Tous les voyants sont dans le rouge : c'est le constat de la Chambre de commerce et d'industrie lors de son dernier point sur la santé de l'économie girondine, ce lundi 27 octobre. Au troisième trimestre 2025, tous les indicateurs plongent pour les entreprises du département : le chiffre d'affaires baisse de huit points, et les carnets de commande de 17 points par rapport au trimestre précédent.
Le contexte économique et l'incertitude politique pèsent sur les entreprises girondines, et la confiance est aussi en berne : 40% des chefs d'entreprises girondins ne sont pas confiants en la pérennité de leur entreprise, un chiffre qui progresse ces derniers mois.
Un "scénario catastrophe" pour l'hôtellerie restauration
Si l'industrie, les travaux publics, le commerce, les services sont touchés, la CCI dessine un "scénario catastrophe" pour les cafés, hôtels et restaurants girondins pour cette fin d'année."La fréquentation "client" devrait encore décliner malgré l'approche des vacances de la Toussaint et les fêtes de Noël", écrit la Chambre.
Exemple au restaurant La Table du Décanteur, au Bouscat, où on se prépare à un nouveau service en demi-teinte. "La baisse se ressent, on se demande juste quand est-ce que ça va s'arrêter", pointe le gérant, Lucas Baudet. Les clients ne sont pas forcément moins nombreux, mais ils consomment moins : "Le soir, c'est une restauration plaisir, et c'est là que ça pèche plus que les années précédentes, il y a un arbitrage", analyse-t-il.
Côté client, on confirme. Claude est attablée devant un thé avec sa fille. Un moment tout simple, que cette retraitée s'accorde de moins en moins : "De temps en temps avec des amis, mais il y en a beaucoup qui ne veulent plus aller au café, donc on se l'offre à la maison et on se réunit chez soi".
"C'est la roulette russe"
Résultat : en Gironde, le chiffre d'affaires des cafés, restaurants et hôtels, a baissé de dix points depuis le début de l'année. Au restaurant l'Espérance, avenue de la Libération au Bouscat, le patron, Bastien Chérubini, multiplie les casquettes pour garder la tête hors de l'eau : "Le midi, on fait à manger, on fait apéro le soir, un peu de tabac, la Française des Jeux", liste-t-il.
Depuis quelques mois, il apprend à naviguer à vue : "Aucun jour ne se ressemble, sur des midis on va pouvoir faire une cinquantaine de couverts et le lendemain une vingtaine, décrit le restaurateur. C'est la roulette russe, donc on s'adapte, on fait de petites quantités, on se réapprovisionne, mais c'est compliqué à gérer".
C'est cette incertitude qui pèse le plus, même dans de grands établissements comme l'hôtel cinq étoiles voisin, Maison Pavlov. Le propriétaire, Maxime Rosselin, aimerait agrandir, mais difficile de gagner la confiance des banques ces derniers mois. "Ils nous on dit qu'ils étaient attentistes, donc ça me bloque sur mes projets de développement. Et sans faire de pathos, c'est compliqué d'avoir de la visibilité et de savoir où est-ce que tout ça va nous mener", témoigne-t-il.
Tous les secteurs concernés
Le secteur de l’hôtellerie-restauration est à l'image du reste de l'économie girondine, selon l'analyse de la CCI. L'industrie souffre d'un contexte international compliqué, tandis que les commerçants girondins doivent composer avec une fréquentation en berne depuis le début de l'année et misent sur les fêtes de fin d'année pour retrouver un peu d'air.
Le secteur des travaux publics, lui, souffre surtout de la baisse des mises en chantier. La baisse de budget du Département, gestionnaire notamment du réseau routier, engendre une baisse des commandes pour les entreprises du secteur. Les carnets de commandes se vident, l'indicateur qui y est lié a baissé de six points depuis le début de l'année.
Résultat : les tribunaux de commerce girondins ouvrent de plus en plus de procédures. Il y en a eu en tout 1.641 pendant les neuf premiers mois de l'année, un chiffre en progression de 4% par rapport à 2024, et dans 60% des cas ces procédures se terminent par des liquidations judiciaires.

