Dans les rues qui montent vers le sanctuaire de Notre-Dame de Lourdes, les néons clignotent au-dessus des Vierges Marie en plastique, des chapelets sous blister et, désormais, des magnets à l'effigie de Léon XIV. Dans cette commune des Hautes-Pyrénées et lieu de pèlerinage, foi et commerce cohabitent depuis longtemps. La boutique de souvenirs y est une institution presque aussi ancienne que le pèlerinage, et les enseignes d'hôtels s'alignent à perte de vue.
Le pape sera à Lourdes les samedi 26 et dimanche 27 septembre, pour une prière à la grotte, une messe sur la prairie et une procession aux flambeaux. Le sanctuaire attend 150 000 personnes et les inscriptions sont closes depuis le 27 août, la jauge étant atteinte. Reste à trouver où dormir. Et pour ça, un miracle ne serait pas de trop
Plus de 2.000 euros la nuit
Un coup d'œil sur les plateformes de réservation suffit à avoir le vertige. Pour la nuit du 26 septembre, au moment où nous écrivons ces lignes ; un établissement d'entrée de gamme affiche 728 euros, contre une quarantaine d'euros en temps normal. Juste à côté, un modeste hôtel sans étoile propose la même nuit une chambre à 2.313 euros, soit 46 fois son tarif habituel.
"C'est du n'importe quoi", lâche un visiteur. Une femme tonne de son côté : "C'est honteux, on exploite les gens qui croient en Dieu. Et les gens ils vont mettre le prix, ceux qui veulent voir le pape !". "Moi j'irai plutôt à Rome, à ce prix-là je me paie le voyage", ironise-t-elle.
Un troisième touriste s'offusque : "C'est beaucoup trop cher. Qui peut se payer ça ? Personne." Lourdes est après tout le sanctuaire des malades, des hospitaliers et des pèlerinages diocésains, un lieu qui se revendique accessible. La messe du 27 septembre sera d'ailleurs gratuite.
Des hôteliers qui bloquent leurs réservations
Les chambres encore disponibles se comptent sur les doigts d'une main, ce qui alimente la flambée. Et certains professionnels ont décidé d'aller plus loin.
Vincent Luxman, gérant de l'hôtel deux étoiles Le Milan, ne s'en cache pas : il a tout simplement retiré ses chambres de la vente pour le week-end de la visite papale. "J'ai une forte chance de vendre ces chambres à un prix élevé en dernière minute", explique-t-il. "C'est une étude, en fait c'est un choix que j'ai fait. Donc pour l'instant, j'ai bloqué l'intégralité de mon hôtel."
En effet, à mesure que l'échéance approche, les retardataires sont prêts à payer le prix fort. En tirer parti, c'est s'essayer au yield management, la technique de tarification dynamique qu'utilisent les compagnies aériennes pour optimiser le remplissage et le chiffre d'affaires.
Tous les hôteliers ne l'entendent pas ainsi. David Igual dirige l'hôtel Astrid, un quatre-étoiles. Il admet volontiers une hausse, mais pas n'importe laquelle. "Que les tarifs augmentent, doublent ou triplent, ça me paraît normal sur un tel événement, estime-t-il. Après, quand on est sur un petit hôtel deux étoiles ou trois étoiles et qu'on part déjà sur 1.000 euros la nuit, pour moi c'est vraiment excessif."
Un parc hôtelier considérable mais fragile
Avec environ 10.000 chambres, Lourdes possède le deuxième parc hôtelier de France derrière Paris, pour une ville de moins de 14.000 habitants. Chaque année, ce sont plusieurs millions de pèlerins ou de visiteurs qui viennent du monde entier pour voir sa grotte et repartir avec son eau que l'on dit miraculeuse.
Mais cette abondance masque une réalité économique difficile. Le nombre d'hôtels s'est effondré depuis les années 1990, les établissements les plus vétustes ont fermé et le taux d'occupation figure parmi les plus bas de France. L'Insee Occitanie a publié en mars les chiffres de fréquentation touristique en France, établissant un bilan de 2012 à 2024. La fréquentation dans les hôtels, les campings, et autres hébergements collectifs de tourisme a ainsi reculé de 17,7% dans la cité mariale, alors qu’elle a progressé de 4,5% en moyenne sur la même période dans la région. La ville de Lourdes est l’espace touristique d’Occitanie contribuant le plus au recul des nuitées hôtelières.
La fréquentation dépend massivement des pèlerinages organisés et d'une clientèle étrangère, italienne, espagnole, britannique et irlandaise en tête. Autrement dit, une saison entière peut se jouer sur quelques week-ends. La venue d'un pape, que la ville n'avait plus connue depuis 2008, en fait partie.