Cela faisait longtemps qu’Adrien Gloaguen avait des vues sur le Luxia. Le fondateur de la marque hôtelière Touriste, déjà aux manettes des Deux Gares, de Panache ou de Bienvenue à Paris, avait flashé sur la façade particulière du bâtiment, un mélange singulier d’Art déco et d’Art nouveau, autant que sur son emplacement, au pied de la butte Montmartre et à quelques pas du funiculaire. Septième établissement du groupe, le Luxia s’inscrit dans la continuité d’une approche désormais bien établie : imaginer des adresses à taille humaine, ancrées dans leur quartier, où le décor et l’atmosphère participent pleinement de l’expérience du séjour.
Pour ce projet, dont l’ouverture est prévue en juin, Adrien Gloaguen a choisi de réitérer sa collaboration avec Necchi Architecture, déjà à l’origine de l’hôtel Château d’Eau. « J’avais adoré travailler avec eux et les observer créer quelque chose de très nouveau, qui changeait vraiment de ce que l’on voyait à Paris », explique-t-il. Le duo soumet alors une proposition radicalement différente. « L’intention n’était pas de concevoir une annexe, mais d’écrire une nouvelle page, avec un langage propre, précisent Alexis Lamesta et Charlotte Albert, les fondateurs du studio. Nous ne voulions surtout pas tomber dans un imaginaire trop attendu de Montmartre. » Les architectes développent une écriture nourrie de références au style des nineties, entre minimalisme sensuel et sophistication feutrée. Leur moodboard contribue à esquisser un univers où se mêlent les premiers hôtels de Philippe Starck, l’épure de Calvin Klein et les intérieurs de Terence Conran, tandis que l’identité visuelle du lieu a été confiée à Rafael Prieto de Savvy Studio.
Le projet s’ancre d’abord dans les chambres, où le liège est utilisé en damier sur les murs et les plafonds, pour devenir un élément signature. « Au départ, c’est une réponse très concrète à une problématique acoustique, expliquent les deux architectes. C’est une matière que nous aimons, un peu désuète, presque modeste, mais qui devient graphique. » Autour de cette enveloppe, une palette de couleurs et de matériaux volontairement resserrée — sycomore clair, bois technique teinté, murs légèrement rosés… — compose des écrins enveloppants.
Dans les chambres du Luxia, Alexis Lamesta et Charlotte Albert, cofondateurs de Necchi Architecture, ont orné les plafonds de liège posé en damier, associé à du mobilier épuré.
En contrepoint, les espaces communs déploient une tout autre atmosphère. Le lobby et la salle de petit déjeuner arborent des tonalités douces, inspirées des premiers boutiques-hôtels des années 1990 et des grandes signatures hôtelières de l’époque. Dans l’un des salons, une estrade circulaire fait office de canapé et rappelle les assises intégrées à l’architecture, courantes dans les années 1970. À mi-chemin entre salon et scène, elle est tapissée de coussins et invite à s’y installer pour boire un verre, écouter de la musique ou simplement s’attarder. « L’idée était de créer un endroit où l’on puisse se poser autrement, presque allongé, dans une forme de convivialité très libre », commente Adrien Gloaguen. Quant au spa, il s’inspire des anciens bains parisiens et dévoile un tout autre registre, plus sombre et presque cinématographique – complété par un bassin, atout rare dans le quartier.
Comme pour toutes les adresses Touriste, l’aménagement dépasse la simple question décorative. Chaque lieu surprend par son cadre : les clients apprécient d’ailleurs de poser leurs valises dans un endroit qui ne ressemble pas à leur intérieur. Le Luxia prolonge ainsi la vision de l’hôtellerie d’Adrien Gloaguen, où l’on vient autant séjourner qu’habiter la ville autrement. Jamais à court de clins d’oeil, l’entrepreneur a mandaté l’artiste américain Noah Verrier pour imaginer une toile inédite, dans le sillage de ses peintures à l’huile inspirées des natures mortes, mêlant objets du quotidien et références populaires. French touch oblige, elle reprendra des icônes parisiennes. Rendez-vous est pris pour venir l’admirer in situ.

