Un dossier d’autant plus sensible que l’ordonnance validant l’une des offres fait l’objet d’un recours du Parquet de Pointe-à-Pitre. L’affaire est également devant la Cour d’Appel de Basse-Terre. 

avenir du Salako, du Clipper et du Prao est aujourd’hui entre les mains de la Justice. Situés sur la Pointe de la Verdure au Gosier, ces trois établissements hôteliers appartiennent à la Foncière des Caraïbes Guadeloupe. Placée en liquidation judiciaire le 11 octobre 2024, cette société est détenue, depuis 2015, par la SEM patrimoniale de la Région Guadeloupe, à hauteur de 48% et par la Caisse des Dépôts et Consignations, à hauteur de 45%.

L’ensemble hôtelier occupe une surface au sol de plus de 3 hectares. Il compte, au total, 274 chambres et juniors suite, dont un tiers n’est aujourd’hui plus exploité, en raison de problèmes récurrents d’étanchéité. "De nombreux travaux de modernisation sont également à prévoir" a conclu Karen Bisson Lutin, l’experte immobilière mandatée pour réaliser l’évaluation des actifs. Ces derniers ont été estimés à 8.840.000 euros.

Trois hôtels, quatre offres de reprise

À la date limite du 3 octobre dernier, à 14h00, quatre offres définitives ont été déposées auprès du liquidateur judiciaire, la SCP BR associés. Or trois jours plus tard, lors de l’audience du tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre, Jacky Noc, le juge-commissaire, a autorisé chaque candidat présent à améliorer son offre à la barre, mais séparément et par ordre alphabétique.

Entendu en premier, le Groupe Jacques Gaddarkhan Foncière (GJG) a réitéré sa proposition à 6,5 millions d’euros. Entendues à la suite, les sociétés Karukera et Toubana Hôtel et Spa, représentées par Patrick Vial Collet, ont présenté une offre conjointe à 6,6 millions d’euros. Entendue en dernier, la société Seek a vu son offre rejetée, au motif qu’elle n‘était accompagnée d’aucun élément financier étayant sa solvabilité.

"L’offre présentée par Patrick Vial Collet était la mieux-disante. De plus, ce dernier dispose d’une expertise en matière d’hôtellerie que nul en conteste" reconnaît Pascal Averne. Le dirigeant de la Foncière des Caraïbes Guadeloupe s’avoue soulagé de la conclusion de ce dossier. "C’était le plus mauvais investissement réalisé par la SEM Patrimoniale depuis sa création", complète-t-il.

Un soupçon d’entente et deux recours

L’ordonnance du tribunal mixte de commerce, en date du 24 novembre dernier, validant l’offre de Patrick Vial Collet, est pourtant loin de faire l’unanimité. GJG Foncière a décidé d’interjeter appel, au motif que l’égalité des chances entre les candidats n’aurait pas été respectée.

"Le choix opéré par le juge-commissaire de modifier unilatéralement les règles du cahier des charges pour permettre des surenchères à la barre, tout en organisant un passage séparé par ordre alphabétique pose question" indique un familier du dossier sous couvert d’anonymat.

Une interrogation partagée par le Parquet de Pointe-à-Pitre. Le 5 décembre, le ministère public a formé tierce opposition, à l’encontre de l’ordonnance du 24 novembre. Pour rappel, Patrick Vial Collet et Jacky Noc ont été élus sur la même liste "La CCI pour tous" aux dernières élections consulaires de 2021.

L’affaire a été débattue lundi (12 janvier 2026), devant le tribunal mixte de commerce de Pointe-à-Pitre. Les sociétés Karukera et Toubana ont soulevé l’irrecevabilité du recours du Parquet. "On imagine assez mal le juge-commissaire se rétracter par rapport à sa propre décision. Ce recours ne peut prospérer" analyse une source judiciaire. La décision a été mise en délibéré au 16 février prochain.

Contacté, Jacky Noc n’a pas souhaité faire de commentaire. De son côté, Patrick Vial Collet se dit serein : "Nous avons appris à être patients et à laisser le temps judiciaire faire son œuvre", a-t-il déclaré.

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