« Qui a vu Paris et pas Cassis, n'a rien vu », avait écrit l'auteur et lexicographe Frédéric Mistral. Indéniablement, la ville de Cassis fait partie des plus prisées de France pour passer ses vacances. Blottie entre le Cap Canaille et les calanques, la station balnéaire, avec son port pittoresque et ses maisons colorées, ne manque pas d'atouts pour attirer les visiteurs. « Elle est aussi le point de départ pour admirer les calanques qui s'étendent sur 20 kilomètres jusqu'à Marseille », rappelle Danielle Milon, son maire.
A Cassis, le tourisme représente un poids économique majeur, soit 58 % avec quelque 1 800 emplois !
Cassis accueille un million de touristes à l'année !
« Elle est connue dans le monde entier. La ville, qui fait l'objet de nombreux tournages de films, est adulée à l'année par une clientèle étrangère, qui représente 40 % des visiteurs », note Danielle Milon. Ce sont en premier lieu des Allemands, des Américains, des Suisses, des Belges, des Italiens mais aussi des Chinois, des Japonais et des Brésiliens. Des individuels ou des groupes, et même une clientèle d'affaires. « Nous avons une clientèle d'excursionnistes et de croisiéristes en escale dans les ports de la région (Marseille, Toulon, La Seyne) », note Carole Clouet, directrice de l'Office de tourisme de Cassis.
Une saison touristique qui s'étale à Cassis
Avec seulement 6 700 habitants, Cassis peut passer à 30, voire 40 000 personnes par jour, au plus haut des pics de fréquentation. « La saison est très longue. Elle s'étale de Pâques à fin octobre. Les mois de septembre et octobre sont des mois qui comptent », estime Carole Clouet.
Cassis dispose d'une capacité d'hébergement éclectique avec une quinzaine d'hôtels, du 5 étoiles aux hôtels non classés. De nombreux hôtels ont été rénovés ces cinq dernières années. Un seul hôtel est actuellement fermé pour travaux. L'offre s'est ainsi adaptée aux standards internationaux. A cela, s'ajoutent un camping deux étoiles de 250 emplacements, quatre auberges avec du logement collectif, des chambres d'hôtes et près de 1 500 meublés de tourisme.
Pour les groupes, il existe un tel engouement que du 1er mai au 15 octobre, ce sont près de 1 500 autocars, soit environ 45 000 passagers qui arrivent à Cassis. « Nous avons parfois 20 bus sur une seule journée, les jours les plus intenses », confie Carole Clouet.
Face à cet afflux de touristes, la Ville devait réagir en déployant notamment une stratégie pour gérer les bus.
« Nous avons conçu un projet en fonction des attentes des autocaristes et avons travaillé en étroite relation avec eux. Nous avons ensuite mis en place une stratégie pour assurer une gestion optimisée des flux touristiques », assure Danielle Milon.
La solution du parking relais
Le parking relais des Gorguettes a pris place sur un terrain en remblai utilisé auparavant par des collégiens pour faire du sport. Aussi, la Ville avait lancé sa réfection en 2014. « Nous avons intégralement assuré le projet de réaménagement avec quatre terrains de sport, une zone sportive liée à l'athlétisme et un parking entièrement gratuit pour les véhicules intégrant également un espace de stationnement pour les autocars », explique Danielle Milon.
© JP.E - Un accueil personnalisé des autocaristes et des touristes à Cassis.
Une ombrière centrale sera prochainement mise en place sur ce site. A côté de cela, deux bâtiments ont été érigés, l'un pour une annexe de l'Office du tourisme et l'autre pour accueillir les autocaristes et les chauffeurs grâce au concours du Département.
Des navettes pour les individuels sont, par ailleurs, mises à disposition à partir de ce parking relais pour se rendre à la gare, au centre-ville, au Casino Barrière, ou à la presqu'île pour les randonneurs.
« Pour les groupes, l'objectif est d'éviter que les autocars ne se rendent en centre-ville », précise Danielle Milon. Les touristes venus en autocar (croisiéristes ou excursionnistes) peuvent emprunter le petit train pour se rendre au centre-ville. Le principe est qu'à chaque fois qu'un autocar arrive on achemine au centre-ville ses passagers par le petit train.
Aux portes des calanques
Ce système de redistribution avec petit train et bus électrique fonctionne bien. « C'est un dispositif unique dans la région et même sur le plan national », relève Danièle Milon.
Par ailleurs, la Ville de Cassis, l'une des trois communes du Parc national des calanques, avec Marseille et La Ciotat, propose ainsi de découvrir ce site exceptionnel. Un système de navettes permettra en 2026 de relier Port Miou au port de Cassis.
Cassis attire aussi grâce à sa route des Crêtes, et ses 17 kilomètres surplombant la mer. Suite à une expérience en 2023 visant à réserver cette route aux vélos et aux piétons le dimanche, cette opération a été pérennisée toute l'année. Cette gestion des flux touristiques peut s'apparenter à ce qui est entrepris dans d'autres villes, comme Salzbourg en Autriche ou Versailles, voire dans des sites particuliers comme le Mont-Saint-Michel.
« A la suite de cette expérience, nous avons reçu des demandes d'autres villes, en particulier Collioures dans les Pyrénées-Orientales, qui ont souhaité s'en inspirer. »
Ces différentes actions de fluidification ont pu être mises en œuvre grâce à une politique ambitieuse en matière de sécurité. Le parking des Gorguettes est surveillé par un système de vidéosurveillance en relation directe avec les forces de l'ordre. « Nous disposons de 308 caméras de vidéosurveillance pour 7 000 habitants. L'effectif est de 23 policiers auxquels s'ajoutent 14 ASVP (30 en été) ainsi que 15 gendarmes », souligne Danielle Milon.
Surtourisme ou surfréquentation ?
La France est au 1er rang des destinations mondiales avec 100 millions de touristes étrangers en 2024. Avec 71,3 md€ de recettes internationales en 2024, le pays a surpassé le niveau des recettes de 2019 et de 2023, respectivement + 26 % et + 8 %. Les Bouches-du-Rhône accueillent plus de 9 millions de touristes qui réalisent 46 millions de nuitées. Cette clientèle est essentiellement une clientèle française (74 % des séjours). « Nous préférons, plutôt que de parler de surtourisme, évoquer des pics de surfréquentation de personnes à gérer. C'est le cas de Cassis qui accueille, au cœur de l'été, des touristes français et internationaux, des locaux, et qui conservent ses résidents », considère Danielle Milon.
Le pouvoir des maires est, selon elle, d'organiser la situation afin d'obtenir l'équilibre entre activité économique et qualité de la vie. « Aujourd'hui, l'enjeu est de travailler à un tourisme plus responsable et tendre vers un tourisme régénératif où les touristes ne viennent pas peser sur les milieux mais contribuent aussi à leur préservation », estime-t-elle.

