Dans les années 1960, le gouvernement mise sur le développement du tourisme aérien et imagine la création de 150 relais air-route à travers la France. Les pilotes doivent pouvoir y trouver une assistance mécanique, faire le plein, se restaurer et dormir. Mais très peu de ces projets voient finalement le jour.

Un témoin unique de l’histoire aérienne

"Il y en a eu quatre qui ont été construits sur absolument le même modèle. Ne reste, en état de fonctionnement dans la structure d'origine, que le nôtre, celui d'Abbeville”, raconte Françoise Stockeel, secrétaire générale de l’aérodrome. Inauguré en 1965, l’édifice est resté inchangé : "L'architecture est restée la même”, souligne-t-elle avec fierté.

Un voyage dans le temps

Découvrir le motel-restaurant d’Abbeville, c’est plonger dans un décor de film américain. “C'est ce qui fait tout le charme de l'aérodrome”, estime Romain Fecamp, employé polyvalent. Selon lui, la magie opère chaque matin : "Les gens aiment bien se lever avec une vue sur l'aérodrome, avec les paramoteurs, les ULM qui volent, les sauts en parachute… Ils sont époustouflés et ravis”

Dix ans de difficultés

Mais derrière cette image de carte postale, la réalité économique est plus rude. Depuis une dizaine d’années, les coups durs se multiplient : la pandémie, une piste nécessitant une réfection très coûteuse et, surtout, la perte du statut de point de passage frontalier en 2016. “Les étrangers, hormis ceux qui sont dans l'espace Schengen, ne peuvent plus dédouaner”, explique Jean-Jacques Monvoisin, directeur de l’aérodrome. "Ils sont obligés d’aller sur un terrain comme Beauvais, Albert ou Le Touquet. Et forcément, s’ils descendent dans le sud, ils ne vont pas refaire une halte à Abbeville. De ce fait, on a perdu énormément d’avions.”

Une fréquentation en chute libre

En quelques années, la fréquentation de l’aérodrome a diminué de plus de 50 %, entraînant une baisse d’activité significative pour le motel-restaurant. Pourtant, le charme du lieu séduit encore de nombreux visiteurs. Joke Den Hollander, touriste venue des Pays-Bas, se souvient de sa première impression : "Mon mari a choisi l'hôtel, et quand nous sommes arrivés, j'ai dit : oh, c'est comme les États-Unis !”