Au premier jour du Festival de Cannes, Pierre-Louis Renou le directeur général du Carlton attend dans le hall une délégation officielle venue de Thaïlande, dont la princesse Ubolratana. « C’est mon 13e Festival , chaque édition permet aux hôteliers d’offrir le meilleur de nos établissements, j’ai l’habitude de dire tout est ce qui bon pour le Festival est bon pour nos hôtels», explique-t-il. Pour les luxueux hôtels de la ville, le Festival est évidemment un puissant levier de communication et de promotion en mondovision.
Cette mise en avant accompagne la géopolitique nouvelle du Festival. Les studios américains sont moins présents cette année, mais l’Asie débarque en force, Thaïlande et Corée du Sud en tête. Une publicité naturelle pour la destination et les hôtels envers de futurs touristes venus de ces pays se joue en arrière-plan. «Il faut savoir qu’à l’époque, les établissements offraient toutes les chambres à l’organisation du Festival en échange d’une promotion internationale. Le quota est à présent de 8 à 10 % de chambres en gratuité, le reste est commercialisé par nos soins aux studios et aux professionnels», confie Jean-Philippe Vanthielt, le directeur du Mondrian.
Nouveau concept
Avec 4000 journalistes accrédités auxquels s’ajoutent les influenceurs, les enjeux de communication sont essentiels pour les hébergeurs de luxe. Le Carlton profite de l’événement pour lancer son nouveau spa La Prairie, que stars et festivaliers découvrent en avant-première, avant son ouverture officielle fin mai. Le groupe hôtelier Orient-Express a positionné son tout nouveau navire Le Corinthian face à la Croisette pendant tout le Festival.
Le Barrière Majestic en profite pour dévoiler son nouveau concept de restaurant. «Le Beefbar prend la place de l’ancien Fouquet’s, glisse Charles Richez, le directeur. Le Festival offre l’une des meilleures mises en scène de nos métiers, un événement à la fois exigeant et glamour, notre hôtel n’est jamais aussi bien mis en avant que pendant cet événement», se réjouit-il.
Le JW Marriott se prépare à dévoiler sa nouvelle offre gastronomique sur le rooftop de l’hôtel avec «la plus belle vue de Cannes. Nous sommes sur l’ancien site du Palais des Festivals. Aucun palmier ne bouche l’horizon car à l’époque il fallait faciliter le travail des photographes», commente William Lassara, le directeur général.
Carte cinéphile
Pour les chefs c’est également un moment privilégié de créativité. «J’ai élaboré un plat en hommage au cinéaste Park Chan-wook le président du Festival cette année», explique Axel Morand, le chef exécutif du Carlton. La carte du restaurant Mr Nakamoto au Mondrian est également cinéphile avec des plats inspirés de films comme Inception ou Lost in Translation. Chaque hôtelier interrogé parlait de «sérénité» la veille du Festival. Et pour cause : en matière de sécurité, l’un des enjeux de la quinzaine, le travail a démarré un an avant avec les services de l’état et la Préfecture.
Contrairement à une idée reçue, les hôtels demeurent d’ailleurs ouverts à la clientèle extérieure même si l’on croise plus de vigiles qu’à l’accoutumée. «Je tiens à ce que notre hôtel accueille le public en dehors des personnes accréditées, insiste Pierre-Louis Renou (Carlton). Des chambres sont ouvertes à une location ’normale’, notre plage n’est pas privatisée et nos restaurants et le bar fonctionnent normalement. Il est évidemment préférable de réserver. Chaque année, nous avons des clients qui souhaitent profiter de l’ambiance du Festival».
Le Martinez accueille en parallèle le tournage de White Lotus, la série événement qui se déroule chaque saison dans des hôtels. «Il y aura plusieurs phases de tournage et en effet notre hôtel demeure ouvert au public y compris pendant la présence de l’équipe de White Lotus», souffle Michel Cottray, le directeur du palace cannois.
Nœud papillon
La logistique est essentielle pendant ces dix jours. «Une brigade de vingt concierges s’occupe de recevoir les robes, les colis, les bouquets de fleurs. Être agile, ne pas se tromper tout en continuant de faire notre métier habituel comme réserver les meilleures tables, trouver un nœud papillon en dernière minute ou des roses bleues pour la promotion d’un film», nous explique Maxime Nerkowski le chef concierge du Carlton dont le téléphone mobile semble greffé à sa main pendant tout l’événement.
«Au Martinez, nous sommes aidés par une école hôtelière, une occasion unique pour les meilleurs élèves», appuie Michel Cottray. L’établissement du boulevard de la Croisette accueille d’ailleurs le bureau de mode Karla Otto dans une de ses suites, une ruche pour préparer les stars au tapis rouge.
Base arrière
«Nous réunissons depuis 20 ans une équipe internationale dédiée, d’une dizaine de collaborateurs venus de Paris, Milan, Londres ou New York, murmure Francesco Affaitato, chargé notamment des VIP pour Karla Otto. La mode, les accessoires, la joaillerie et la beauté occupent une place essentielle dans la construction de l’image sur le tapis rouge. Au-delà des grandes personnalités naturellement très sollicitées pendant le Festival, nous accordons une importance particulière à l’identification de nouveaux talents et de profils émergents. Ce qui nous intéresse, c’est aussi de repérer très tôt les futurs visages incontournables du cinéma, de la mode et de la culture.»
L’un des centres névralgiques du Festival cannois se trouve à quelques encablures de la Croisette : il s’agit de l’hôtel du Cap Eden Roc au cap d’Antibes. «Nous accueillons pour la 16e année le célèbre gala de charité de l’AmfAR, rappelle Sophie Volant, la directrice du mythique établissement. Plus de 2000 personnes travaillent sur cet événement. Cela représente plusieurs semaines de travail. Nous positionnons deux tentes de 750 m² qui accueillent le gala sur nos terrains de tennis.»
Là encore une certaine magie hôtelière s’opère. «Nous mobilisons 180 serveurs pour que tous les convives n’attendent pas pendant le dîner», ajoute-t-elle. Le Cap Eden Roc demeure l’un des points de chute favoris des stars américaines même si là encore l’établissement demeure ouvert aux clients qui ne sont pas liés à la grand-messe du cinéma et qui souhaitent profiter de ce lieu paradisiaque, construit en 1870. Bien avant le premier festival en 1939.

