La nuit du 28 au 29 août 2023, un incendie a ravagé l’historique Grand Hôtel du Louvre situé au 28 rue des Religieuses à Valognes (Manche). Depuis cette date, l’hôtel est fermé et laissé à l’abandon. Dans des articles précédents, publiés dans ce blog les 09 et 12 septembre 2025, j’avais signalé qu’un projet – annoncé début septembre 2025 par une gigantesque affiche apposée sur la façade – expliquait que le site était en vente, et prévoyait la création d’une résidence constituée d’appartements allant du studio au T3 et, même, de maisons individuelles (sans doute dans le grand terrain, actuellement en friche, situé à l’arrière et dépendant de l’hôtel). L’ouverture (dixit l’affiche) était annoncée pour… 2026 !

Nous sommes en février 2026. Deux ans et demi sont désormais passés depuis l’incendie et la fermeture totale de l’hôtel : quelle est actuellement la situation ? La voici, en résumé :

-l’immeuble est toujours fermé et à l’abandon ;

-l’affiche a disparu courant octobre 2025, et n’a pas été remplacée ;

-le chantier annoncé pour 2026 n’a jamais débuté ;

-plus aucune information ne filtre concernant l’avenir du site.

La première mention aux archives de cet ancien relais de poste qui a marqué l’histoire de Valognes pendant des siècles, remonte à 1707, mais il est certainement bien plus ancien. L’hôtel a été fréquenté par Alexis de Tocqueville, puis par Jules Barbey d’Aurevilly – qui, de 1872 à 1874, y avait séjourné, avant de louer un appartement, quelques dizaines de mètres plus loin, à l’hôtel Grandval-Caligny. En 2012, l’hôtel a été inscrit aux Monuments Historiques pour les façades, les toits, la serre, la salle de restauration, les sols de la cuisine et du bar. Ce dernier est décoré par des panneaux peints réalisés en 1920 les ateliers d’Alice Courtois, et représentant des lieux da Valognes avant les bombardements de 1944. C’est un vaste ensemble constituant un véritable ilot situé dans le centre-ville dont les habitants, dans leur immense majorité, ne connaissent que la façade rue des Religieuses et, éventuellement, la salle de restaurant au rez-de-chaussée. Pour l’essentiel, il est resté « dans le jus », tel qu’il était aux XVIIIe et XIXe siècles, et il dégage un charme rare. Restauré et valorisé, il pourrait devenir une attraction touristique majeure pour l’ensemble du Cotentin.

Vendu par l’ancien hôtelier en 2025, il se dégrade de plus en plus : la toiture – partiellement détruite par l’incendie et provisoirement bâchée – a certainement souffert de la violente tempête Goretti qui a frappé Valognes la nuit du 8 au 9 janvier 2026. Les traces d’humidité sur l’ensemble du bâtiment sont de plus en plus visibles de l’extérieur. En résumé, rien ne bouge et tout se dégrade.

Que faire donc ? Je rappelle que l’article L. 621-13 du Code du patrimoine précise que « lorsque la conservation d’un immeuble classé au titre des monuments historiques est gravement compromise par l’inexécution de travaux de réparation ou d’entretien, l’autorité administrative peut, après avis de la Commission nationale des monuments historiques, mettre en demeure le propriétaire de faire procéder auxdits travaux, en lui indiquant le délai dans lequel ceux-ci devront être entrepris et la part de dépense qui sera supportée par l’Etat, laquelle ne pourra être inférieure à 50% ». Si le propriétaire n’exécute pas les travaux prescrits, le ministre de la Culture peut les faire exécuter d’office. Mais il semblerait, d’après une expertise effectuée peu après l’incendie, que l’immeuble lui-même ne menace pas ruine : en tout cas, pas encore...

Désormais, la question se pose : a-t-on décidé de laisser le Grand Hôtel du Louvre « pourrir » pour pouvoir, ensuite, annoncer qu’il est trop tard pour le sauver ? Car la démolition d’un immeuble inscrit aux monuments historiques – bien que rare – n’est pas impossible si un péril imminent est attesté. On imagine le promoteur immobilier, la main sur le cœur et la larme à l’œil, déclarer après la démolition des parties les plus dégradées : « nous sommes vraiment désolés, mais on ne pouvait plus faire autrement, la sécurité des passants et des riverains doit rester notre première préoccupation »… et, aussitôt après, lancer une ambitieuse opération spéculative, comportant la construction, à la place des parties démolies, de pavillons style « Phénix » impactant tout un ilot du centre-ville. Afin de « faire passer la pilule », la façade donnant sur la rue des Religieuses pourrait être préservée, selon la technique bien connue (et très contestée) appelée « façadisme », qui a fait des ravages dans les grandes villes européennes.

Les Valognais accepteront-ils que leur ville se transforme en… décor de théâtre ?

Julien Sapori

 

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Fleuron de l’hôtellerie valognaise, l’établissement avait autrefois accueilli l’écrivain Jules Barbey d’Aurevilly (1808-1889) et la permanence du député Alexis de Tocqueville (1805-1859), initiateur de la démocratie.