Inachevé, puis réinvesti par la lumière, il incarne aujourd'hui une autre fonction : celle d'un monument devenu message.
Inauguré sur le papier à la fin des années 1980, le Ryugyong Hotel devait symboliser l'entrée de la Corée du Nord dans la modernité. Avec ses 330 mètres de hauteur et ses 105 étages, il ambitionnait de dépasser les standards hôteliers internationaux et de placer Pyongyang sur la carte des grandes capitales mondiales. Le projet ne sera pourtant jamais mené à terme.
Pendant des décennies, la tour reste vide. Une masse de béton brut, sans fenêtres, sans clients, sans usage. Un embarras si visible qu'il disparaît parfois des cartes officielles de la ville. Le bâtiment existe, mais on fait comme s'il n'existait pas.
À partir de 2018, quelque chose change. La nuit venue, la façade s'illumine. Le Ryugyong devient une immense surface LED, diffusant images, symboles et slogans patriotiques. Là où l'intérieur demeure inachevé, l'extérieur s'anime. La tour ne reçoit toujours personne, mais elle est désormais regardée par tous.
Pensé pour accueillir le monde, le Ryugyong s'est transformé en l'un des plus grands dispositifs de communication urbaine au monde. Un colosse vide, figé au cœur de la capitale, qui ne parle plus par ce qu'il contient, mais par ce qu'il projette.

