On a longtemps parlé de Cafés Richard comme d’un champion du café. Et c’est vrai. Le logo sur la tasse, le petit noir posé sur le zinc, le fournisseur historique des bistrots parisiens. 40 000 clients professionnels, 180 millions d’euros de chiffre d’affaires, une machine parfaitement huilée. Mais cette image là, aussi rassurante soit-elle, ne raconte qu’une partie de l’histoire.
Une croissance expresso
L’histoire c’est celle d’une entreprise encore 100% familiale, née en 1892, lorsque Pierre Fayel, l’arrière cousin d’Henri Richard, rachète un premier entrepôt à Clichy, dans le négoce de vins et de spiritueux. Et qui se poursuit aujourd’hui, avec deux branches de la famille Richard (celles de Pierre et André) aux manettes. Une famille d’Aveyronnais durs à la tâche, qui ont transformé en trois décennies le modeste torréfacteur en N°1 français. Pierre, 85 ans, préside toujours le groupe et rachète tous les torréfacteurs locaux qu’il peut. Arnaud, 59 ans, s’occupe des relations avec les restaurateurs-cafétiers, tandis que Anne, 60 ans, fait tourner (et prospérer) la boutique...
Mais Cafés Richard, ce n’est pas seulement du café. C’est un empire discret, bâti à l’ancienne, sur plus d’un siècle, avec une logique simple et redoutablement efficace : maîtriser la chaîne de valeur, accumuler du foncier, rester propriétaire. Le groupe communique beaucoup sur la torréfaction, beaucoup moins sur le vin, et quasiment jamais sur un troisième pilier pourtant central : l’hôtellerie-restauration.
Le raisin a ses raisons
Prenons d’abord la vigne. Depuis des décennies, la famille Richard possède des domaines viticoles dans plusieurs grandes régions françaises, notamment dans le Bordelais, le Beaujolais et la vallée du Rhône. Ce n’est pas une diversification anecdotique, ni un hobby de famille aisée. C’est un outil de production structuré, qui fait partie intégrante du modèle économique Richard et pèse pour plusieurs dizaines de millions dans l’évaluation de leur fortune.
Patrimoine Robusto

Même chose pour le réseau de distribution directe, les Comptoirs Richard. Des boutiques bien placées, dans des quartiers premium, génératrices de chiffre d’affaires récurrent et de valeur patrimoniale. Voila pour la branche “Pierre” (du nom du patriarche), celle dont le patrimoine professionnel est estimé autour de 270 millions d’euros.
Pourquoi on vous en parle aujourd’hui? Parce que cette branche familiale, celle de Pierre et André, vient de vendre le seul hôtel qu’elle détenait (depuis 20 ans). Un hôtel 5 étoiles, le Marignan Champs-Élysées, qui a été vendu, en décembre, “off market” (c’est à dire sans que cela passe par les circuits publics) pour 70 à 75 millions d’euros, nous révèle le site CFNEWIMMO. L’hôtel compte 45 chambres et 5 suites. Calculette en main, on voit donc que le prix par chambre est très nettement dans le haut de la fourchette, et même proche des records : 1,4 Million d’euros la “clé”!

L’autre branche, version Resto
Mais la famille compte aussi un autre branche, celle de Jean Richard et de ses enfants, spécialisée, elle, dans… l’hôtellerie-restauration. Une branche discrète, longtemps restée sous les radars mais qui détient et gère -excusez du peu!- onze restaurants parisiens, souvent très bien situés et fréquentés par l’élite économique de la capitale, comme le Berkeley, “Marius & Janette”, “Chez Francis”, la Brasserie Victor Hugo, “Little Nonna” et le Saint-Augustin…

S’y ajoutent un hôtel dans le Triangle d’Or, l’hôtel Montaigne, un cinq étoiles aussi, installé au début de la célèbre avenue Montaigne, c’est à dire à quelques pas de cet hôtel Marignan Champs-Élysées que vient de vendre l’autre branche familiale! Les comptes de cet hôtel Montaigne (que nous avons consultés) sont certes tout juste à l’équilibre, avec un chiffre d’affaires d’environ 4 millions d’euros pour la partie hôtelière. Mais sa valeur sur le marché se compte en dizaine de millions. Et cela veut dire que même en évaluant de façon prudente l’établissement vendu, cette branche de cette grande famille affiche une fortune sans doute supérieure à 100 millions d’euros !
