Les rois de Saint-Henri
Le massacre de la Saint-Valentin a été le point culminant de ce qu’on a appelé à l’époque «la guerre de l’ouest». Ce conflit de territoire, qui a fait plus d’une douzaine de victimes, mettait aux prises deux gangs criminalisés: les McSween et le clan Dubois.
La Commission d’enquête sur le crime organisé (CECO) décrivait le gang Dubois, composé de neuf frères, comme «l’une des deux plus importantes organisations criminelles de l’île de Montréal». Impliqués dans plusieurs activités criminelles, dont le trafic de drogue et le racket de protection, on craint «leurs méthodes impitoyables» et la «cruauté de leurs hommes de main».
L’assassinat qui a lancé les hostilités
Le 3 août 1974, un shylock (un prêteur à taux usuraires) nommé Réal Lépine, dit le Bonhomme, est assassiné de huit balles dans la tête alors qu’il est attablé au club Caraquet sur la rue Notre-Dame. Les McSween comme les Dubois veulent s’approprier son commerce de prêts usuraires, son «livre» comme on dit dans le milieu. Dans les semaines qui suivent, plusieurs fusillades ont lieu dans le sud-ouest montréalais et on compte des morts de chaque côté.
Le 5 octobre, Jacques McSween, l’un des leaders, est abattu devant chez lui par des tueurs embusqués dans une camionnette. Quelques semaines plus tard, son frère Pierre est mitraillé depuis un véhicule en marche, mais il s’en tire avec une blessure à la cuisse.
«Bonne Saint-Valentin»
«Moineau» Létourneau assure ensuite le leadership du groupe McSween. Le 13 février 1975, alors qu’il est attablé à l’Hôtel Lapinière à Brossard, quatre hommes de main du clan Dubois, dont le célèbre tueur à gages Donald Lavoie, entrent dans l’établissement et ouvrent le feu. «Un horrible carnage. Des balles sifflent de toutes parts, les clients horrifiés, apeurés, se bousculent. Douze balles transpercent Moineau Létourneau.»
Pierre Provost, le gérant de l’établissement, Richard Bannon, un garçon de table, et André Lefebvre, un chauffeur de taxi, trouvent aussi la mort. Les deux lieutenants de Moineau sont blessés et transportés à l’hôpital. Leurs proches, de même que la veuve de Moineau, reçoivent un appel anonyme: «Bonne Saint-Valentin.»
La guerre se termine à l’avantage des frères Dubois, mais le dernier des McSween porte un coup inattendu. À la fin de l’année 1975, en échange d’une protection policière, Pierre McSween sera le témoin vedette des audiences de la CECO portant sur le clan Dubois.
De son côté, le tueur à gages Donald Lavoie, qui échappe lui-même à une tentative de meurtre commandé par son ancien gang, décide de se venger en devenant délateur en 1980. Il a avoué avoir participé à plus d’une vingtaine de meurtres: «Le crime qui m’a le plus marqué, c’est celui de l’Hôtel Lapinière à Brossard.»
Bibliographie
– DeVault, Carole et Richard Desmarais, Donald Lavoie tueur à gages, Québec Livres, 1984
– Commission de police du Québec, CECO la lutte au crime organisé au Québec, Rapport d’enquête sur le crime organisé et recommandations, 30 septembre 1976



