C’est cette filiale de la Socredo qui porte le projet de « Golf Temae Resort and Spa ». Un établissement de 120 chambres, 19 bungalows et 14 villas qui veut devenir le premier hôtel du pays adossé à un golf international et pourquoi pas « accueillir des événements internationaux » autour de ce sport. Mais il s’agit maintenant de confier les clés du projet à un privé. Un « groupe d’investisseurs polynésiens » s’est déjà positionné.

Le projet de construction du complexe hôtelier Golf Temae Resort and Spa sur le domaine du golf de Moorea, à Temae, se précise. Ce lundi, la commission de contrôle budgétaire et financier de l’Assemblée examinait la demande d’agrément, au titre du régime des grands investissements, portée par la SAS Océanienne de Développement Touristique (ODT), société qui exploite le golf de Temae depuis 2015 avec la volonté affichée d’y intégrer une offre touristique haut de gamme.

La SAS ODT fait partie de l’Océanienne de Capital Investissement, elle-même détenue par la banque Socredo. Le président de la SAS ODT n’est autre que Régis Chang, directeur général de la Socredo, et son directeur général est Vincent Fabre, le directeur général délégué de la banque à la feuille de ‘uru. « Depuis le départ, la Socredo a récupéré ce foncier, on a régularisé des choses », explique Régis Chang. « On a obtenu un permis de construire » en 2022, après trois longues années d’instruction qui ont notamment soulevé des « problématiques autour de l’eau potable que la mairie cherche à résoudre ».

« Maintenant, on a déposé un dossier aux grands investissements pour que les investisseurs qui vont se lancer dans la mise en œuvre du projet obtiennent les éléments financiers. » Après avoir obtenu l’avis favorable de la commission ce lundi, le montage financier du programme d’investissement se poursuit, en vue d’être cédé à des « investisseurs polynésiens qui sont intéressés pour acheter le domaine », c’est-à-dire reprendre le projet hôtelier en rachetant les parts d’ODT.

Un complexe hôtelier de 11,7 hectares

Dans la note de synthèse présentée à l’assemblée, la SAS ODT a argumenté que son projet d’hôtel adossé à un golf de renommée internationale constitue une « innovation » au fenua, en créant « un segment inexistant jusqu’à présent ». Il sera construit en bord de mer, avec 500 mètres de linéaire de plage, sur une zone de 11,7 hectares située à Teavaro, à cheval sur des parcelles louées et d’autres appartenant à ODT.

Au total, le domaine du golf s’étend sur une superficie de 171 hectares, dont 89 accueillent depuis 2007 le parcours 18 trous de niveau international. Après construction de l’hôtel, il restera encore trois zones disponibles en plaine et en montagne, d’une surface totale de 15 hectares, « destinées à la réalisation de programmes immobiliers ».

Le projet hôtelier tel que présenté dans le permis de construire consiste en un complexe de « 4 ou 5 étoiles » de 153 clés « comprenant 15 bâtiments en R+1 de 8 chambres de 45 m2 chacun, 19 bungalows d’une superficie habitable de 60 m2 dont 6 seront situés sur la lagune intérieure, 14 villas d’une chambre chacune avec une piscine privée d’une superficie habitable de 117 m2″, ainsi que trois restaurants (dont un gastronomique et un autre sur la plage), trois bars, une salle de banquet, un Spa, une salle de fitness, un club enfants, une piscine, une boutique et un salon de coiffure, le tout disposé autour d’une lagune interdite à la baignade. Tout ceci sous réserve de modifications par les repreneurs, qui pourront toujours demander un avenant au permis de construire pour en modifier les plans.

Une clientèle « fortunée » visée, avec un prix moyen de 75 000 francs la nuitée

L’hôtel se positionne en concurrence des autres établissements de luxe de l’île sœur, à savoir le Hilton, seul établissement à disposer de 5 étoiles à ce jour à Moorea, ainsi que les quatre étoiles Sofitel et Manava. Si l’hôtel Golf Temae Resort and Spa avait d’abord été présenté en tant que 5 étoiles, il semble aujourd’hui s’orienter vers un 4 étoiles au vu des recommandations de reclassification qui ont été faites.

Cinq étoiles, c’était « pour donner une idée aux investisseurs en termes de taille, de projet, de nombre de nuitées, mais le positionnement idéal, quand on regarde l’offre existante, c’est plutôt un 4 étoiles qui est suggéré par les experts, comme on n’a pas de bungalows sur pilotis sur l’eau. Après, si les investisseurs veulent faire autre chose, ils feront autre chose. Ça pose le principe du projet mais ensuite, les investisseurs finaliseront le dossier. »

À son ouverture, une nuitée au Golf Temae Resort and Spa est actuellement estimée au tarif moyen de 75 400 francs, alors que les hôtels précédemment cités affichaient quant à eux en 2024 une moyenne de 63 327 francs HT par nuit. La clientèle ciblée par le nouvel établissement est donc « fortunée, en quête de luxe et de pratique de golf ».

Près de 15 milliards de francs de travaux

Le projet d’investissement présenté ce lundi s’élève à 17 milliards de francs, dont 14,3 pour les travaux de construction, le reste se répartissant entre les études (2 milliards de francs) et les biens mobiliers (638 millions de francs). L’apport de la défiscalisation se monterait à 3,5 milliards de francs et les emprunts bancaires à 11,5 milliards, auxquels s’ajoutent 1 milliard de fonds propres et 900 millions « d’autres ressources », provenant d’institutionnels.

Pour appuyer sa demande d’agrément aux mesures d’incitations fiscales à l’investissement, la SAS ODT a déclaré « s’inscrire pleinement » dans la nouvelle stratégie touristique 2023-2027 du Pays, en participant à « la promotion touristique de la destination » et en « renforçant l’offre » auprès d’une certaine catégorie de clients. Sa situation géographique pourra également permettre « d’accueillir et d’organiser des événements internationaux autour du golf ». Tout cela en veillant à « limiter l’impact environnemental » de l’hôtel : « La forêt de veloutier vert (Naupata) sera conservée dans son état naturel afin de réduire l’érosion, tout comme les autres espèces endémiques telles que le bois matelot (Miki Miki) et le romarin bord de mer (Kokuru). Les espèces végétales invasives présentes sur le site seront abattues et leurs bois seront transformés en lambris, panneaux décoratifs, parquets et charpentes. »

La société insiste également sur le fait que, pendant les travaux, « entre 250 et 300 emplois seront mobilisés », puis « 170 emplois directs seront créés pour l’exploitation de l’hôtel ». La note de synthèse ajoute que « l’exploitation de ce futur hôtel apportera un regain d’activités dans cette partie de l’île en faisant appel à des entreprises locales pour ses approvisionnements, les excursions, les activités artisanales et les transports des clients ».

Si les démarches se poursuivent avec la signature prochaine d’un compromis de vente, les travaux pourraient démarrer « idéalement en 2027 ou 2028″, selon Régis Chang.