C'était extrêmement protocolaire. La rumeur disait que pour 100 personnes intégrant l'équipe, moins de cinq tenaient un an. Les plus déterminés gagnaient le respect de la profession. Il m'est arrivé de croiser Élisabeth II, mais je n'ai pu approcher sa table qu'une ou deux fois. Un jour, j'ai même découpé son saumon fumé !
Vous avez rencontré, au fil des années, nombre de personnalités. Parmi elles, une certaine Paris Hilton, qui a inondé sa chambre d'hôtel…
Elle logeait au château de la Messardière, à Saint-Tropez, où je m'occupais du room service. La réception nous a informés qu'il y avait un dégât des eaux. Cela venait de la suite de Paris Hilton, qui faisait la sieste en laissant couler l'eau du bain. Elle a dû régler les pertes d'exploitation le temps des travaux, car les chambres étaient inoccupées. Mais je suis sûr qu'elle n'a jamais vu les sommes déboursées !
Depuis, vous êtes devenu majordome privé. Quelles sont les requêtes les plus folles que l'on vous ait formulées ?
La veille d'un séjour à Courchevel, des clients m'ont demandé de leur trouver cinq hélicoptères bimoteurs. J'ai aussi entendu, à l'aube d'un départ : "Je voudrais louer deux yachts de 60 mètres, un blanc et un bleu". Tout ça pour que l'épouse puisse choisir la couleur. Finalement, les deux bateaux sont restés au port. Une fois, une autre dame m'a assuré que son chien se sentait mal à bord de son yacht. Il a fait un aller-retour en jet privé jusqu'à New York.
En vacances, les milliardaires se concurrencent-ils entre eux ?
Ce sont des adolescents avec beaucoup d'argent. Souvent, ils travaillent comme des fous durant l'année. Alors, quand ils sont en congés, ils ouvrent les vannes. Au sein de leurs bandes d'amis, le dernier qui parle a raison. Le problème, c'est qu'il y en a toujours un pour surenchérir. Une fois, mes clients sont allés aux Caves du Roy [une boîte de nuit tropézienne, ndlr] et sont revenus à 4 heures du matin. Ils avaient invité tout le carré VIP, soit 120 personnes.
Vous racontez également cette fête qui a suscité la colère du prince William…
Après le confinement, j'ai proposé à des clients d'organiser une soirée dans une villa de Saint-Tropez. La première a duré jusqu'à 8 heures du matin et s'est prolongée les jours suivants. Dès le début, les gendarmes sont passés. Le deuxième soir, les autorités ont bloqué la rue. J'ai trouvé ça bizarre. Plus tard, on m'a confié que notre voisin était le prince William et que son fils, le prince Louis, n'arrivait pas à dormir à cause du bruit.
Après toutes ces extravagances, vous arrive-t-il encore d'être surpris ?
Parfois, je me demande : "Mais qu'est-ce qui lui a pris ?" Récemment, un client était au téléphone à l'heure de l'apéritif. Il a raccroché et m'a lancé : "Je viens d'acheter une voiture". Le lendemain, au petit déjeuner, il m'en a reparlé. "Je n'avais pas vu le prix", a-t-il déclaré. Il avait acquis une Brabus à 1 million d'euros. Il y en avait dix exemplaires dans le monde. Il l'a revendue 1,3 million quelques semaines plus tard.
Vous avez l'impression de ne pas avoir vu grandir vos enfants. Est-ce un regret ?
Avec le temps, j'ai pris du recul. Je suis désormais en CDI et je travaille pour une famille à l'année. Nous sommes une vingtaine d'assistants à nous occuper d'un couple et de ses deux enfants. Cela me permet de voir davantage les miens. Aujourd'hui, nous sommes ultra-fusionnels.

