En décembre dernier, l’hôtel Central tirait le rideau définitivement au centre-ville de Pau. Une fermeture qui s’ajoute à celle du Postillon ou encore à celle du Continental survenues en 2024. Sans oublier, en périphérie, celle de La Palmeraie, rasée en janvier 2021. Des fermetures symptomatiques de la santé fragile d’un secteur économique en pleine évolution.
En quelques années, la cité royale a ainsi perdu plusieurs établissements sans que d’autres ne les remplacent, affectant sa capacité d’accueil hôtelière. Ce qui n’est pas sans conséquences. « Faute d’offre suffisante, le palais des congrès a du mal à faire venir des congressistes », atteste Claude Romero, président de la branche hôtellerie de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) Béarn et Soule.
Changement de consommation
Les plateformes d’hébergements et des appart’hôtels profitent aussi de cette baisse de l’offre pour progresser sur le marché. Cette concurrence féroce bouscule les hôteliers déjà fragilisés par la crise du Covid. « La fermeture d’un hôtel supplémentaire nous attriste. Malgré sa résilience, la profession est en souffrance. Les changements de mode de consommation font que les hôtels classiques assistent à une fuite de la clientèle vers des hébergeurs numériques type Airbnb », constate le président de la branche hôtellerie de l’UMIH.
La catégorie des deux étoiles, à laquelle appartenait le Central, subit de plein fouet ce phénomène. « On l’observe sur les réservations effectuées auparavant par le secteur du BTP. Les employeurs resserrent les notes de frais des collaborateurs qui privilégient des solutions collectives plus économiques de type logements Airbnb », regrette Claude Romero qui gère six hôtels situés à Pau et à Lescar. « Il y a une baisse de l’activité industrielle sur laquelle repose notre activité », abonde Pascal Redon, patron de l’hôtel deux étoiles Le Bourbon du 12 place Clemenceau.
Perte de parts de marché
Aux commandes de l’établissement depuis 2003, ce gestionnaire va d’ailleurs prendre sa retraite en 2026. Il l’assure, il passera la main « sans nostalgie ». « Une page se tourne. Les murs restent alors que nous ne sommes que de passage », estime le dirigeant de 65 ans qui n’adhérait pas à l’UMIH. Ce patron a ainsi mis l’hôtel deux étoiles en vente et indique qu’il a des contacts avec des repreneurs.
Toujours est-il, que les hôtels palois de deux à cinq étoiles enregistrent un taux d’occupation moyen à l’année de 55 %. « En janvier, le remplissage des deux et trois étoiles est très faible. Nous perdons des parts de marché. Février et novembre sont aussi des mois compliqués », admet le responsable de l’UMIH. Le nombre de nuitées dans les deux étoiles de l’agglomération est ainsi passé de 86 673 en 2019 à 59 565 en 2024.
La filière vélo et l’Espagne
L’UMIH observe aussi que les mises aux normes et les modernisations sont souvent à l’origine des fermetures des hôtels indépendants vieillissants. Les travaux obligatoires de sécurité incendie, de climatisation, ou encore optionnels de gestion technique centralisée constituent des investissements onéreux parfois insurmontables pour les propriétaires qui ne disposent pas de la trésorerie nécessaire.
Dans ce contexte morose, les hôteliers peuvent néanmoins s’appuyer sur la filière vélo. « Elle est primordiale pour Pau », assure le président de la branche hôtellerie de l’UMIH qui ne fait pas seulement référence au Tour de France, mais aussi à la route des cols, au cyclotourisme, au vélo amateur… Ils misent aussi sur les ponts établis avec l’Espagne, grâce au jumelage avec Saragosse notamment et à la politique de l’office de tourisme, qui alimentent un filon de clientèle en augmentation.
Les candidats interpellés
L’amélioration de « l’attractivité » de la Ville et « son embellissement » constituent aussi des points positifs pour l’avenir. « L’entraide, mise en place dans le cadre du réseau dynamique de l’UMIH, est également un atout pour les professionnels », souligne Claude Roméro.
Alors que les élections municipales approchent, les hôteliers comptent interpeller les candidats sur les problématiques du secteur. Parmi les principaux thèmes abordés, la régulation des plateformes d’hébergements comme Airbnb. « Nous ne sommes pas contre, mais il faut que les règles soient les mêmes que les nôtres », martèle Claude Roméro qui dénonce depuis des années « une concurrence déloyale » et propose la mise en place de quota. À Pau, il y aurait actuellement plus de 1 000 appartements proposés en meublés de tourisme contre 200 en 2015.
Distorsions fiscales
Les professionnels déplorent ainsi des différences de normes d’aménagement à respecter et surtout une distorsion du régime fiscal. Si les hôtels collectent la TVA et la taxe de séjour au profit de l’État ou de l’office du tourisme, les hébergeurs numériques échappent, eux, à la TVA (10 %) et peuvent éviter de percevoir la taxe de séjour. « Après une première réservation, les clients qui veulent renouveler l’expérience dans un logement peuvent directement contacter le propriétaire sans passer par la plateforme », regrette le représentant de l’UMIH.
Les politiques seront aussi sollicités sur l’accompagnement à la décarbonation des établissements et sur la sécurité. Et Claude Romero de leur rappeler : « Nous hôteliers, on est là pour apporter un service, un conseil à la clientèle en lien avec l’office du tourisme afin que les gens aient envie de revenir. Nous sommes des acteurs de la vitalité économique ».

