Le voyage étant un secteur en constante réinvention, il n’est guère surprenant que Neil Jacobs, figure de proue de l’hôtellerie, s’attelle à un nouveau projet visionnaire. Pionnier de l’hôtellerie, il a passé plus de dix ans à transformer la vision du luxe chez Six Senses, en y insufflant durabilité, authenticité et ancrage local. Aujourd’hui, il franchit une nouvelle étape avec Wild Origins, un collectif de conseil et studio créatif qui prolonge et approfondit les convictions qu’il a portées tout au long de sa carrière.
Redessiner les contours du voyage de luxe
Pour Neil Jacobs, sa nouvelle aventure entrepreneuriale s’inscrit dans la continuité des valeurs qui ont toujours guidé sa carrière : créer quelque chose qui ait du sens. « Il existe des personnes qui se soucient réellement de ces enjeux. Ce ne sont pas des militants écologistes, mais ils veulent faire du business autrement, de manière plus responsable », m’a-t-il confié lors d’un entretien. « Quoi que je fasse, les notions de bien-être, d’hospitalité et de durabilité feront toujours partie du projet. Je ne peux pas m’engager dans une initiative qui ne reflète pas mes convictions personnelles. »
Le moment semble bien choisi. À l’heure où les voyageurs ne se contentent plus de draps en coton égyptien ou de piscines à débordement, Neil Jacobs mise sur un tourisme plus transformationnel, porteur de sens. « Les tendances sont éphémères », rappelle-t-il. « Ce qui compte, ce sont les fondamentaux : comment on se déplace, comment on se repose, comment on se connecte aux autres et à soi-même. Tout est dans l’intention, dans la conscience que l’on y met. »
Les experts du secteur reconnaissent depuis longtemps cet instinct comme l’un des atouts majeurs de Neil Jacobs. Craig Cogut, PDG de Pegasus Capital Advisors, qui détenait Six Senses avant sa cession à IHG, m’a confié lors d’un entretien que leur collaboration avait été « un coup de foudre qui s’est renforcé avec le temps ».
« La capacité de Neil à anticiper sur 10, 20 ans est remarquable », explique Cogut. « Dans un monde dominé par la technologie, ce sont encore les talents humains qui font la différence dans ce secteur. Recruter des personnes dotées de goût, de style et de sensibilité ne s’apprend pas, c’est inné. Neil possède cette qualité, et il sait s’entourer de profils qui la complètent parfaitement. »
Une expérience façonnée au cœur des grandes chaînes hôtelières
Quand Neil Jacobs a rejoint Six Senses en 2012, la marque était surtout reconnue pour son luxe décontracté dans des lieux isolés d’Asie du Sud-Est. Sous sa houlette, Six Senses est devenue une référence mondiale, passant de huit à 26 établissements, avec plus de 30 projets en développement. Il a élargi la présence de la marque à l’Europe, au Moyen-Orient et aux Amériques, tout en introduisant des sites urbains et des résidences privées.
Une constante demeure : sa conviction que le luxe ne doit pas rimer avec gaspillage, que le bien-être dépasse largement le simple spa, que chaque expérience doit porter l’empreinte du lieu, et que le design doit toujours s’harmoniser avec son environnement. Ainsi, lorsqu’il a choisi d’implanter Six Senses dans la vallée du Douro, au Portugal, il a fait transformer un hôtel au style asiatique. Sous sa direction, les bouddhas déplacés ont été remplacés par des carreaux issus des marchés locaux. « Un hôtel au Portugal ne doit pas donner l’impression d’être à Bali », souligne-t-il. « Il doit refléter son terroir.»
Avant Six Senses, M. Jacobs a passé 14 ans chez Four Seasons, supervisant les opérations en Asie et contribuant à recentrer la marque sur le bien-être. Puis, en tant que président de Starwood Capital Group, il a épaulé Barry Sternlicht dans le lancement des chaînes innovantes 1 Hotels et Baccarat Hotels. Ce parcours lui confère une vision rare, mêlant maîtrise opérationnelle et innovation.
Wild Origins : une nouvelle plateforme pour impulser le changement
Wild Origins prend forme à travers une série de partenariats prestigieux. Neil Jacobs collabore notamment avec Cain, un fonds de capital-investissement basé à Londres et New York, pour explorer des opportunités dans l’hôtellerie de luxe et le bien-être. Il accompagne également Potato Head, groupe hôtelier implanté à Bali, dans sa stratégie de croissance et d’expansion.
En Arabie saoudite, M. Jacobs joue un rôle clé dans le développement du secteur touristique. Il siège au conseil d’administration de la future école de tourisme et d’hôtellerie de Riyad, située à Qiddiya, destinée à former la prochaine génération de leaders du voyage. « L’établissement accueillera entre 15 000 et 20 000 étudiants, majoritairement en ligne», explique-t-il. « Nous avons déjà recruté un doyen venu de Lausanne, un pédagogue reconnu, et sommes en pleine recherche de professeurs. C’est un projet très stimulant. »
Par ailleurs, il fait partie du comité consultatif de TOURISE, une nouvelle plateforme mondiale qui façonne l’avenir du tourisme en Arabie saoudite. « Si vous visitez le pays aujourd’hui, l’atmosphère est radicalement différente de celle d’il y a cinq ans », souligne-t-il. « Les jeunes Saoudiens sont pleins d’enthousiasme et souhaitent contribuer activement. C’est un pays magnifique, et je suis convaincu que leur projet aboutira, transformant l’Arabie saoudite en une destination mondiale. Cela prendra simplement un peu de temps. »
L’influence de Neil Jacobs sur l’industrie du voyage ne passe pas inaperçue. Chris Norton, PDG d’Equinox Hotels et ancien collègue de M. Jacobs chez Four Seasons, salue son style de leadership. « Neil a toujours démontré que principes solides et bienveillance ne sont pas des faiblesses, mais les piliers d’un succès durable. Dans un monde où l’on croit souvent que les bons ne peuvent pas gagner, Neil prouve que l’intégrité, la générosité et la résilience sont les vrais moteurs de la réussite, aussi bien dans la vie que dans les affaires », confie-t-il. « Alors qu’il lance sa nouvelle aventure, il nous rappelle que le long terme appartient à ceux qui dirigent avec caractère et vision. »
Stacy Fischer-Rosenthal, présidente de Fischer Travel, partage cet avis. « Neil a toujours été un partenaire fiable, attaché aux relations humaines. Visionnaire et leader reconnu, il a constamment fait grandir et élever la marque Six Senses grâce à son intégrité et à son leadership exceptionnel », m’a-t-elle confié. « Je suis ravie de voir Neil entamer ce nouveau chapitre, qui, sans aucun doute, permettra à une autre marque de prospérer sous sa direction. »
Faire un travail qui a du sens
Alors que ses pairs saluent sa vision et son leadership, Neil Jacobs ne se focalise pas sur les honneurs ou l’héritage. Pour lui, l’essentiel est de réaliser un travail qui compte vraiment. « Pour moi, tout tourne autour des personnes, de leur développement et de la culture », explique-t-il. Cela inclut aussi des initiatives durables qui apportent un impact positif à la communauté. « D’une part, c’est la chose juste à faire. D’autre part, c’est aussi une stratégie gagnante sur le plan commercial. C’est là que se trouve l’équilibre, un vrai double bénéfice ».
Son approche centrée sur l’humain nourrit aussi bien la cohésion d’équipe que les avancées créatives, notamment en matière d’innovation. « Beaucoup imaginent que les grandes idées surgissent soudainement, en pleine nuit, mais c’est rare », confie-t-il. « L’innovation est autant une science qu’un art. Il faut une méthode structurée pour créer un environnement propice à la créativité. Cela ne tombe pas du ciel, c’est le fruit d’un engagement collectif ».
Neil Jacobs est aussi convaincu que les meilleurs concepts d’hospitalité s’appuient sur une narration puissante et une intention claire, comme il le constate chez des marques telles que son nouveau client, Potato Head. « Il ne faut pas forcément un budget énorme », précise-t-il. « Il suffit d’une réflexion approfondie et d’une démarche structurée. »
Cette clarté d’esprit dépasse le simple cadre professionnel. M. Jacobs travaille avec un coach (ancien athlète de haut niveau) qui a profondément influencé sa vision du leadership et de la vie. « Nous croyons souvent que nos émotions sont immuables, alors qu’en réalité elles dépendent constamment de nos pensées », explique-t-il. « En apprenant à observer ses pensées, tout le reste s’aligne naturellement. »
Cet état d’esprit guide la manière dont Neil Jacobs dirige, innove, et traverse les hauts et les bas. « La vie est comme un ascenseur », illustre-t-il. « Tout le monde aspire au penthouse, mais parfois on se retrouve au sous-sol, et c’est normal. Où que vous soyez, c’est probablement là où vous devez être. Respirez, acceptez ce moment. Vous remonterez quand vous vous y attendrez le moins, et vous redescendrez ensuite. Tout finira par s’équilibrer. »
Une contribution de Laura Begley Bloom pour Forbes US – traduit par Lisa Deleforterie

