Vendredi, une femme de 26 ans a abordé une passante pour solliciter de l’aide. Celle-ci l’a dirigée vers le Centre fédéral d'asile de Bâle. Selon le Ministère public bâlois, elle a déclaré être victime de traite d'êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle.
«La traite des êtres humains est un crime caché», explique Stephan Fuchs, responsable de la permanence Victras, spécialisée dans l’accompagnement des victimes de violence et d’exploitation. Selon lui, seules quelques dizaines de cas par an apparaissent dans les statistiques officielles. C'est bien moins que la réalité. «Lors de leurs contrôles, les policiers tombent sur beaucoup de situations suspectes. Mais la peur empêche généralement les femmes de parler, surtout quand l’exploitation vient du cercle familial. Certaines refusent de témoigner contre des oncles ou des cousins.»

Bâle, la plaque tournante

La proximité avec les frontières rend Bâle particulièrement attractive pour les trafiquants. Et la police locale adopte une approche discrète: patrouilles féminines en civil, contacts réguliers avec les femmes concernées et dialogue sans brandir immédiatement la loi sur l'immigration. Une attitude essentielle selon Stephan Fuchs, car nombre de victimes craignent une expulsion. Les personnes exploitées viennent de diverses régions du monde: Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Nigeria, Cameroun, Brésil, Colombie, Chine ou Thaïlande. Toutes sont vulnérables à cause de la pauvreté et des fausses promesses de travail.

Des faux jobs pour appâter les victimes

Parmi les méthodes des trafiquants, la plus connue reste celle du «Loverboy». Un homme séduit la jeune femme en lui promettant un avenir commun. Arrivée en Suisse, elle découvre qu’elle doit se prostituer pour «payer» cet avenir. D’autres sont attirées par de prétendus emplois dans l’hôtellerie ou le nettoyage. Souvent, les familles restées au pays sont menacées, ou de lourds montants fictifs, parfois jusqu’à 90’000 francs, leur sont imposés pour la traversée.
«Beaucoup de femmes ne parlent pas la langue, ne savent pas lire ni écrire, encore moins comprendre des textes juridiques», souligne Stephan Fuchs. Cette barrière les empêche d’accéder à l’aide disponible.

Appel à un «réseau national»

Les trafiquants agissent parfois en cercles familiaux, mais aussi au sein de réseaux criminels organisés, avec appartements de repli et flux financiers opaques. Les enquêtes nécessitent une coopération internationale qui n’est pas toujours efficace. Le système fédéral complique aussi la lutte: «Chaque canton a ses moyens et ses procédures. On se retrouve avec 26 façons différentes de traiter la traite des êtres humains. Cela devrait être organisé de manière nationale», critique Stephan Fuchs.

Témoin, victime ou auteur·e de violence?

Police: 117
Urgences médicales: 144
La Main Tendue (adultes): 143
Pro Juventute (jeunes): 147
Aide aux victimes LAVI

Violencequefaire (anonyme et gratuit, réponse dans les 3 jours)