Ils étaient venus passer une semaine au soleil. Ils se retrouvent confinés sous les alertes missiles. Depuis samedi, Bettina, 26 ans, originaire d’Octeville-sur-Mer, près du Havre, vit au rythme des explosions et des sirènes à Dubaï.

En contrat VIE (Volontariat international en entreprise) depuis septembre aux Émirats arabes unis, la jeune femme accueille chez elle son frère et deux amis, tous originaires du Havre, venus passer quelques jours de vacances. Ils devaient rentrer en France cette semaine. Leur vol a été annulé.

"On entend les murs vibrer"

"On n’est pas trop habitués à ce genre de choses chez nous", nous confie-t-elle. Samedi, le petit groupe se trouve à Abu Dhabi pour visiter le circuit de Formule 1, lorsqu’ils reçoivent une alerte sur leur téléphone. "On a vu le début du conflit samedi. On était en visite, on reçoit une alerte sur nos téléphones, et deux minutes après, on entend un boum, puis on voit de la fumée. La visite a été interrompue."

Ils rentrent précipitamment à Dubaï pour se mettre à l’abri. Mais la nuit suivante est agitée. "Vers minuit, une heure du matin, nouvelle alerte. On a vu dans le ciel du feu, ça venait d’exploser. On a entendu trois ou quatre explosions. Et dimanche, toute la journée, on en voyait encore depuis ma fenêtre."

Un message d'alerte reçu à l'approche des explisions à Dubaï. • © DR

Si les autorités locales assurent que les systèmes de défense antimissiles sont performants, l’angoisse reste bien réelle. "C’est assez stressant. Ce matin encore, au réveil, on entendait des avions de chasse. Parfois, les murs vibrent quand c’est dans le coin. Un matin à 8h30, je me suis réveillée en sursaut avec un gros boum. C’est impressionnant de vivre ça."

À Dubaï, Bettina se veut rassurante : "Ici, c’est safe. La défense antimissiles est excellente. On sait que c’est intercepté. Mais on n’est jamais à l’abri de débris qui retombent. Il y en a qui ont atterri sur des bâtiments."

Les consignes tombent par messages automatiques et via les réseaux sociaux du consulat et de l’ambassade : s’éloigner des fenêtres lors des alertes, éviter de sortir. Bettina travaille en télétravail, rideaux tirés. "On évite de sortir. On reste à l’intérieur."

Aéroport fermé et vols annulés

Pour son frère et ses amis, la situation est particulièrement floue. L’aéroport de Dubaï a été temporairement fermé après la chute de débris près du terminal 3. Leur vol Air France a été annulé. "Ils ont essayé de reprendre des billets pour vendredi, mais il est de nouveau annulé. C’est très flou. On n’a pas d’annonce claire."

Bettina s’étonne du peu d’informations officielles côté français : "On pensait qu’il y aurait des communications du gouvernement. À part nous dire de rester confinés, on n’a pas beaucoup d’infos."

Une autre inquiétude commence à émerger : les volontaires internationaux pourraient-ils être rapatriés si la situation s’aggrave ? "Pour l’instant, il n’y a pas de directive. On ne sait pas si on va être rapatriés. La guerre peut durer une semaine comme trois mois… "

Malgré tout, Bettina garde la tête froide. "Si la situation reste stable, ça ne me dérange pas de rester. Mais si le conflit s’envenime, je vais vouloir rentrer."

En attendant, elle relativise : la présence de son frère et de ses amis à ses côtés est aussi un soutien moral. "C’est plus rassurant d’avoir de la compagnie."

"Un débris est tombé à 200 mètres de nous"

Les vacances de février ont viré au cauchemar pour Christophe De Almeida, habitant de Caumont, près de Maison-Brûlée (Calvados). Parti à Dubaï du 18 au 28 février avec neuf membres de sa famille (parents, frère et enfants) il se retrouve aujourd’hui bloqué aux Émirats, dans l’attente d’un vol retour.

Jeudi dernier, la famille reçoit un message d’Air France proposant de décaler leur vol de retour au dimanche. Peu connectés à l’actualité en raison des enfants, ils acceptent de prolonger leur séjour sans imaginer la suite.

Samedi matin, alors que leur vol retour initial décolle, eux sont à la plage quand la situation bascule. "On a entendu les premiers missiles passer au-dessus de nos têtes. Un débris est tombé à 200 mètres de nous, dans l’eau. Un autre, provenant d’un drone, est tombé juste à côté. C’était impressionnant."

"On a dû dormir dans le parking souterrain de l’hôtel"

La nuit suivante est encore plus éprouvante. "À 0h30, alerte. On a dû dormir dans le parking souterrain de l’hôtel." Réveillés par les sirènes, ils descendent se mettre à l’abri avant de remonter au petit matin. Mais vers 10 heures, de nouveaux bombardements éclatent à proximité. "Ça fait un bruit très puissant quand les missiles sont interceptés."

Dans la nuit de samedi 28 février au dimanche 1er mars, des touristes Français coincés au Moyen-Orient ont dû dormir dans le parking de l'hôtel pour être à l'abri. • © Christophe De Almeida

Depuis, les vols sont annulés les uns après les autres. "C’est le troisième vol annulé. Air France ne communique pas. On est obligés d’appeler tous les jours." Une nouvelle proposition de trajet leur aurait été faite : un passage par l’Allemagne avant de rejoindre Paris. Sans garantie à ce stade.

"On se sent abandonnés"

Au-delà de l’angoisse, la situation devient aussi financièrement lourde. La famille séjournait au NH Collection The Palm. Face aux tarifs élevés (350 euros la chambre), ils ont dû changer pour un hôtel plus abordable, près de l’aéroport, à 110 euros la nuit. "On paie l’hôtel et les repas tous les jours."

La compagnie aurait évoqué un remboursement plafonné à 120 euros après réclamation. "L’assurance de la carte bancaire, la compagnie, l'ambassade… Personne ne répond." À cela s’ajoutent les frais de communication. "Je passe environ une heure par jour au téléphone. Je suis déjà à plus de 300 euros de hors forfait."

Christophe assure n’avoir été contacté ni par la compagnie, ni par les autorités françaises. "On entend que le gouvernement prend en charge, mais on n’a reçu aucun appel, aucun contact."

La famille s’est rapprochée de l’ambassade et du consulat, sans solution concrète pour l’instant. "On a surtout l’impression d’être abandonnés. C’est à nous d’appeler, à nous de chercher des solutions."

En Jordanie, Delphine bloquée avec ses trois enfants

Au téléphone, la voix est tendue, parfois tremblante. Delphine, qui vit à Vattetot-sur-Mer, près d’Étretat, se trouve actuellement en Jordanie avec son mari et leurs trois enfants de 17, 13 et huit ans. Leur vol retour vers la France était prévu ce mercredi, ils ne pourront finalement pas rentrer. "Tous les vols sont annulés au fur et à mesure. On attend. Ils annulent au compte-goutte", explique-t-elle.

La famille devait rentrer avec la compagnie Ryanair. Pour l’instant, aucune confirmation officielle concernant leur vol. Ce qui met Delphine en colère, au-delà de l’incertitude, c’est l’absence d’accompagnement. "Ryanair nous propose uniquement un crédit vol. Ils nous disent de prendre un autre billet. Il n’y a aucune assistance du début à la fin."

"L'ambassade nous dit que le pays est sécurisé et qu'il n'y aura aucun rapatriement des Français, il faut patienter et attendre tranquillement...", s'indigne la Normande.

Personne ne nous apporte de solution, que ce soit la compagnie ou l'amabassade, on doit se débrouiller et rester ici à nos frais.

Delphine, bloquée en Jordanie

La seule consigne transmise par l'ambassade : "Nous tenir le plus loin possible de l’ambassade américaine, qui pourrait être visée."

Sur place, de nombreux Français se retrouvent dans la même situation. Des groupes se sont créés sur les réseaux sociaux pour partager les informations et tenter de trouver des alternatives.

"Hier, on a vu un missile exploser en plein vol"

La famille avait entamé un road trip en Jordanie, du nord vers le sud du pays. Si la Jordanie n’est pas directement visée, elle se situe sur le couloir aérien de plusieurs trajectoires de missiles. "C’est la Jordanie qui intercepte des missiles en plein vol. Il y a des débris qui retombent, surtout dans le nord."

Dans le sud du pays, Delphine dit s’être sentie en sécurité… jusqu’à récemment . "Au début, on était sereins. Mais hier midi, on a vu un missile exploser en plein vol. On n’avait jamais vu ça."

Des sirènes ont également retenti à plusieurs reprises. "On explique à notre fils de huit ans que c'est la police, mais il commence à se poser des questions."

La famille étudie désormais une option plus complexe : rejoindre l’Égypte par bateau, puis prendre un bus jusqu’à un aéroport égyptien. Mais là aussi, les billets d’avion sont pris d’assaut et les prix s'envolent.

"La prise en charge est extraordinaire" : une famille de Duclair bloquée à Oman après le déroutement de son vol
À l’inverse, la famille Duclair vit la situation différemment, même si leur retour vers la Normandie ne s’est pas passé comme prévu. Pascal Lainé, 49 ans, son épouse Stéphanie et leur fils Clément, 18 ans, tous trois domiciliés à Duclair, sont actuellement bloqués à Oman après le déroutement de leur vol retour.

La famille rentrait de 15 jours de vacances au Sri Lanka, à Negombo, via un séjour organisé. Le trajet aller-retour était assuré par Qatar Airways, avec une escale à Doha.

Samedi 28 février, le vol décolle de Colombo à 10h15 (heure locale), avec une arrivée prévue à Doha à 12h40. Mais à environ une heure de l’atterrissage, l’avion est dérouté vers Muscat, capitale d’Oman, sans explication immédiate. "Nous avons fini par atterrir à Muscat vers 15h. Ensuite, nous sommes restés environ six heures dans l’avion avant de pouvoir débarquer", raconte Pascal Lainé.

C’est durant cette longue attente que les passagers apprennent les raisons du déroutement, liées à la situation géopolitique dans la région. Malgré l’incertitude, la famille tient à saluer l’attitude de l’équipage : "Le personnel navigant a été d’une très grande disponibilité et d’une extrême proximité avec les voyageurs.."

De l’eau et des sodas étaient mis à disposition. Le chef de cabine proposait même, avec son téléphone personnel, de permettre aux passagers de contacter leurs proches.

Pascal Lainé, bloqué à Oman

Des e-SIM ont également été proposées à bord pour permettre aux voyageurs de rester connectés.

Une longue attente avant l’hôtel

Après avoir enfin quitté l’appareil, les passagers doivent encore patienter environ quatre heures pour passer le contrôle de l’immigration. "Là aussi, l’attente a été longue, mais le personnel de l’aéroport nous apportait régulièrement des petites bouteilles d’eau."

Une fois les formalités accomplies, tout s’accélère. Des bus attendent les voyageurs à l’extérieur pour les conduire vers des hôtels de la ville. La famille de Duclair est dirigée, avec d’autres passagers français, belges, italiens et espagnols, vers le prestigieux hôtel The Ritz-Carlton, à Muscat.

"Une chambre triple nous a rapidement été mise à disposition, avec une prise en charge intégrale par la compagnie aérienne." Depuis leur arrivée, l’hébergement et les repas sont entièrement couverts par la compagnie aérienne.

La famille Lainé est totalement prise en charge par la compagnie et loge dans un hôtel 3 étoiles. • © Pacal Lainé

"D’un point de vue global, même si la situation n’est pas idéale, la prise en charge est juste extraordinaire. Nous n’avons, pour l’instant, engagé aucune dépense."

Pour garder le contact et partager les informations, les passagers francophones ont créé un groupe WhatsApp. "Il y a un très bel élan de solidarité entre compatriotes." Ils sont désormais dans l'attente d'un vol pour rentrer en France.