue de leur dossier. Les deux tiers des demandeurs d'asile sont ensuite expédiés vers des logements plus classiques à travers le pays, une fois que la première partie de leur dossier est traitée.
Le parti conservateur, qui avait mis en place cette politique d'accueil extrêmement coûteuse, avait placé jusqu'à près de 60.000 personnes dans des hôtels en septembre 2023, alors que seulement 5% des migrants étaient logés dans des hôtels, il y a cinq ans.