Des images diffusées sur les chaînes de télévision bulgares témoignent de l’ampleur du désastre : des voitures emportées par les flots, des routes coupées, des ponts endommagés et de nombreux hôtels et quartiers d’habitations couverts de boue et d’ordures. Depuis le 3 octobre, des crues provoquées par des pluies torrentielles ont coûté la vie à quatre personnes en Bulgarie, dans un village de vacances situé à Elénité, au bord de la mer Noire, et causé des dégâts considérables sur toute la côte sud. Lundi 6 octobre, la pluie a repris et les autorités ont décidé de prolonger l’état d’urgence à Tsarevo, au sud de Bourgas − le principal port de la région −, où les résidents des zones inondables et les touristes ont été invités à quitter leur domicile jusqu’à jeudi soir, informe la radio nationale BNR.
Mais c’est dans le village de vacances Elénité, connu pour ses hôtels et résidences pour touristes flambant neufs, que la situation est la plus dramatique. C’est ici qu’ont perdu la vie les quatre victimes de ces crues : un policier en service, un conducteur de tractopelle participant aux travaux de déblayage, un ouvrier du bâtiment et une touriste russe, rappelle le service en langue bulgare de Radio Free Europe-Radio Liberty (RFE-RL). Et de poursuivre :
“Toutes ces personnes se trouvaient à un endroit où, selon la loi, il n’y aurait pas dû avoir de constructions. Malgré cela, des hôtels, des parkings, des piscines, des terrains de sport et même un parc aquatique y ont été construits au fil des ans.”
Ce constat est partagé par la plupart des médias indépendants bulgares. Les pluies qui s’abattent sur le pays depuis vendredi sont d’une violence exceptionnelle, certes, mais les dégâts qu’elles causent sont surtout le résultat de la frénésie de construction sur le littoral de la mer Noire, le plus souvent au mépris des lois et des avertissements des écologistes.
“Bêtise et cupidité humaines”
“Le village de vacances Elénité est le paroxysme de la bêtise et de la cupidité humaines”, affirme le professeur Stelian Dimitrov, directeur du Centre national de recherche et de technologie géospatiale de l’université de Sofia, cité par le quotidien en ligne Sega. Ici, selon les écologistes, hôtels et habitations pour touristes ont poussé comme des champignons dans le lit d’une rivière, littéralement recouverte de béton. “La rivière Drachtela est répertoriée à la fois dans le cadastre et dans le plan de gestion des bassins fluviaux de la mer Noire. En comparant les images satellite, on constate qu’en 2010 de nombreux hôtels et villas ont été construits sur des terrains où coulait auparavant la rivière”, affirme le journal en ligne Club Z. Le 3 octobre, le ministre de l’Environnement et de l’Eau, Manol Guénov (issu des rangs du Parti socialiste bulgare), affirmait pourtant lors d’une conférence de presse qu’“aucune rivière ne passait” par la Elénité, rappelle Club Z.
Pour la radio RFE-RL, le “bétonnage” et les constructions illégales à Elénité ont commencé à partir de 2003. La rivière, ou ce qu’il en restait, est devenue souterraine alors qu’il s’agit du seul moyen pour l’eau de rejoindre la mer. Puis les hôtels de luxe ont poussé dessus, alors que la loi interdit formellement de vendre, et a fortiori de construire sur des cours d’eau appartenant à l’État. Pour Toma Belev, coprésident du Mouvement vert bulgare et ancien vice-ministre de l’Environnement et de l’Eau, pas de doute : “Pour que cela arrive, il y a eu de la corruption. Puis quelqu’un a fermé les yeux.”

