Ce plan de 38 pages, consulté par le Washington Post et révélé dimanche 31 août, détaille la vision de Donald Trump, qui propose depuis février 2025 de transformer la bande de Gaza en une "Riviera du Moyen-Orient". Les 2,3 millions de Palestiniens se verraient proposer de quitter l’enclave pour rejoindre l’Égypte ou d’autres pays, ou encore d’être réinstallés dans certaines zones à l’intérieur du territoire pendant la période de reconstruction. Ceux qui accepteraient de partir volontairement recevraient 5 000 dollars en liquide, ainsi qu’une aide couvrant quatre ans de loyer et une année de nourriture.
Les propriétaires terriens, quant à eux, se verraient offrir des "jetons numériques" qu’ils pourraient utiliser pour reconstruire leur vie ailleurs ou échanger contre un logement dans l’une des six à huit "villes intelligentes" qui seraient construites dans la bande de Gaza. Des usines de voitures électriques, des centres de données numériques et des hôtels y seraient financés par des investissements à la fois publics et privés. Durant la période de reconstruction, le territoire palestinien serait placé sous autorité américaine, plus précisément sous la tutelle d’une entité baptisée "Great Reconstitution Economic Acceleration and Transformation Trust" (GREAT). À terme, le pouvoir serait transféré à une entité palestinienne "réformée" et "déradicalisée", selon les termes utilisés dans le rapport consulté par le Washington Post.
Le plan a été élaboré par certains des Israéliens à l'origine de la création de la Fondation humanitaire de Gaza. Cette organisation au financement opaque, soutenue par Washington et Israël, organise depuis fin mai des distributions d'aide humanitaire dans la bande de Gaza, qui donnent lieu à des scènes chaotiques et meurtrières.
Un plan controversé... mais réalisable ?
Ce plan, tel qu’il est élaboré, relève essentiellement de la science-fiction. Il en dit cependant long sur la vision de l’après-Hamas selon le gouvernement israélien, qui rêve d’une bande de Gaza sans Palestiniens. Mais aussi sur celle du président américain, déterminé à faire du business partout où cela lui est possible, y compris dans les zones de guerre, en Ukraine comme dans l’enclave palestinienne.
Les oppositions à un tel plan sont nombreuses, d’abord parmi les principaux concernés, les habitants de Gaza, qui n’ont pas l’intention de quitter leur terre. Sur place, le Hamas, malgré une direction décapitée, conserve la capacité de se mobiliser pour s’y opposer. Les pays voisins, à savoir l’Égypte et la Jordanie, sont catégoriquement opposés à tout transfert de population sur leur sol.
À défaut de pouvoir appliquer ce plan dans son intégralité, Israël cherche des failles pour expulser les Palestiniens hors de Gaza. Le 13 août 2025, la vice-ministre israélienne des Affaires étrangères Sharren Haskel s’est rendue au Soudan du Sud pour évoquer la possibilité d’un transfert des Gazaouis vers ce pays. Dans tous les cas, la politique de terre brûlée et de famine menée par l’État hébreu vise à rendre la vie impossible aux Palestiniens, afin de créer les conditions favorables à leur départ.
Edité par Aurian Lurquin
