Quand Mama Shelter s’est implanté à Lyon en 2013 dans le 7e arrondissement, la marque plantait le premier drapeau d’un concept casseur de codes, décliné et hybridé de nombreuses fois depuis : l’hôtel « lifestyle ». Un hôtel, oui, mais aussi un lieu de vie ouvert aux habitants, où la restauration prend une place prépondérante. Les lieux de vie communs offrent un design différent et une ambiance conviviale (soirées à thème…), un service moins formel avec une identité marquée, des lieux de coworking.
Des hôtels où les activités prennent le pas sur les chambres
Un côté davantage « communauté » que l’hôtel standard, et un successeur naturel — et davantage diversifié — aux boutiques-hôtels, plus petits, systématiquement situés en cœur de centre-ville, et moins (voire pas du tout) centrés sur la restauration.
« Au début, Mama Shelter, c’était vraiment des chambres à bas tarif, nous étions même encore sous statut de résidence hôtelière. On était très précurseurs dans notre concept avec des chambres hyper basiques. C’était le concept Trigano : il voulait que tout se passe en bas, au restaurant, c’est pour ça qu’il n’y a pas de chichi dans les chambres, mais une literie 5 étoiles. On propose une cuisine entièrement faite maison, un bar, des DJ à partir du jeudi soir… Aujourd’hui encore, il y a plein de gens qui viennent et ne savent pas qu’au-dessus, on a 156 chambres », résume la directrice générale de l’établissement lyonnais, Sandrine Jouot.
DJ, auberge, restaurant, coworking…
Depuis, le lifestyle est sorti de sa niche pour essaimer dans les quartiers, au gré des concepts : Tribe, à la Croix-Rousse, développe l’identité de « hub » social, autour d’un restaurant, d’un bar à cocktails, d’un lieu de vie de passage ou pour les habitants ; Mob Hotel à Confluence ou Eklo à Vénissieux anglent leur offre sur l’écologie avec des produits bio, des fournisseurs locaux, des labels ad hoc.
Pilo, à la Croix-Rousse, se veut hôtel et auberge, propose des soirées à thème pour la famille, des DJ sets, du coworking pas cher, différentes catégories d’hébergement et des prix avec des modus vivendi du genre « Work Hard, Play Hard ».
Une vague cool qui a submergé Lyon un peu plus que les autres grandes villes. « La plupart des métropoles ont une propension au lifestyle autour de 5 à 6 %. Lyon, Lille ou Bordeaux offrent des pics à 10 % (8 % dans Lyon intra-muros) », remarque Luc Espaillard, Associate Director – Hotels Consultancy chez Christie & Co — société de conseil et de transaction immobilière sur le secteur de l’hôtellerie en Europe — et auteur d’une étude approfondie sur le sujet publiée fin mars 2025.
Le lifestyle, carburant d’une montée en gamme des hôtels à Lyon
« Le lifestyle, pour un investisseur, c’est la promesse de prix moyens élevés et d’un captage d’une clientèle plus variée. À Lyon, il s’est concentré sur la gamme dite « midscale », autour du 3-étoiles quand Bordeaux est davantage sur du 5-étoiles », ajoute Luc Espaillard.
Entre 2018 et 2024, Lyon a connu une montée en gamme de son parc hôtelier : le nombre de chambres 5 étoiles a augmenté de 77,6 % (l’hôtel Intercontinental remonte à 2019) quand les hôtels économiques ont fortement diminué avec une baisse de 480 chambres.
Et cette montée en gamme est principalement due au développement significatif de ces hôtels lifestyle. Des développements hôteliers qui se concentrent principalement sur les segments 3 et 4 étoiles (17,6 % et 13,2 %) entre 2024 et 2028. Une tendance qui s’explique principalement par la prédominance du segment affaires et le manque d’attrait de la clientèle loisirs internationale, davantage dynamique à Bordeaux, et limitant ainsi le développement du segment luxe à Lyon.
Les chiffres de l’hôtellerie dans la métropole lyonnaise
L’offre hôtelière lyonnaise a augmenté de 6,6 % entre 2018 et 2024, soit une vitesse de croissance similaire à celle observée au sein du marché parisien. Avec 8 à 10 % de ses chambres d’hôtel classées comme lifestyle, Lyon se positionne dans la moyenne haute parmi les grandes villes.
Accor est le groupe le plus représenté avec 29 hôtels, soit une part de marché d’environ 40 % pour les chambres (3 202 chambres), suivi du groupe Louvre Hotels représentant 7,5 % de l’offre.
En 2022, la clientèle loisirs représentait 37 % contre 63 % pour la clientèle affaires. En 2023, 26 % de la clientèle était internationale et 74 % venaient de l’Hexagone. Entre 2023 et 2024, on dénombre 5,4 millions de nuitées en hôtellerie (+ 11 % par rapport à 2022), avec 2,3 nuitées en moyenne par séjour.
La suite : le haut de gamme
« Pour Lyon, le haut de gamme est donc la suite logique », reprend Luc Espaillard. « Une nouvelle vague de lifestyle d’ampleur maîtrisée va arriver dans les prochaines années dans le segment 4 étoiles et plus, propice à la reconversion de chambres standards ou de bâtiments historiques, car il est dur de trouver du foncier. »
Quatre nouveaux hôtels sont prévus à Lyon d’ici 2028 sur les segments 3 et 4 étoiles. Mama Shelter, lui aussi, a évolué vers un standing plus élevé. Depuis janvier 2024, l’établissement lyonnais est passé sous statut hôtellerie au niveau 3 étoiles, et vise le milieu de gamme tendant vers le haut de gamme.
L’enseigne a par exemple choisi de fermer son rooftop au profit de six suites avec terrasse et a choisi une décoration « nouvelle génération » pour les chambres, dans la continuité d’un design originel signé Philippe Starck.
Le projet phare à venir de cette nouvelle vague : celui de Mess Family, le groupe également à l’origine du concept festif La Folie Douce, à Saint-Gervais et à l’Alpe d’Huez. Les Saint-Gervolains ont programmé pour 2027, au sein du château de la Motte (Lyon 7e), ouvrage du XVe siècle dans le parc Sergent-Blandan, inscrit aux Monuments historiques, la création d’un hôtel 4 étoiles pour un investissement total annoncé de 25 millions d’euros.
L’ensemble proposera tout à la fois hôtellerie, bar, brasserie, salles de réunion, restauration, lieux de séminaire, buvette et kiosque ouverts sur l’extérieur. Le tout réparti dans trois bâtiments : le château, le magasin d’armes et l’abri, bâtiment encore à construire entre les deux premiers.
Le concept Grand Mess, une nouveauté pour le groupe, trouvera à Lyon sa première expression. Une pierre de plus vers le haut standing sur un créneau de plus densément occupé par les porteurs de projets revendiquant chacun un « ADN unique ». « Une chambre du Mama Shelter à Lyon ressemblera à une chambre du Mama à Paris. Pas chez nous », glisse un concepteur lyonnais.
Alors que, chez Mama Shelter, on assume les chambres basiques tout en estimant au contraire « avoir été beaucoup copié ; il y a de plus en plus de monde sur le lifestyle, mais je trouve que nous sommes l’une des seules marques où il porte bien son nom », assure Sandrine Jouot, sa directrice. Un point commun dans ce domaine donc : tenter d’occuper le même créneau tout en se battant pour trouver une identité unique et différenciante. La concurrence devient rude.

