Au XIXe siècle le moulin de Quinard à Saint-Jouan-des-Guérets (Ille-et-Vilaine), est le plus grand moulin à marée de la Rance. Mais en 1925, il ne parvient pas à rivaliser avec les minoteries industrielles et cesse toute activité. Aujourd’hui en ruine, le pignon de la façade s’est écroulé en février 2024, ce qui fragilise l’ensemble de la structure. Pour le moment ce patrimoine reste en danger et les rénovations sont au point mort puisque le moulin n’appartient intégralement ni à l’État ni à la commune. Justine Becquart, diplômée de l’École Bleue, n’a pourtant pas hésité à en faire son projet d’architecture pour lui redonner vie.

Comment vous est venu le projet ?

C’est un peu le fruit du hasard. Je suis saisonnière ici l’été et je sillonne souvent la côte le week-end et un jour je suis tombée sur ce bâtiment. Je cherchais un projet pour mon diplôme à l’École Bleue et j’ai eu un coup de cœur pour ce lieu. Alors ensuite j’ai passé plusieurs mois à faire des recherches, notamment aux archives de Rennes, pour comprendre son histoire et son identité. C’est son charme, le paysage autour et le fait qu’il soit aussi imposant qui m’a inspirée.

La maquette du moulin hôtelier de Quinard | OUEST-FRANCE

Dans cette projection, que devient le moulin de Quinard ?

Ce serait un moulin hôtelier de onze chambres sur le thème du sarrasin, avec un bar, un restaurant et une boutique. Au rez-de-chaussée et au premier niveau ce serait des espaces publics avec un coin lecture et une terrasse. Côté terre, j’ai imaginé des champs de sarrasin. Et côté mer, j’ai réalisé un espace nautique. Les clients de l’hôtel pourraient sortir directement sur la Rance en paddle ou en kayak. Le but c’est de laisser entrer l’eau et la verdure à l’intérieur du moulin pour qu’il n’y ait plus de limites entre l’intérieur et l’extérieur.

Comment sont préservés son identité et son patrimoine ?

J’ai souhaité conserver la partie la plus ancienne, la minoterie, et remettre ses machines en service pour proposer aux clients une visite du moulin. J’ai d’ailleurs choisi le nom de « moulin hôtelier » pour mettre l’accent sur l’aspect manuel et historique. J’ai aussi choisi le sarrasin comme thème parce que c’est une manière de rendre hommage à son passé, même si auparavant c’était un moulin de blé. Pour l’aménagement intérieur, j’ai utilisé un dégradé vert d’eau qui rappelle la côte d’émeraude et le marron, lui, rappelle le lien entre la terre et la mer qui caractérise la région.

Quelle atmosphère vous vouliez créer ?

Je voulais créer une ambiance champêtre, où chacun se sentirait comme chez soi. L’idée est de proposer une expérience authentique, ancrée dans le territoire. L’hôtel est conçu comme un point d’arrêt, pour les voyageurs et les habitants, qu’ils arrivent à pied, en voiture ou par la mer.