Ils traversent, sous le regard presque amusé des propriétaires, le vaste domaine de la Pointe. Une trentaine de militants de Femu a Corsica veut dénoncer "un scandale d'État", caché depuis les années 50.
En 1957, l'État à travers la SETCO, société pour l'équipement touristique de la Corse, achète cette presqu'île, y implante un hôtel et des résidences haut de gamme.
Le directeur de la SETCO et d'autres hauts fonctionnaires se retrouvent propriétaires pour quelques milliers d'anciens francs. De la spéculation et des prises illégales d'intérêts, selon le parti autonomiste.
"On est dans l'entre-soi colonial, dans l'arrangement entre grands administrateurs d'État", estime François Martinetti, secrétaire général de Femu a Corsica.
La parcelle de l'ancien directeur, aujourd'hui décédé, a été revendue 3 millions d'euros.
"Le marché libre, en tout cas pour la Corse, nous sommes convaincus que cela ne marche pas. Il faut des règles précises pour pouvoir urbaniser, avec la possibilité pour les jeunes Corses de pouvoir acheter à des prix décents, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui", reprend François Martinetti.
Autonomie
"L'autonomie est indispensable pour permettre à nos institutions de disposer enfin des outils législatifs, fiscaux et réglementaires nécessaires pour préserver notre terre et notre peuple", déclare de son côté Romain Colonna, président du groupe Fa Populu Inseme à l'Assemblée de Corse.
Statut de résident, droit de préemption, fiscalité anti-spéculative... Remettre ces revendications dans le débat peu avant l'examen du statut par le Congrès, tout en rappelant un épisode peu glorieux de l'État, c'est le double objectif.
"Cabale injustifiée" pour les propriétaires
Une action inappropriée selon le syndic des propriétaires.
"Cette cabale me paraît vraiment injustifiée, car nous sommes quand même dans un cadre effectivement idyllique, mais avec des gens simples qui sont là depuis 40, 50 ans, indique Gabrielle Martini, présidente du Conseil Syndical des propriétaires du domaine de la Pointe. On se connaît d'ailleurs depuis toujours, on a nos enfants qui jouent ensemble. Beaucoup de familles corses sont aujourd'hui à l'année et en vacances aussi. Il n'y a pas plus de ventes que cela. Malheureusement, quand il y a une vente, c'est que les familles ne peuvent plus assumer ou à cause de l'indivision."
Sur les 52 villas, certaines sont en cours de rénovation, mais une bonne trentaine n'a pas changé demain depuis au moins 50 ans.
Plus personne ici ne semble se souvenir des conditions initiales de construction, de transformation des écuries et vignes en villas de bord de mer, au cœur de Porticcio.