« Mon accent rappelle Jane Birkin, mais je vous assure que mon entreprise est bien française, girondine même. » Le très british Simon Crabbe, originaire d’Angleterre, tient en effet à insister sur l’identité territoriale de son entreprise spécialiste de l’hôtellerie de plein air, Siblu, qu’il dirige depuis 2016. Avec un siège social basé à Pessac (en Gironde, donc), elle affiche un développement dynamique depuis le Sud-Ouest de l’Hexagone. Elle compte 43 adresses, dont 29 en France, et a tout récemment inauguré de nouveaux campings en Allemagne et en Belgique. Son objectif ? Devenir le premier réseau européen de villages de loisirs de plein air. Et pour cela, elle se base sur un business model qui emprunte les codes de la résidence secondaire. « C’est du camping haut de gamme, avec un niveau de qualité de prestation élevé, mais qui reste accessible. Nous avons une clientèle qui peut en effet s’offrir facilement le produit grâce à plusieurs solutions de soutien financier », présente en premier lieu Simon Crabbe.
Rassembler les propriétaires en une grande famille
Le business model de Siblu est le suivant : un futur propriétaire achète un mobil home parmi le catalogue de l’entreprise. Puis il loue à l’année une parcelle sur le camping de son choix. Entre septembre et juin, il peut se rendre à son mobil home autant qu’il le souhaite, et l’utiliser comme s’il possédait une maison secondaire bien à lui. Durant la période estivale, il est invité à le mettre en location auprès d’autres vacanciers : cette somme bienvenue lui permet alors de rembourser la location annuelle de l’emplacement. « Le calcul est que, grâce à ce loyer estival, il couvrira le coût de son loyer annuel », assure le PDG. La formule de Siblu a trouvé ses adeptes puisque 95 % de ses emplacements sont occupés par de tels propriétaires (du nombre de 15 000 en tout). Les 5 % restants ? Des mobil-homes dont Siblu est propriétaire pour les mettre directement en location via des plateformes professionnelles. « Comme ils sont davantage destinés à être résidentiels, les mobil-homes possèdent un niveau d'équipement supérieur. Et les parcelles sont plus grandes. Les propriétaires souhaitent avoir leur espace, voire un petit jardin », argumente Simon Crabbe. Cette approche participe à l'identité de la marque. Elle fait toute la force du concept de Siblu. Aussi, l’entreprise tient à chouchouter ce public, à grand renfort d’animations dédiées et de rendez-vous ponctuels entre propriétaires : dégustation œnologique, ateliers créatifs, dîners thématiques, descente d’une rivière en kayak, cours de cuisine, etc. « Ce groupe d’activités permet à notre communauté de se retrouver, commente Simon Crabbe. Les voisins deviennent des amis. »
15 millions d’euros investis pour mieux gérer l’énergie
En 2024, Siblu a réalisé 310 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 (comprenant la vente de mobil-homes et les loyers de propriétaires), et annonce un objectif de 320 millions d’euros en 2025. Cependant, la direction n’a pas que le succès financier en ligne de mire et tient à avoir un impact sur la planète le plus minime possible. Et là encore, rien ne se fait en solitaire : elle veut mobiliser sa communauté en l’incitant à installer des panneaux photovoltaïques sur les toits des mobil-homes. « Notre objectif est de devenir 100 % autonomes dans notre utilisation de l’énergie, annonce le chef d’entreprise. Pour cela, nous déployons un programme sur 5 ans, où nous investirons 15 millions d'euros dans nos réseaux électriques. Les mobil-homes doivent devenir purement électriques et ne plus utiliser de gaz. » Un premier objectif est d’enregistrer moins 30 % d’émissions carbone par emplacement d’ici 2030. Pour mieux impliquer les propriétaires, Siblu leur propose une deuxième source de revenus : s'ils optent pour un panneau solaire, l’entreprise s’engage à les rémunérer à hauteur de 55 euros par mois pour l'énergie qu’ils produiront. « L'argent que nous aurons payé à l'EDF, nous préférons le distribuer à nos propriétaires pour obtenir une énergie 100 % propre, insiste Simon Crabbe. Les propriétaires de mobil-home ont 55 ans et plus, soit un âge où l’impact environnemental n’est pas toujours pleinement compris. C’est pourquoi il faut de la pédagogie et un argument financier… De plus, nous prouvons ainsi que nous pouvons marier les intérêts business et les intérêts écologiques. »
Cap vers le nord
Ces efforts, Siblu les poursuivra certainement sur ses nouveaux campings qui doivent faire l’objet d’importants investissements pour correspondre aux standards de la marque (l’entreprise ayant racheté des campings déjà existants) : elle s’apprête à débourser 1 million d’euros pour son parc en Allemagne et près de 5 millions pour les 6 nouvelles adresses en Belgique. « Nous appelons ça ‘l’harmonisation de la qualité’, car notre objectif est d'avoir la même qualité partout, dans tout le groupe, quel que soit le pays, mais toujours avec un sens, un parfum local », glisse Simon Crabbe. Siblu vise un objectif de 80 campings à horizon 2030, en France, Belgique, Allemagne et Hollande. Pourquoi le choix de ces 4 pays ? Déjà car le business model basé sur l’idée de « résidences secondaires » fonctionne mieux quand le propriétaire n’habite pas au-delà des trois heures de route du camping. Ensuite, parce que l’entreprise anticipe les effets du réchauffement climatique qui se font de plus en plus ressentir d’été en été. « Envisager un camping en Espagne ou en Italie, pour proposer des séjours dans un mobile-home à plus de 40 degrés, ce n'est pas notre démarche. Nous sommes ravis de nous développer là où le climat est plus favorable », avoue Simon Crabbe. L’entreprise girondine est prête à investir l’Europe du Nord.

