« Je pense que [le ministre de la Culture, Mathieu Lacombe] a complètement manqué le bateau. Peut-être qu’il était en vacances, mais il aurait pu en faire plus », a déclaré le PDG de la société immobilière Devcore, Jean-Pierre Poulin.
Ce dernier avait convoqué la presse lundi matin pour annoncer l’échec de la candidature de son groupe qui souhaitait investir jusqu’à 150 millions dans le complexe du Château Montebello dans les prochaines années.
Outre Michael Andlauer, le groupe comptait parmi ses rangs le PDG du Groupe Nordik et propriétaire de nombreux spas, Martin Paquette, et deux jeunes investisseurs de la région de Gatineau, Edouard Wakim et Charles-Antoine Halle.
Leur candidature n’a toutefois pas été retenue par le séquestre PricewaterhouseCoopers (PwC) au terme d’un processus d’enchère qui s’est conclu la semaine dernière.
La firme présidait la destinée du plus grand bâtiment en bois rond au monde depuis novembre dernier à la suite de la faillite du propriétaire précédent, une filiale du géant chinois Evergrande, victime collatérale de l’effondrement du secteur immobilier dans l’Empire du Milieu.
Le narratif local
Selon le groupe de Michael Andlauer, PwC les avait informés dans les derniers jours qu’ils faisaient partie d’un petit groupe « de deux ou trois » repreneurs potentiels aux offres « quasiment à ex aequo ».
« Notre narratif local, le soutien de la population et des institutions derrière nous allaient probablement faire la différence, chose qui n’a malheureusement pas été le cas », a expliqué Edouard Wakin, lundi.
Le ministre Mathieu Lacombe, qui représente le comté de Papineau, où se situe le Château Montebello, aurait limité son appui au groupe à une simple lettre, déplorent-ils. Jean-Pierre Poulin aurait plutôt souhaité une intervention plus musclée du gouvernement Fréchette, à l’image de l’appui de l’ancien gouvernement de Lucien Bouchard et de la Caisse de dépôt et placement du Québec à Québecor dans son rachat de Vidéotron en 2000.
Sans préciser l’identité du nouveau propriétaire, Jean-Pierre Poulin a affirmé qu’il possédait des bureaux au Texas, aux États-Unis, et à Dubaï, aux Émirats arabes unis. « On ne sait pas s’ils paient des impôts au Canada », a-t-il affirmé.
« Ce qu’on s’est fait dire, c’est que le prix aurait fait une petite différence. On avait de grandes ambitions, de grands plans, donc ce serait pour une autre fois et pas pour le Château », a-t-il ajouté, aux côtés de ses associés dans le projet.
Le ministre réagit
Se disant lui aussi « déçu » par la tournure des évènements, le ministre Mathieu Lacombe affirme qu’il aurait lui aussi souhaité que le Château Montebello soit acquis par des intérêts québécois. « Cela demeure toutefois une transaction privée », nuance-t-il toutefois dans une déclaration transmise par son cabinet.
Le ministre de la Culture Mathieu Lacombe
« Maintenant, en tant que député de Papineau et ministre de la Culture, mon objectif sera de m’assurer que le Château – qui fait partie de notre histoire – soit préservé et convenablement entretenu », conclut-il.
Le groupe Andlauer avait fait connaître son intention de conserver le groupe hôtelier Fairmont Hotels & Resorts comme gestionnaires du fameux hôtel situé en bordure de la rivière des Outaouais, ce qui n’était pas dans les plans d’un groupe de repreneurs québécois potentiels comprenant l’homme d’affaires Patrick Varin.
Après avoir appartenu au Canadien Pacifique, dont le siège social se trouvait alors à Montréal, le Château Montebello a successivement été la propriété de Fairmont (Paris), puis d’Oxford Properties (Toronto), avant de passer aux mains d’Evergrande.

