C’est une révolution verte qui mijote sous les pavés de la Croisette. Bientôt, une soixantaine d’établissements de la célèbre promenade dont le mythique Palais des festivals et des congrès et les hôtels emblématiques tels que le Martinez, le Carlton, le Marriott, le Majestic Barrière, Le Palm Beach ou le Gray d’Albion seront chauffés et climatisés grâce à une source durable : la Méditerranée.

Derrière cette transition écologique, une technologie : la thalassothermie. Le principe est d’aller puiser de l’eau de mer, de récupérer son énergie calorifique puis de la redistribuer via des échangeurs thermiques et des pompes à chaleur, afin de couvrir, ici, plus de 74% des besoins thermiques des établissements raccordés. À la fin du processus, l’eau est rejetée dans la mer avec une incidence quasi nulle sur l’écosystème.

Objectif décarbonation et autonomie énergétique

Voilà des années que le projet «Énergie Marine Cannes Croisette» porté par la cité du cinéma et son agglomération Cannes Lérins en partenariat avec ENGIE Solutions prend forme. Les chiffres sont conséquents : 37,8 millions d’euros d’investissement ; 10,3 km de réseau ; 75 sous-stations. L’ambition est grande : la suppression de 6500 tonnes d’émissions de gaz à effet de serre chaque année, soit l’équivalent des rejets annuels d’environ 3600 voitures thermiques. Des estimations fondées sur l’expérience, la thalassothermie ayant déjà fait ses preuves dans d’autres destinations côtières depuis de nombreuses années, à l’image de Monaco qui fut précurseur dès les années 1960.

À Cannes, le raccordement de ces 110 bâtiments du centre-ville est prévu courant 2026 pour une mise en route au printemps 2027, à commencer par le Martinez. Une perspective qui enthousiasme son directeur, Michel Cottray : «Nous sommes ravis de rallier ce projet. Nous participons au rayonnement international de Cannes, il est de notre devoir d’aller au-delà de la simple image du luxe, et d’être dans une démarche responsable. Nous accueillons un public averti, sensible à ces questions. Ici, il s’agit d’une mutation énergétique majeure, qui va nous permettre à terme de substituer nos lourds équipements actuels, groupes froids sur le toit, et chaufferie en sous-sol. Jusqu’à 20% d’économies sont aussi espérées, mais surtout, nous serons autonomes, un vrai confort dans le contexte actuel. La mise en place technique sera assez simple et ne devrait pas impacter le fonctionnement de l’établissement.»

Un nouveau visage pour la Croisette

Et du côté de la Croisette, quelles conséquences pendant la durée des travaux ? En cette fin 2025, la centrale souterraine aménagée dans le secteur de la Roseraie engendre quelques rues barrées, des stationnements neutralisés, des manèges et des aires de jeux temporairement déplacés, mais pas de transformation majeure. Une trêve est d’ailleurs annoncée pour les fêtes. Quant aux raccordements de 2026, «ils seront très limités dans le temps et dans l’espace car le réseau principal a déjà été posé par anticipation en 2023-2024 à l’occasion du renouvellement d’autres réseaux. Les grands évènements culturels et touristiques ne seront pas impactés, les travaux seront suspendus durant le Festival du Film de Cannes», assure-t-on du côté de l’agglomération.