Des milliers d'Albanais ont manifesté mardi 2 juin dans les rues de Tirana, capitale de l'Albanie. Depuis quatre jours, ils se mobilisent contre le projet de Jared Kushner, le gendre du président américain Donald Trump. Le projet vise à construire un complexe touristique de luxe sur l'île inhabitée de Sazan et le long d'une partie du littoral de la zone paysagère protégée autour de la lagune de Narta. La zone abrite des flamants roses, des phoques et des tortues.

Un tollé supplémentaire a été déclenché ces derniers jours par les déclarations d'Ivanka Trump, la fille du président américain, qui affirme avoir "découvert" l'île de Sazan lors d'une baignade.

"Nous étions sur le bateau d'un ami et nous nous sommes arrêtés pour aller nager. C'est d'ailleurs comme ça que nous avons découvert cet endroit", a-t-elle déclaré dans le podcast de David Senra, diffusé le dimanche 1er juin. "Nous avons nagé jusqu'à l'île. Nous avons fait une randonnée, nous avons marché pieds nus jusqu'au sommet, et nous avons été complètement séduits par cet endroit."

Début 2025, le gouvernement albanais a approuvé le projet d'1,4 milliard d'euros présenté par Affinity Partners, la société de Jared Kushner, en lui accordant le statut d'"investissement stratégique". Les défenseurs de l'environnement s'y opposent, affirmant qu'il menacerait de nombreuses plages vierges.

"Tant que je serai là, cet investissement continuera"

Mardi, une manifestation s'est tenue devant le bureau du Premier ministre albanais Edi Rama à Tirana, sous le slogan "L'Albanie n'est pas à vendre". Les manifestants brandissaient des flamants roses gonflables et des pancartes portant des messages comme "Je ne veux pas que l'Albanie devienne Dubaï". Ils ont exigé l'annulation du projet, la démission d'Edi Rama et la fin des transferts de propriété vers des oligarques liés au gouvernement, rapporte le média Balkan Insight.

Edi Rama a pourtant fortement défendu le projet. "Tant que je serai là, il n'y a pas la moindre chance que cet investissement soit suspendu", a-t-il déclaré à Reuters. Il a affirmé que le projet s'inscrivait dans l'ambition de l'Albanie "de devenir une destination touristique mondiale de premier plan".

Dans une interview accordée à CNN International, le Premier ministre a rejeté les accusations liant ce projet à la famille Trump, pointé du doigt des concurrents étrangers et évoqué des "campagnes de désinformation alimentant l'opposition de l'opinion publique".

"Il n'existe pas d'île appartenant à la famille Trump. Il est inconcevable que la famille du président des États-Unis s'empare de zones protégées abritant des flamants roses", a-t-il ajouté.

Des barbelés et l'interdiction d'accéder aux plages

Des manifestations ont été organisées après que les promoteurs ont érigé des clôtures barbelées sur le site prévu à Zvërnec, près de la lagune de Narta, bloquant l'accès aux plages. Samedi, des centaines de personnes se sont affrontées avec des agents de sécurité privés, faisant plusieurs blessés.

Sazan, située à environ quinze kilomètres de la ville de Vlorë, est la plus grande île d'Albanie, avec une superficie d'environ cinq kilomètres carrés. Elle est inhabitée et ne dispose pratiquement pas d'eau douce.

Après la Première Guerre mondiale, l'Italie y a construit une base militaire en raison de sa position stratégique dans le détroit d'Otrante. Après la défaite de Rome lors de la Seconde Guerre mondiale, l'île a été cédée à l'Albanie, qui l'a également utilisée à des fins militaires. À la fin des années 1990, une base de la police financière italienne y a été établie pour endiguer le trafic de migrants entre l'Albanie et l'Italie.

Depuis 2017, au sein du parc national marin de Karaburun-Sazan, l'île est ouverte au public et est devenue une destination prisée pour les excursions d'une journée au départ de Vlorë. Elle est toutefois restée, techniquement, une base militaire jusqu'en décembre 2024.

L'Albanie, qui connaît une croissance rapide du tourisme depuis plusieurs années, a adopté il y a deux ans des modifications à sa loi sur les zones protégées, autorisant la construction d'hôtels ou d'autres projets d'importance stratégique dans ces zones. Les écologistes ont mis en garde contre d'éventuels impacts négatifs sur l'environnement.

Un article publié à l'origine par České televize le 5 juin 2026 à 11h10. Traduit et édité pour franceinfo par Alice Kouri.