Il porte sur la création de Dusit France, une joint-venture qui va lancer la marque Dusit en France. Elle se concentrera sur l’identification d’opportunités pour Dusit Hotels and Resorts, dont le portefeuille de neuf marques couvre toute la gamme de l’hébergement, d’hôtels « lifestyle » aux établissements de luxe. Gilles Cretallaz, COO de Dusit International explique cette nouvelle orientation stratégique. Et parle des perspectives d’expansion de la chaîne.
Quelle a été l’opportunité pour Dusit International dans ce partenariat avec SYDEL ?
Gilles Cretallaz – Je voyage beaucoup en Europe et notamment à Paris. J’y rencontre pas mal de gens et chaque fois que je leur parle de mon expérience thaïlandaise, ils me disent que ce serait bien d’avoir une chaîne asiatique en France. J’ai un ami designer et homme d’affaires français qui vit depuis longtemps en Thaïlande. C’est lui qui, en discutant, m’a présenté au groupe français SYDEL. Ses dirigeants sont plutôt spécialisés dans le domaine médical mais ont également investi dans des hôtels à Paris. Ils ont donc une expérience dans l’hôtellerie mais sans être véritablement opérateur. Ils investissent simplement. Ils se sont montrés très intéressés pour s’associer avec nous. On s’est mis d’accord sur un périmètre : la France.
Dusit International n’aurait pas pu de lui-même se développer en France ?
Gilles Cretallaz – En fait, on s’est rendu compte que le marché français est très particulier. C’est un petit monde, où tout le monde se connaît. Et il faut naturellement avoir une porte d’entrée, sinon c’est difficile de créer des liens. SYDEL nous apporte son réseau et un bureau logistique dans un lieu de prestige à proximité des Champs-Elysées. Lors de la signature du joint-venture en juillet, on a invité des partenaires potentiels importants et vu lesquels seraient intéressés de travailler avec nous.
Qu’est ce qui, à votre avis, va séduire les investisseurs français avec Dusit International ?
Gilles Cretallaz – Tout le monde reconnaît la force de frappe des grands noms de l’hôtellerie. Néanmoins, tous nos contacts nous expliquent que la clientèle d’aujourd’hui recherche des produits différents. La tendance « lifestyle » est là depuis 15 ans mais les gens veulent plus que cela. Ils veulent un côté « exotique » ou bien encore une expérience culturelle. Or les établissements lifestyle, c’est plus de l’expérience que du culturel. Dusit a une connotation culturelle très forte. C’est ce qui façonne notre différentiation très puissante avec d’autres.
l’objectif n’est pas d’avoir un hôtel thaï à Paris. On ne va pas faire un palais thaïlandais à Paris. L’objectif est de créer un lien culturel par un hôtel entre le monde parisien et la Thaïlande. (…) Ce sera donc un hôtel parisien avec un environnement raffiné et des points de repère pour les clients rappelant que l’ADN de Dusit, c’est la Thaïlande
Comment voyez-vous votre présence en France ?
Gilles Cretallaz – Avant tout, l’objectif n’est pas d’avoir un hôtel thaï à Paris. On ne va pas faire un palais thaïlandais à Paris. L’objectif est de créer un lien culturel par un hôtel entre le monde parisien et la Thaïlande. Cela se traduira par le service, un espace bien-être et bien sûr, un volet culinaire. Ce sera donc un hôtel parisien avec un environnement raffiné et des points de repère pour les clients rappelant que l’ADN de Dusit, c’est la Thaïlande.
Des objectifs chiffrés pour la France ?
Gilles Cretallaz – On n’aime pas trop avancer des chiffres, car, au bout du compte, cela ne se passe jamais comme annoncé. On va favoriser d’abord un endroit intéressant avec un partenaire qui comprend bien notre positionnement. C’est essentiel pour un premier hôtel car l’image de marque se construit alors. D’ici 5 ans, on espère bien au moins avoir cinq à six hôtels en France.
Paris est incontournable pour nous. Ce qui nous intéresse c’est de prendre un hôtel existant car construire un nouvel hôtel est complexe et long. On voit pas mal d’opportunités sur la Côte d’Azur et le sud de la France en général. On envisage aussi des partenariats avec des conversions de châteaux à deux heures de Paris.
Sur quelles destinations envisageriez-vous votre présence française?
Gilles Cretallaz – Paris est incontournable pour nous. Ce qui nous intéresse c’est de prendre un hôtel existant car construire un nouvel hôtel est complexe et long. On voit pas mal d’opportunités sur la Côte d’Azur et le sud de la France en général. On envisage aussi des partenariats avec des conversions de châteaux à deux heures de Paris. Notre expérience wellness suscite de fait l’intérêt des propriétaires de châteaux qui y trouvent la possibilité d’y développer des activités en semaine. Le château devient alors à la fois une destination MICE, de style de vie et de bien-être.
Quelles seraient les marques les mieux adaptées ?
Gilles Cretallaz – Nous sommes ouverts car le marché français est très diversifié. Je pense que Dusit Collection serait une marque parfaite dans beaucoup de cas car elle offre plus de souplesse dans les critères de sélection. Tout en offrant un excellent niveau de services. Les châteaux par exemple seront vraisemblablement plutôt Dusit Collection en raison de la diversité des bâtiments. Il y a aussi notre marque de spa, Devarana. On travaille sur un concept de spa indépendant. On a un projet près de Lille par exemple ainsi qu’un projet à Paris de club de remise en forme et spa.
Nous avons une soixantaine d’hôtels et nous signons cette année vingt établissements supplémentaires. Mais en terme de fidélité, nous avons besoin de plus d’hôtels pour proposer plus de destinations à nos clients. La meilleure façon pour nous est donc de s’associer avec des chaînes comparables. Et qui manifesteraient un intérêt pour nos hôtels en Asie et au Moyen-Orient. C’est une première étape…
Existe-t-il d’autres possibles coopérations en Europe ?
Gilles Cretallaz – On discute avec un groupe espagnol et un groupe français mais plutôt sur une coopération des programmes de fidélisation. Nous avons une soixantaine d’hôtels et nous signons cette année vingt établissements supplémentaires. Mais en terme de fidélité, nous avons besoin de plus d’hôtels pour proposer plus de destinations à nos clients. La meilleure façon pour nous est donc de s’associer avec des chaînes comparables. Et qui manifesteraient un intérêt pour nos hôtels en Asie et au Moyen-Orient. C’est une première étape…
Comment se comporte le marché de Bangkok ?
Gilles Cretallaz – Le marché thaïlandais reste fascinant. Les investisseurs et gestionnaires hôteliers se plaignent toujours d’un trop-plein d’hôtels à Bangkok. Cela fait trente ans qu’ils le disent et chaque année, on constate l’ouverture de nouveaux hôtels. Et l’on voit que la destination a une capacité extraordinaire d’absorber le stock supplémentaire de chambres. Et, surprise, après le covid, la Thaïlande a eu cette capacité remarquable d’augmenter les prix. Ce qui a mis un point d’orgue à un problème très thaï : un excellent service, de très beaux hôtels , une occupation de 70 à 75% en moyenne. Mais un prix moyen inférieur de 40% à Singapour ou d’autres destinations régionales. Les prix ont augmenté de façon considérable autour de 25%. Malgré cela, la destination reste compétitive car l’augmentation permet de réinvestir dans les hôtels et offrir un meilleur service.
Etes-vous satisfait des performances du Dusit Thani depuis sa réouverture ?
Gilles Cretallaz – Nous sommes contents des résultats même si on peut toujours faire mieux. De fait, on est très heureux d’être face à Lumpini Park car il y a peu d’hôtels de luxe ouverts dans ce quartier. Le lieu a de fait un attrait particulier pour les touristes et les voyageurs d’affaires parce qu’il est extrêmement accessible et central. Les clients aiment notre établissement de luxe en raison de son authentique identité thaïe. Nous sommes de plus très performants sur l’évènementiel. Pour les mariages néanmoins ainsi que les conférences car nous avons 6 000 m² de salles de réunion et l’un des plus grands ballrooms de Bangkok. Quant à notre futur parc sur notre toit, il met en avant notre approche durable. Le concept du parc minimise les coûts énergétiques et réduit la pollution. Ailleurs en Thaïlande, on aimerait beaucoup s’implanter sur l’île de Samui. On va également gérer un « glamping » de 10 chambres, Visama Mae Chan. Il s’agit d’un camp de 10 tentes à Chiang Rai, dont les recettes subventionnent une école de jeunes filles défavorisées.
Et sur le reste du sud-est asiatique ?
Gilles Cretallaz – On a signé pour le Dusit Hotel Green Hills à Manille, outre notre hôtel Dusit Thani à Makati. En Indonésie, on va ouvrir à Labuan Bajo sur l’île de Florès l’an prochain et l’on travaille sur des projets à Bali et Jakarta. On cartonne également en Malaisie avec un Dusit Princess Malacca. On travaille sur Penang, Kuala Lumpur et on regarde le Sarawak. Nous sommes présents à Singapour avec le Dusit Thani Laguna. Mais la demande à Singapour s’étiole depuis 18 mois pour l’hôtellerie de luxe. Investir à Singapour demande beaucoup d’argent. Et comme l’on vient d’investir un milliard de dollars sur le complexe hôtel/résidences et bureaux de Dusit Central Park.

