Quand les Hyérois assisteront-ils à la disparition de cette verrue portuaire de Saint-Pierre ? L’ancien Yacht Club, géré alors par un délégataire qui a accueilli à sa table, il y a plus de trente ans, de célèbres navigateurs comme Philippe Poupon, a sombré depuis des années. Taggué et muré pour éviter le squat, ce bâtiment communal emblématique déserté de toute activité à l’entrée stratégique du port Saint-Pierre attend une renaissance depuis le 18 avril 2019. C’est la date à laquelle la ville a délivré à la SARL Les Voiliers un permis de construire après démolition.

Un projet d’hôtel 4 étoiles avec restaurant et boutiques

Le but était de bâtir un hôtel quatre étoiles sur six niveaux avec un restaurant en rez-de-chaussée, salle de réunion et boutiques. Le projet portait sur 80 chambres d’hôtel et 29 appartements deux pièces, un rooftop sur le toit avec un parc de stationnement en sous-sol.

Mais le projet n’est toujours pas près de lever l’ancre. La raison ? Il est au cœur d’une bataille juridique engagée, depuis bientôt sept ans, par quatre particuliers (1). Opposés au permis de construire initial qui autorise notamment un bâtiment rehaussé à 20 m contre 13,50 m environ – « une hauteur conforme au plan local d’urbanisme », tient à préciser le promoteur immobilier –, ils sont allés jusqu’à se pourvoir en cassation auprès du Conseil d’Etat. Et ce, après le rejet de leur appel à Marseille le 20 juin 2024.

Des usagers du port et des commerçants, las de cohabiter avec la friche urbaine qui les pénalise, espéraient en finir avec cette valse des recours dans laquelle ils s’emmêlent les pas. Mais l’espoir a été de courte durée. La décision des juges du fond du Conseil d’Etat, le 21 novembre 2025, d’annuler l’arrêt de la cour administrative d’appel de Marseille, et de renvoyer l’affaire, rebat une fois encore les cartes.

Une omission de la cour d’appel à statuer sur un point

« Les juges du fond ont considéré que l’arrêt de la cour administrative d’appel n’a pas répondu sur un point qui était soulevé : le permis initial méconnaissait un article sur les espaces libres devant être traités comme espaces verts en pleine terre », précise le maire. Pour Jean-Pierre Giran, cela pose deux problèmes. « Le premier est que le Conseil d’État annule alors que c’est la Justice qui a fait une faute. Il reproche à la cour administrative d’appel de Marseille de ne pas avoir étudié ce sujet-là. Le deuxième problème que cela pose, c’est que nous ne sommes pas concernés, s’agace-t-il. Tout espace libre doit être en pleine terre. Or cela ne concerne pas le terrain concerné parce que nous n’avons d’espace libre. Tout est bâti. »

Résultat : l’affaire est renvoyée devant la cour administrative d’appel de Marseille. Soit quatre ans après que la commune a délivré un permis modificatif à la SARL Les Voiliers sur deux points soulevés, deux ans plus tôt par le TA de Toulon.

« Le tribunal administratif de Toulon a validé le permis sauf sur deux points », précise le maire. Cela concernait les plantations qui ne répondaient pas aux exigences du code de l’urbanisme (sept arbres au lieu des huit plantés), et le raccordement au réseau d’électricité (il faut deux transformateurs au lieu d’un, Ndlr).

Et maintenant ? La crainte est de voir « retarder un projet d’intérêt général, et fondamental pour l’animation du port, insiste Jean-Pierre Giran. Je suis profondément irrité et scandalisé par ces jugements et cet acharnement qui hypothèque des dossiers d’intérêt général », s’agace-t-il.

« C’est du gâchis », déplore cette résidente du port, craignant que la bataille juridique ne dure encore quelques années.

1. Contacté, le cabinet d’avocat des requérants n’a pas donné suite.

SARL Les Voiliers : Nous ne lâchons rien

Le renvoi devant la cour administrative d’appel de Marseille qui « était favorable en 2024 à la ville et à la SARL » laisse un goût amer au promoteur. « Notre législation autorise à faire un recours. Nous ne sommes pas là à reprocher à ce requérant d’utiliser ce droit-là si ce bâtiment ne lui plaît pas du point de vue architecture, hauteur, etc., précise Dominique Cananzi. Mais comment des juges au Conseil d’État peuvent refuser un dossier où il y a à peu près une trentaine à quarante millions d’euros d’investissement, une trentaine d’emplois, etc.? »

« Cela freine et pénalise le commerce »

Alors qu’il ne dispose toujours pas d’un permis purgé de tout recours, le promoteur immobilier ne minimise pas, depuis 2019, l’impact financier. L’impact est notamment fiscal tant pour le promoteur que pour l’État. « Au-delà du coût, il y a aussi l’évolution du tourisme. L’hôtel tel qu’il a été dessiné, il y a sept-huit ans, a évolué », rappelle Dominique Cananzi.

C’est tout « un développement économique intelligent qui est freiné et pénalise le commerce, déplore Laurence Cananzi, responsable de l’hôtel Les Mèdes à Porquerolles. Nous sommes sur un produit qualitatif et non sur un tourisme de masse. Il y a une vraie demande pour du 4 étoiles. » Le « côté magique de Hyères et de ses îles, un des plus beaux endroits de la France, du Sud », s’enthousiasme Dominique Cananzi, cela conforte le projet portant la signature architecturale de Rudy Ricciotti. À ce jour, « nous ne lâchons rien », insiste Dominique Cananzi.