C’est un paradoxe autant qu’un défi. Le plus ancien des palaces parisiens, ouvert en 1835 rue de Rivoli, face au Jardin des Tuileries, se retrouve en ce dernier trimestre 2025 à incarner ce qu’il y a de plus innovant dans l’hôtellerie parisienne. L’hôtel, situé à quelques encablures du musée du Louvre, a livré à la créativité d’un bureau de design franco-argentin une suite éphémère, labelisée «Things From». Conçue comme une œuvre d’art immersive, la Suite 1835, brille jusqu’au 31 décembre des feux de l’inventivité.
On quitte le confort cossu des couloirs à moquette profonde pour se diriger vers ce graal du design au 6e étage, voué bientôt à une cure de rajeunissement. En attendant des travaux qui doivent débuter au Ier janvier 2026, Le Meurice fait un pas de côté, soyons francs, plus ou moins réussi. D’abord il faut aimer le vert. Et un peu le rouge. Car ces deux couleurs inondent d’une lumière insolente les trois pièces réunies pour l’occasion : deux chambres et une sorte de petit boudoir.
Le mobilier a été réalisé spécialement pour le lieu par le meilleur de l’artisanat argentin, auquel se mêle une technologie de pointe, qui fait appel aux cinq sens. Jusqu’ici rien de très original.
Mais a-t-on envie d’y dormir ?
Dans une chambre réquisitionnée pour l’occasion, un tapis en aluminium occupe le centre de la pièce principale, socle d’une installation sonore et lumineuse. Pour y aider, jeu de lumière, effets sonores, matelas au sol… Un cube en miroir diffuse une œuvre digitale générée par l’IA, dont l’évolution s’inspire du temps et des énergies. Les images sont très belles. Deux tapis de sol invitent à l’effort physique guidé par un coach virtuel.
On doit cet ensemble dont la lumière va et vient en intensité, plus ou moins vive, à la styliste parisienne Géraldine Boubil et à l’architecte bonaerense, Jessica Solnicki. De leurs deux regards est née cette suite, qui comme Cendrillon à minuit s’évaporera au soir du 31 décembre prochain.
De là à y dormir il y a un pas. Qu’on n’a pas forcément envie de franchir. Les fenêtres ont été obturées pour plonger les pièces dans une obscurité presque totale. Le vrai génie artistique aurait été de combiner ce que le Meurice a de meilleur, cette vue incroyable sur les Tuileries et la Tour Eiffel, avec un geste créatif audacieux.
À partir de 3850 €
L’expérience à un coût (à partir de 3850 €) car la Suite 1835 n’en demeure pas moins équipée de tous les standards de l’hôtellerie de luxe. Pas question au nom de la créativité contemporaine, de déroger au luxe du Meurice, qui reste un des deux ou trois établissements de Paris, avec le George V et le Crillon, où le niveau de service est à ce point irréprochable.





