- L’Hôtel Hilton de Genève remporte le prix du public de la Chambre de commerce France-Suisse pour ses initiatives durables.
- L’établissement collabore avec des institutions locales pour l’inclusion sociale et professionnelle.
- Une poubelle intelligente analyse les déchets alimentaires pour optimiser la gestion.
Serviettes de bain et draps changés tous les jours, savons à peine utilisés, nourriture jetée à la poubelle, les hôtels de luxe sont potentiellement de gros gaspilleurs en termes d’énergie et de ressources. Mais depuis quelques années, la conscience environnementale s’impose et il s’agit pour les hôtels de l’arc lémanique de montrer patte blanche s’ils ne veulent pas subir la concurrence d’autres lieux plus écoresponsables.
Le Hilton Geneva Hotel & Conférence Centre, à côté de l’aéroport de Genève, a remporté, en juin, le prix du public à la 36e édition des Trophées de la CCIFS, la Chambre de commerce et d’industrie France-Suisse. Le public l’a récompensé «pour son approche centrée sur l’expérience client, la durabilité et l’exemplarité».
Il a voté en mai pour cet hôtel 4 étoiles supérieur en lui accordant la majorité des 1600 votes en dix jours, via les réseaux sociaux. Son directeur général, François Morvan, se dit très satisfait: «Nous faisons partie du groupe Hilton, mais nous avons une liberté totale quant à la mise en place d’actions durables.»
Dans une volonté d’inclusion, le Hilton reçoit deux fois par semaine, dans sa piscine de 20 mètres de long, trois résidents d’Aigues-Vertes (ndlr: cette fondation accompagne les personnes adultes vivant avec une déficience intellectuelle à Bernex) pour des cours d'aquagym avec ses membres du LivingWell.
«L’hôtel a également convenu d’un partenariat professionnel inclusif avec cette institution et fait participer les résidents d’Aigues-Vertes à différentes tâches au sein de l’établissement, comme desservir le petit-déjeuner, aider en lingerie ou en chambres, détaille François Morvan. Offrir un stage d'insertion à un partenaire local nous semble très important.»
Soutien aux démunis
Depuis 2020, le Hilton Geneva Hotel & Conférence Centre collabore également avec Le Caré, un lieu d’accueil d’urgence genevois pour les plus démunis. Durant la pandémie, l’établissement a fourni gobelets en carton, sucre, serviettes et produits d’hygiène. Tous les mois, quatre membres du personnel du Hilton se rendent au Caré pour servir le déjeuner à table.
Un des chefs de cuisine de l’hôtel met à disposition les mets surproduits lors d’événements, qui ont lieu entre 4 à 5 fois par semaine dans l’hôtel. Le directeur du Caré passe le lendemain matin pour les récupérer. Une autre action s’inspire de ce qui se pratique à Londres: lorsqu’un parapluie est loué, un arbre est planté. Ainsi, un grand nombre d’arbres ont déjà été plantés par le prestataire.
L’hôtel genevois suit aussi attentivement sa consommation énergétique pour tenter de la réduire. Il a d’ailleurs reçu le prix Minergie grâce à l’installation de panneaux solaires sur son toit; des travaux lui ont permis d’obtenir une meilleure isolation thermique et phonique. Il distribuera bientôt le chaud et le froid grâce à Genilac, le réseau thermique structurant des Services industriels genevois.
Poubelle antigaspi
Dans les cuisines, une poubelle intelligente permet d’éviter le gaspillage alimentaire. «On s’appuie sur l’expertise de Winnow vision pour revoir les portions servies et limiter la quantité de déchets», commente François Morvan. À l’aide d’une caméra et d’un ensemble de balances perspicaces, cette poubelle innovante apprend à reconnaître les différents aliments jetés et en calcule le coût financier et environnemental.
L’établissement hôtelier possède également son propre centre de tri complet, qui recycle 37 matériaux, dont des plastiques durs et souples, en partenariat avec l’entreprise Transvoirie.
Côté mobilité, il incite son personnel à choisir le covoiturage avec son partenaire BlaBlaCar Daily, mais aussi à utiliser le vélo et les transports publics. En 2024, le Hilton a choisi un nouveau fournisseur pour entretenir le linge des chambres et de la restauration, situé à Satigny plutôt que dans le canton de Vaud. «Avec ce changement, ce sont l’équivalent de cinq vols Genève-New York économisés chaque année», se félicite François Morvan.
Concurrence pour l’arc lémanique
Pour le président d’Hôtellerie Lausannoise et propriétaire de l’Hôtel de la Paix, Stefano Brunetti Imfeld, le souci de la durabilité n’est pas une nouveauté dans le secteur. «Cela fait déjà 10 ou 15 ans que nous travaillons dessus, mais nous avons accéléré le mouvement pour satisfaire les clients, de plus en plus sensibles à l’environnement.»
Les grandes chaînes d’hôtel mondiales mènent un peu la course à la certification, estime Stefano Brunetti Imfeld. Il met en garde «contre le danger de greenwashing», mais assure que l’effort des hôtels est constant: ils privilégient les circuits alimentaires courts – quitte à payer plus cher – et limitent les emballages en privilégiant, par exemple, des savons et shampooings en formats distributeurs et non plus des flaconnettes individuelles.
«À Lausanne, le coup d'accélérateur a été mis sous la pression du marché pour être aussi écoresponsable que les villes du Nord. Le Danemark est exemplaire au niveau social, il est le leader européen en matière d’organisation de conférences respectant des principes de responsabilité très poussés.»

Les établissements lausannois obéissent désormais à un cahier des charges précis. «On suit le trend et même on le devance, estime Stefano Brunetti Imfeld. Des économies sont réalisées sur l’eau et sur la climatisation, ce qui peut poser des problèmes à certains clients comme les Américains ou les Orientaux qui aiment le froid.»
Certains hôtels nouvellement construits vont encore plus loin, ils récupèrent l’eau de pluie pour arroser leurs espaces verts ou utilisent «cet or bleu» pour un réseau d’eau parallèle, par exemple pour laver les véhicules.
De son côté, le directeur de Genève Tourisme, Adrien Genier, dit «accompagner les partenaires dans leur démarche de durabilité notamment par le biais d’ateliers de sensibilisation et en valorisant le programme suisse Swisstainable, qui a pour but de soutenir les prestataires touristiques dans leurs efforts pour renforcer la durabilité de leurs activités.»
Cours à l’École hôtelière
L'École hôtelière de Genève, qui compte 200 étudiants, s’engage activement pour les sensibiliser à l’enjeu du développement durable, indique la directrice, Susanne Welle. «Au troisième et au cinquième semestre, les élèves suivent des cours de responsabilité et de durabilité. Ils peuvent également compléter leur formation par un certificat RSE (responsabilité sociale des entreprises) qui peut être obtenu individuellement ou comme partie de nos programmes postdiplômes.»
L’école participe à la CEC Suisse, la Convention des entreprises pour le climat, afin de développer une feuille de route pour soutenir une transition vers une entreprise plus durable. «L’idée est de disposer, dans le futur, d’un label de probabilité et de durabilité, comme par exemple BCorp, qui respecte les 3P, «People, Planet, Profit», c’est-à-dire favoriser l’emploi local, mettre en place des solutions peu coûteuses pour survivre et maintenir une situation financière stable tout en offrant le même service au client, en gaspillant moins.»
Il s’agit notamment de choisir du matériel plus durable qui consomme moins, comme des ampoules led, ou qui casse moins facilement, de trier les déchets, de contrôler les portions servies pour lutter contre le gaspillage de nourriture. «Certains articles ne sont plus systématiquement mis à disposition du client, comme les rasoirs, les bonnets de bain ou le matériel de couture, détaille Susanne Welle. En cas de besoin, ils peuvent être obtenus à la réception.»
Inclusion du handicap
Les principes de responsabilité sociale sont également appliqués au sein de l’école, avec une politique interne qui donne à tous la chance de s’épanouir, sans discrimination.
«Des cours inclusifs permettant d’apprendre à aider les personnes en situation de handicap, comme les aveugles, sont dispensés. Des menus en braille sont à la disposition des clients dans le restaurant Vieux Bois», précise la directrice.

