Une envolée des tarifs aériens est « inévitable », a prévenu vendredi Willie Walsh, directeur général de l’Iata, la principale association mondiale de compagnies aériennes. En cause : la flambée du kérosène liée au conflit au Moyen-Orient. Depuis l’attaque du 28 février contre l’Iran, le prix du baril de kérosène a doublé, atteignant 216 dollars jeudi, contre une prévision budgétaire initiale de 88 dollars. Avec une marge moyenne de 4 %, les 360 compagnies de l’Iata (85 % du trafic mondial) ne peuvent absorber ce surcoût. "Il ne faut pas être un génie pour déduire que les coûts supplémentaires auxquels les compagnies vont devoir faire face, si la situation persiste, seront bien supérieurs à ce qu’elles peuvent absorber », a ajouté Willie Walsh devant l’Association des journalistes professionnels de l’aéronautique et de l’espace (AJPAE). Le mouvement est déjà amorcé aux États-Unis et sur certains long-courriers européens.
Un choc comparable au 11-Septembre
Si la crise frappe de plein fouet les transporteurs du Golfe, contraints d’annuler de nombreux vols, Willie Walsh refuse la comparaison avec le Covid. Il évoque plutôt l’après 11-Septembre : un effondrement brutal mais temporaire de la fréquentation. Lors de telles crises, « les gens voyagent toujours, mais ils partent moins longtemps », a assuré l’ancien dirigeant de British Airways et de sa maison mère IAG. « Donc cela a sans doute davantage de conséquences pour les hôtels que les compagnies aériennes ».
Malgré tout, la « demande sous-jacente reste robuste ». Iata tablait fin 2025 sur 5,2 milliards de passagers pour 2026. L’impact réel sur ces prévisions ne sera précisé qu’en juin.
L’impossible remplacement des hubs du Golfe
Les transporteurs du Golfe, soutenus par les pétromonarchies, se sont spécialisés dans les vols long-courrier en correspondance, via les plateformes de Dubaï, Abou Dhabi et Doha. Ces compagnies « représentent environ 9,5 % des capacités » mondiales en sièges d’avion, a révélé Willie Walsh, contre 26,5 % pour les compagnies européennes. Certaines parmi ces dernières ont renforcé leurs liaisons directes vers l’Asie, pour répondre à la demande suscitée par la paralysie des « hubs » du Golfe, mais selon le directeur général de l’Iata, elles ne pourront déployer que « peut-être 1 % » de capacité en plus. « En aucun cas les capacités des transporteurs du Golfe ne pourront être remplacées par les compagnies européennes », a-t-il jugé. « Donc, je m’attends à ce que la situation revienne à celle qui prévalait avant la guerre, quand la région aura retrouvé la stabilité », a démontré Willie Walsh, en pariant sur la même résilience de Dubaï, deuxième aéroport mondial grâce à sa puissante compagnie Emirates.

