On connaît l'action du conseil régional pour les lycées ou pour les transports en commun. Mais son action économique est peut-être moins connue du grand public. Pourtant, la Région Grand Est intervient dans de nombreux domaines. Première installation d'artisans en milieu rural, création de startup, investissements en lien avec l'agroalimentaire… le panel est large.
Le conseil régional du Grand Est subventionne aussi l'hôtellerie. Le dispositif concerne des établissements 3, 4 ou 5 étoiles (après travaux). L'aide peut représenter jusqu'à 20 % des sommes investies, plafonnée à 250 000 euros. C'est cette somme qu'a par exemple obtenu le Domaine des Crayères, à Reims (Marne), pour les travaux d'extension entrepris dans son 5 étoiles. 20 millions d'euros sont investis au sein de ce palace afin notamment de créer sept nouvelles suites et un spa de 700 mètres carrés. Votée par le conseil régional le 28 février 2025, la subvention de 250 000 euros représente 1,5 % des 16,8 millions d'euros de dépenses éligibles.
C'est le cas également du projet hôtelier porté par les Champagne Thiénot, avec la création d'un établissement 5 étoiles de 12 chambres à Reims, et plus de 19 millions d'euros investis, dont un accompagnement du conseil régional à hauteur de 250 000 euros (vote du 28 mars 2025).
On peut encore citer, toujours à Reims, la création d'un hôtel sous l'enseigne Holiday Inn dans le nouveau quartier Rives de Vesle, au bord de l'autoroute A344, dite Traversée urbaine de Reims ou Voie Jean-Taittinger. Le projet, chiffré à 14 millions d'euros, a obtenu une subvention de 150 000 euros, lors de la commission permanente du 28 mars 2025.
"Le but est réellement de pouvoir améliorer, de monter en gamme l'offre, mais aussi de pouvoir faciliter la transformation et la transition écologique. Ça a un coût. Participer à ce soutien-là permet de mettre en place un principe d'effet levier", nous explique Cédric Gouth, vice-président (sans étiquette) du conseil régional du Grand Est en charge du tourisme.
Il assure que le soutien du Grand Est à un projet peut permettre de débloquer d'autres financements. "C'est fréquemment un gage de sécurité d'avoir une subvention de la part de la Région, parce que nous mettons en place des contraintes. Ce n'est pas donné à qui veut l'obtenir."
On n'est pas là pour de la rénovation. On est là pour pouvoir prendre en charge une transformation de l'hôtel et pouvoir faire un effet levier
Cédric Gouth, vice-président en charge du tourisme
18 millions d'euros au total
Le dispositif "soutien à l'hôtellerie" a permis de soutenir "136 projets pour un peu plus de 18 millions d'euros" depuis la fusion des régions, précise l'élu mosellan. La Région dit pouvoir constater l'effet bénéfique de ce soutien sur les établissements accompagnés. "On voit que la moyenne des taux d'occupation augmente entre 15 et 30 % en fonction du secteur. C'est aussi un chiffre d'affaires supplémentaire, parce que fréquemment les chambres prennent 20 % de plus, lors de rénovations ou de montées en gamme", détaille Cédric Gouth.
L'accompagnement d'établissements 5 étoiles, dont les tarifs des chambres ne sont pas à la portée de tous, pourrait interroger. Mais l'élu met en avant d'autres éléments. "Des lieux comme Les Crayères ou l'Auberge de la Klauss font l'image du tourisme sur la région, pointe-t-il. Deuxième chose, c'est tout simplement l'emploi. On a pu identifier que l'aide régionale génère fréquemment de l'investissement indirect et on a un ratio qui peut aller d’un pour cinq à un pour dix". Un euro investi par la Région générerait donc de 5 à 10 euros de retombées sur le territoire, par exemple pour la réalisation des travaux, ou la formation des personnels amenés à y travailler.
Pour les projets les plus ambitieux, l'accompagnement maximal de 250 000 euros du conseil régional pourrait sembler accessoire face aux dizaines de millions d'euros investis. On pourrait se demander si le projet avait bien besoin du soutien de la collectivité pour être mené à bien. D’autant plus que le règlement qui encadre le dispositif précise que les aides "ne sauraient en aucun cas être utilisées pour asseoir des situations financières ou des patrimoines privés déjà largement constitués offrant les moyens d'investir". Pour Cédric Gouth, cette clause vise surtout de grands groupes hôteliers, et non pas des entrepreneurs indépendants même s'ils investissent des sommes importantes. "On fait la part des choses entre de gros groupes financiers et un porteur privé qui mouille sa chemise." L'aide ne concerne bien que les indépendants.
Une évolution du dispositif est toutefois envisagée, pour peut-être réorienter le soutien régional, maintenant que de nombreux projets d'ampleur ont été menés. "Est-ce qu'il va falloir donner un peu plus de soutien sur la ruralité ? On voit notamment des hôtels qui sont peut-être un peu plus en difficulté", pointe Cédric Gouth.
L'impact environnemental en question
Sur la question de l'environnement, on pourrait s'interroger sur la pertinence d'accompagner avec de l'argent public des projets qui incluent des piscines ou des spas, qui consomment beaucoup d'eau et d'énergie. L'aide régionale qui accompagne les hébergements insolites exclut par exemple les dépenses de création ou d’amélioration de piscine, spa ou autre hammam. Pour les hôtels, la règle est différente. La création ou l'amélioration de tels équipements est prise en compte, s'ils répondent "à des enjeux de développement durable en justifiant techniquement (procédés, matériaux, conditions d’exploitation…) les économies qui seront réalisées sur la ressource en eau et sur la ressource en énergie".
La création ex-nihilo d'un spa de 700 mètres carrés aux Crayères, par exemple, est donc bien éligible à l'accompagnement de la Région. L'équipement qui n'existait pas jusqu'ici aura pourtant, inévitablement, un impact supplémentaire sur la ressource en eau et en énergie.
L'attribution de subventions à certains projets a fait réagir l'opposition lors de la commission permanente du 28 février dernier. "Monsieur le président, vous ne soutenez pas les fleuristes dans la Région Grand Est. Pour autant, vous n'êtes pas contre les fleuristes, vous ne demandez pas leur fermeture. Donc vous faites bien une distinction entre soutenir une activité avec de l'argent public et d'être pour ou contre une activité", a pointé en préambule l'élue Géraldine Krin, membre du groupe Les Écologistes, s'adressant à Franck Leroy. "Vous avez pris des engagements dans vos politiques publiques, et notamment sur le tourisme, pour ne plus soutenir la création de nouveaux spas", a-t-elle ajouté en demandant des votes séparés pour les projets.
Nous soutenons tout ce qui est lié au spa et au bien-être pour les hôtels, parce que c'est une amélioration de la qualité et de l'image que peuvent avoir les hôtels.
Cédric Gouth, vice-président en charge du tourisme
Il lui a été répondu, en séance, que cette exclusion ne concernait pas les hôtels, mais uniquement les meublés de tourisme et les hébergements insolites. Pour les hôtels, "nous avons demandé à chaque fois aux porteurs de projet de prendre des engagements à travers des labellisations. Pour avoir les financements régionaux, ils doivent obtenir ces labels, avec tout un volet sur une meilleure gestion de l'eau", a souligné l'élue de la majorité Anne Sander, présidente de la commission tourisme.
Interrogé par nos soins ce 13 octobre, Cédric Gouth assume toujours ces financements. "Si on n'a pas la possibilité d'avoir un lieu de bien-être, qui peut être lié à un principe de spa, on ne sera plus concurrentiel par rapport aux autres", assure-t-il. "Il ne faut pas oublier que nous avons plus de 700 kilomètres de frontières qui nous séparent de la Belgique, de l'Allemagne, de la Suisse et du Luxembourg. Ils ont également un savoir-faire touristique important, il faut qu'on soit compétitif."
Le conseil régional n'a pas souhaité nous transmettre la liste complète des établissements ainsi subventionnés, mettant en avant le règlement général sur la protection des données (RGPD) qui encadre la communication d'informations personnelles. Mais les subventions sont votées lors des séances de la commission permanente du conseil régional, et le nom des bénéficiaires est bien une information publique. Nous avons rassemblé ci-dessous les tableaux récapitulatifs des subventions votées en février 2024, mars 2024, juin 2024, septembre 2024, février 2025, mars 2025 et juin 2025.
