Une mobilisation rare dans l'hôtellerie de luxe à Nîmes, dans le Gard. Ce dimanche matin, les clients de l'hôtel 5 étoiles Maison Albar L'Imperator ont trouvé porte close. Les 15 femmes de chambre de l'établissement ont arrêté le travail. Elles se sont rassemblées devant l'entrée pour dénoncer leurs conditions de travail.

30 minutes par chambre et des cadences trop lourdes

Un soutien de poids s'est joint au mouvement. Leur propre manager, Nicolas Viala, gouvernant général de l'hôtel, a décidé de débrayer avec elles. Il affirme avoir alerté sa hiérarchie à plusieurs reprises par mail et de vive voix sur le manque de personnel. Pour lui, la situation n'est plus tenable. "Si je n'ai pas mon équipe, je ne suis rien", explique-t-il.

La principale revendication concerne la charge de travail au quotidien. La direction demande d'effectuer le ménage d'une chambre en 30 minutes maximum. Le nettoyage complet d'une suite prend en réalité entre 45 et 50 minutes. La réception réclame les chambres dès 11 heures du matin pour préparer les arrivées de 15 heures.

Ikram Ouadeh travaille comme femme de chambre dans l'établissement depuis cinq ans. Elle doit gérer entre 12 et 13 chambres par jour, souvent seule. "Ils veulent la qualité, mais ils veulent nous donner beaucoup de chambres", explique la jeune femme de 27 ans. "On est que des humains, on a deux mains et deux pieds."

Fatigue physique et manque de reconnaissance

Cette pression quotidienne impacte la santé des équipes. Plusieurs salariées racontent avoir perdu du poids en raison de pauses repas sautées ou trop courtes. Les repas fournis par l'établissement sont jugés insuffisants par le personnel. Beaucoup apportent désormais leur propre nourriture. En fin de journée, la fatigue accumulée empiète sur la vie personnelle et le repos.

"Il n'y a pas de revalorisation de salaire, pas de motivation, pas de reconnaissance."

Ikram Ouadeh - Femme de chambre à L'Imperator

À cette pénibilité s'ajoute un sentiment d'abandon. Diplômée infirmière au Maroc, Ikram Ouadeh a sollicité le financement d'une formation de gouvernante pour évoluer au sein de l'hôtel. Elle n'a obtenu aucune réponse de sa hiérarchie après cinq ans de service.

Pénurie de linge et factures de fournisseurs impayées

Le matériel de travail pose également problème. Nicolas Viala indique avoir dû financer lui-même des tenues pour certaines salariées. Les approvisionnements manquent régulièrement dans les étages. Les fournisseurs bloquent parfois les livraisons en raison de factures non payées par l'établissement.

La situation handicape le fonctionnement de l'hôtel en pleine haute saison. Ce samedi encore, la blanchisserie a suspendu ses livraisons de linge propre. "Le fournisseur m'a dit qu'il n'avait pas été réglé, donc stop, arrêt du linge", confirme le gouvernant général. Le responsable explique devoir parfois acheter du papier toilette par ses propres moyens pour dépanner.

Chariots de 100 kilos et vestiaires mixtes

Le syndicat CGT accompagne la mobilisation sur place. Son délégué, David Goslin, pointe l'écart entre le prestige de la façade et la réalité du travail en coulisses. Il signale que les femmes de chambre doivent manipuler seules des chariots de 100 kilos dans les escaliers.

"Dans un hôtel 5 étoiles, on voit toujours le côté brillant, mais l'arrière-boutique, c'est la mine."

David Goslin - Délégué syndical CGT à L'Imperator

La CGT dénonce aussi des règles d'hygiène et de sécurité non respectées. Les vestiaires du personnel sont actuellement mixtes, ce qui est contraire au Code du travail. Une procédure est engagée auprès de l'Inspection du travail concernant les salaires, le paiement des heures supplémentaires et la sécurité sur le site. Des discussions doivent s'ouvrir dans les prochaines semaines pour traiter les revendications du personnel. Contactée, la direction de l'hôtel n'a pas souhaité répondre à nos sollicitations.