C'est un monument de l'hôtellerie belge et bruxelloise qui est en passe de se retrouver au centre d'une bataille judiciaire transatlantique. Le groupe hôtelier français Centaurus, spécialisé dans l'hôtellerie de luxe, va introduire une action judiciaire contre Lone Star Funds, une entreprise de private equity américaine propriétaire de l'hôtel Métropole, mythique établissement de la place De Brouckère à Bruxelles.
C'est ce qu'a annoncé le président et fondateur de Centaurus à L'Echo. Le Métropole avait été racheté par Lone Star fin 2022, deux ans et demi après avoir fermé ses portes, au début de la pandémie de coronavirus.
Centaurus, un groupe hôtelier français qui gère un portefeuille de 30 hôtels quatre et cinq étoiles en Europe et en Asie d'une valeur d'un milliard d'euros, devait assurer la gestion quotidienne du Métropole à sa réouverture, après avoir réalisé le suivi du chantier de rénovation de l'édifice partiellement classé pour le compte du propriétaire. Sauf que le contrat a été cassé cette semaine par Lone Star, a expliqué le président et cofondateur de Centaurus, Jean-Bernard Falco, à L'Echo.
"Nous avons investi trop d'heures de travail pour être écartés comme ça, deux ans avant l'ouverture."
JEAN-BERNARD FALCO, PRÉSIDENT ET COFONDATEUR DE CENTAURUS
"Une clause permet à Lone Star de casser le contrat maintenant", un an avant l'entrée en vigueur de la phase de gestion du contrat, détaille Jean-Bernard Falco. "Se séparer de Centaurus maintenant permet à Lone Star d'économiser 10 millions d'euros d'honoraires sur quatre ans", affirme-t-il. Si le fonds américain n'a pas donné suite à nos demandes d'interview, une source proche du propriétaire, qui s'est exprimée à condition de ne pas être identifiée, a qualifié ce chiffre de "fantaisiste".
Avec l'ouverture de l'Astoria, l'ultra-luxe fait son entrée dans l'hôtellerie bruxelloise
"Notre objectif était de racheter le Métropole"
"Nous avons investi trop d'heures de travail pour être écartés comme ça, deux ans avant l'ouverture", souffle Falco. "Une action judiciaire va être introduite, mais le propriétaire fait ce qu'il veut", reconnaît-il. "Nous savions que nous nous exposions à des gros risques [en travaillant avec un tel acteur], mais Lone Star avait une réputation de rigueur et de sérieux en France. Ce n'est pas le cas", tempête-t-il.
Lone Star Funds est une entreprise de private equity basée au Texas, qui investit dans des entreprises non cotées, du crédit, et de l'immobilier. Son portefeuille d'investissements immobiliers est estimé à 177 milliards de dollars au prix d'achat des actifs, y compris les participations minoritaires, d'après son site internet.
"Lone Star va revendre l'hôtel vers 2027, ils ne vont pas le garder", pointe Jean-Bernard Falco. "Notre objectif était de racheter le Métropole à ce moment-là pour le garder dans notre patrimoine familial", raconte-t-il. En étant mis sur le banc de touche, Centaurus passe donc à côté d'honoraires de gestionnaire, mais loupe aussi de potentiels revenus à long terme, dans l'hypothèse d'un rachat du bâtiment.
Si des discussions sont bien en cours avec IHG pour l'utilisation d'une des marques du groupe coté anglais, il ne serait pas question qu'il assure la gestion quotidienne de l'hôtel.
Vers une arrivée de la marque haut de gamme Kimpton
Qu'est-ce qui motive la rupture de ce contrat? Chez Centaurus, on estime sans certitude que Lone Star pourrait chercher à réduire ses coûts. "Nous devions travailler avec (une franchise de, NDLR) la marque Kimpton, une marque très haut de gamme, très portée sur le patrimoine du groupe hôtelier InterContinental Hotels Group (IHG), dont le Métropole aurait été la première implémentation en Belgique", pose Jean-Bernard Falco. "Le franchiseur pourrait récupérer la gestion de l'hôtel, ce qui permettrait à Lone Star de réduire ses honoraires en ayant un partenaire unique pour assurer à la fois la gestion quotidienne de l'hôtel et son marketing."
Cette piste d'explication est cependant niée par notre source proche du propriétaire. Si des discussions sont bien en cours avec IHG pour l'utilisation d'une des marques du groupe coté anglais, il ne serait pas question qu'il assure la gestion quotidienne de l'hôtel.
Pour les hôtels bruxellois, le retour de l'attractivité ne rime pas avec la rentabilité
Des conséquences sur le chantier de rénovation?
Dans le monde de l'hôtellerie, bon nombre de marques opèrent via des franchises, sans détenir les murs des hôtels. Propriétaires des bâtiments, gestionnaires et marques doivent se retrouver dans la même chaîne de valeur. Ces rôles peuvent être répartis entre un, deux, ou trois acteurs différents. Trouver la bonne marque pour une adresse donnée est un enjeu crucial qui doit permettre à l'hôtel d'attirer des clients de partout dans le monde et d'atteindre un bon taux de remplissage. Ce choix prend en compte le pouvoir d'attraction des différents programmes de fidélité des géants mondiaux de l'hôtellerie, une variable centrale au succès d'un hôtel, confirment différents connaisseurs du secteur.
Du reste, cette bataille judiciaire ne devrait pas avoir de conséquence sur le chantier de rénovation. "Les travaux qu'il reste sont des travaux de finition, qui ne nécessitent plus autant de supervision que ce que nous avons fait pendant trois ans", assure Jean-Bernard Falco. D'après lui, l'hôtel, dont la réouverture avait dans un premier temps été annoncée pour 2025, devrait finalement ouvrir ses portes courant 2027. Dans l'entourage du propriétaire, on évoque plutôt la fin 2026 pour que les Bruxellois et les visiteurs puissent, à nouveau, profiter de l'établissement, ouvert pour la première fois à la fin du XIXᵉ.

