Les professionnels du voyage ont du chemin à faire en matière de facturation électronique (FE). « Il faut nous laisser du temps ! plaide Arnaud Fontanille, directeur général finance et achats de Marietton Développement, groupe qui rassemble 27 sociétés de toutes tailles : tour-opérateurs et agences de voyages, professionnels et de loisirs. Après la crise du Covid, nous avons été sous perfusion pendant trois ans. Tourisme et déplacements d'affaires ont repris en 2023. Nous nous sommes attelés à la réforme de la facture électronique à partir de 2024. »

Depuis, les Entreprises du voyage (EDV), dont Arnaud Fontanille préside la commission Transports, ont constitué des groupes de travail. Cette organisation professionnelle représente 3.500 experts du tourisme et des voyages d'affaires comme scolaires dans 1.600 entreprises. Sur la facturation électronique, « On est loin du choc de simplification », assure Guillaume Beurdeley, son secrétaire général adjoint.

Aussi EDV a prévu de publier un livre blanc à l'attention de ses adhérents afin de faciliter la mise en oeuvre de la FE dont la première échéance approche à grands pas. le 1er septembre 2026, toutes les entreprises devront être en mesure de recevoir les factures de leurs fournisseurs professionnels grâce à une plateforme agréée. Au sein des EDV, 87 % des adhérents ont moins de dix salariés. Au 1er septembre 2026, les grands groupes et les ETI - plus de 250 salariés et 50 millions d'euros de chiffre d'affaires - devront aussi être en mesure d'émettre des factures électroniques pour leurs clients professionnels.

Une TVA appliquée à la marge

Cette réforme va bousculer des pratiques comptables et fiscales spécifiques de l'écosystème du tourisme et du voyage. « Nous partons de loin, admet Arnaud Fontanille. Par exemple, les tour-opérateurs demandent des acomptes aux agences de voyages mais ne produisent pas de factures d'acompte. Ou bien encore, dans le voyage d'affaires, l'agence facture directement à son client entreprise (en B2B) le billet vendu, alors que celui-ci devrait être facturé par le transporteur ».

« Ceci s'explique par le besoin du client B2B final d'accéder à une facturation enrichie de données analytiques (centre de coûts, code projet…) qui ne sont pas disponibles au niveau du transporteur : celui-ci ne connaît que le voyageur. » De plus, la TVA n'est pas portée sur la facture, ce qui représente une difficulté de plus.

Avions, trains, voitures, hôtels… « dans le tourisme de loisirs, le tour-opérateur vend un assemblage de services de voyage : un forfait touristique. Quant à l'agence de voyages, elle intervient principalement en qualité d'intermédiaire dit ‘opaque' ce qui relève du régime spécifique de la marge bénéficiaire », explique Guillaume Beurdeley. Calculée sur la différence entre les prix d'achat et de revente, c'est « une TVA en cascade, de 20 % en métropole, qui s'applique d'une part sur la marge réalisée par l'opérateur et d'autre part sur celle de l'agence de voyages pour le service revendu à son client », ajoute l'expert.

En outre, les agences de voyages qui vendent un vol et des nuitées d'hôtel à un particulier, relèvent de l'e-reporting, l'autre volet de la réforme, c'est-à-dire la remontée d'information auprès des services fiscaux.

La complexité du voyage d'affaires

Les agents de voyages et tour-opérateurs se sont mobilisés autour d'une solution commune appelée Ventya, plateforme agréée pour l'e-invoicing et l'e-reporting ainsi que la facturation internationale (point d'accès Peppol). Une solution adoptée par Marietton Développement, confirme son directeur général finance et achats. « La dématérialisation ne nous est pas inconnue et nous avons des solutions appropriées pour nos deux structures agences de voyages qui émettront dès 2026. Pour les 25 autres sociétés de notre groupe qui devront être prêtes pour l'émission en 2027, l'effort de mise en conformité sera en revanche plus important, du fait la multiplicité des outils et de la diversité des activités. »

La complexité réside surtout dans le voyage d'affaires. « C'est pour cela que nous demandons une tolérance à l'administration fiscale, la DGFIP, dans l'application complète du cas 39 [le cas d'usage multivendeurs de la norme Afnor, NDLR], relève Arnaud Fontanille. Dans la très grande majorité des autres pays européens, des adaptations ont eu lieu. » L'objectif est de permettre à l'agent de voyages de récupérer les factures fournisseurs, afin de les consolider.

Le BtoB représente environ 30 milliards d'euros de volume d'affaires, mais les marges y sont réduites. « Pour un billet SNCF de 100 euros, nous percevons une rémunération maximale de 5 euros entre la commission perçue du fournisseur et les frais appliqués au client, alors que nos coûts informatiques de traitement et de paiement représentent à eux seuls 4 euros, témoigne Arnaud Fontanille. Il reste donc très peu pour financer nos loyers, les salaires, etc. ».

L'association EDV travaille de concert avec les principaux transporteurs du marché (dont la SNCF et Air France). L'enjeu : « présenter un calendrier d'actions à la DGFIP sur les chantiers à mener à travers les multiples canaux de réservation pour transférer au transporteur les données sociétés (nom de l'entreprise cliente, adressage, SIREN, etc. », détaille Arnaud Fontanille. Lorsque le flux des factures de la SNCF et de toutes les compagnies aériennes répondra aux exigences de la réforme, 80 % de l'activité du voyage d'affaires sera en conformité.